Ganzourgou : À Nabmayaoghin, le mil s bat encore à la force des bras (Reportage)
Par Moïse SAMANDOULGOU
Zorgho, 12 janv. 2026(AIB)-À l’aube, quand Zorgho dort encore, les tam-tams parlent déjà. Ils appellent à Nabmayaoghin, quartier périphérique où le battage traditionnel du mil continue de rassembler familles, voisins et générations, loin du vacarme des machines.
Samedi 10 janvier 2026, il est 5 h 30 à Zorgho dans la province du Ganzourgou. Le son porté par le vent ne renvoie ni à une veillée funèbre ni à une danse rituelle connue.
En suivant la cadence, on quitte la ville. Trois kilomètres plus loin, sur le plateau granitique appelé Tagla, le jour se lève sur une scène devenue rare : des hommes alignés, bâtons levés, frappent à l’unisson des étalages d’épis de petit mil. Les grains jaillissent, la poussière s’élève, les corps transpirent.
Derrière les batteurs, les gangando, loumsé et benda (instruments traditionnels de musique) donnent le tempo. Chaque faux pas est corrigé. Ici, le battage est un travail collectif réglé comme une partition.
Ce jour-là, le mil de deux producteurs, Raogo Jean Claude Ouédraogo et Pierre Ouédraogo, est à l’honneur.
Président de l’association Boud-yam de Zorgho et initiateur de l’événement, Raogo Jean Claude Ouédraogo résume l’esprit du rendez-vous :
« Après les récoltes, on se retrouve. On travaille ensemble. On mange ensemble. »
Car à Nabmayaoghin, le battage du mil dépasse le domaine de l’agriculture. C’est un lien social vivant. Plus la récolte est abondante, plus la mobilisation est large.
Les jeunes battent et vannent, les anciens balaient les grains, les femmes apportent les repas et achèvent le tri à la bassine, tandis que les griots soutiennent l’effort par le chant et le rythme.
Pourtant, cette pratique recule. « Les tracteurs ont changé les habitudes. Ils font gagner du temps, mais ils éloignent les familles », regrette M. Ouédraogo. Ceux qui n’ont pas les moyens d’y recourir se retrouvent isolés.
C’est pour contrer cette tendance qu’une initiative de relance est engagée depuis cinq ans. De novembre à février, les battages sont programmés à Nabmayaoghin, avec la participation régulière des quartiers voisins de Dabèga, Boumtenga, Zoétroumsi et Zinko.
Sur l’aire, le travail ne s’arrête qu’aux pauses. Le dolo et la kola circulent. Les repas se prennent par groupes. Après le battage, les jeunes lancent en l’air le mélange grains-résidus, laissant le vent opérer le tri. Peu à peu, les sacs se remplissent. Pour la seule journée, neuf gros sacs de mil sont obtenus. Les sourires sont francs. La saison a été clémente.
Une fois les grains convoyés à la maison, le rite se poursuit. Le soir, le tô est préparé avec la sauce d’haricots. Le repas est partagé. Chaque famille reçoit symboliquement une part du mil. « Ici, on ne mange pas seul », insiste M. Ouédraogo.
Au clair de lune, les chants prennent le relais et les jeunes filles dansent le kigba.
Pour Sotissi Ouédraogo, fils du village, ce retour aux traditions est salutaire. Il appelle la jeunesse à préserver cet héritage, soutenu, selon lui, par une vision nationale favorable à la valorisation des coutumes.
Même message chez le chef traditionnel de Zoétroumsi : « C’est ce que nous avons trouvé ici. Nous ne l’abandonnerons pas. Les machines ne remplacent pas le lien humain. »
Présente à l’événement, la directrice provinciale de la culture du Ganzourgou, Mme Sié Boro, salue une pratique qui renforce la cohésion sociale et assure la transmission du patrimoine culturel immatériel.
À Nabmayaoghin, on s’efforce toujours à battre le mil à la force des bras. Non par rejet de la modernité, mais pour préserver l’essentiel : le lien entre les hommes.
Agence d’information du Burkina
MS/ata


