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Décès de Ducreux : le Burkina Faso perd un maillon de la chaine de son vélo

Ouagadougou, 3 mai (AIB) – Le Franco-Burkinabè Francis Ducreux a définitivement rangé son vélo le 1er mai 2021 à 76 ans. Membre fondateur du Tour du Faso, Ducreux a tiré sa révérence, laissant la petite reine burkinabè orpheline de son organisation. Découvrez qui était ce monsieur hors du commun.   

Né le 14 février 1945 à Pont-Audemer (France) Francis Ducreux était amoureux du vélo. Cycliste professionnel de 1968 à 1973 dans son pays natal, le désormais ex régisseur du Tour du Faso a pris part à plusieurs compétitions d’envergure dont voici quelques unes.

Il a gouté à la plus grande compétition cycliste au monde, le Tour de France où il connu deux participations. La première en 1968 où il abandonne à la 4e étape et en 1971 où il termine la Grande Boucle à la 36e place au Général.

Dans son palmarès professionnel Francis Ducreux a pris part au Nice-Pugnet-Nice en 1969 et à la première étape du Tour de Catalogne (contre la montre par équipe) en 1970. Il s’est classé 3e en 1971 à la compétition Paris-Bourges et a également occupé la 4e place au Tour de Normandie.

Après ce parcourt professionnel dans le vélo, Francis Ducreux prend sa retraite et s’investi dans l’organisation des compétitions cyclistes international. Il prend donc la direction de l’Afrique, plus précisément du Burkina Faso.

Son premier logeur, le Balkuy Naba choqué par la disparition de son ami, a eu de la peine à témoigner. « Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens », a-t-il laissé entendre avant de poursuivre : « Francis était un frère à moi. C’était un ami et c’était en plus, un collaborateur de 35 ans. J’étais à Tita hier (1er mai : ndlr) pour le festival des masques et quand j’ai appris la nouvelle, pour que je revienne à Ouagadougou, quelqu’un m’a conduit ».

Le Balkuy Naba, président de la commission publicité et animation du Tour du Faso explique comment Francis Ducreux et lui se sont croisés. « Quand il est arrivé à Ouagadougou il y a 35 ans, c’est chez moi qu’il a déposé sa valise. Il est resté chez moi 10 ans avant que j’ai une parcelle à la Patte d’Oie pour construire pour lui. Ce n’est pas le tour du Faso qui nous a lié. C’est une histoire de famille. Honnêtement je ressens une tristesse inexplicable » dit-il.

Parlant de ce qu’il est venu chercher dans le pays des hommes intègre, l’hôte de Ducreux mentionne que « le cyclisme burkinabè a connu son envol à la création du Tour du Faso. C’est le fondateur du tour du Faso et il a amené beaucoup de sponsors pour aider le cyclisme burkinabè. Aujourd’hui c’est une perte immense pour le cyclisme burkinabè et même dans la sous-région car il organisait les tours du Mali, du Ghana, de Côte d’Ivoire, du Togo, de Madagascar etc. »

Que retient le Balkuy Naba de cet infatigable bosseur ? « Je retiens de lui un travailleur. Quelqu’un qui se lève tôt et qui se couche tard. Il aime toujours le travail bien fait, voilà pourquoi j’ai pu rester à côté de lui 35 ans sur les tours. Il n’aimait pas la médiocrité. Il signe les engagements avec tous les sponsors et sur le terrain c’est moi qui applique ce qu’il a signé. Nous formions un tandem apprécié par tous les ministres qui sont passés ».

Le Balkuy Naba se rappelle que « il est arrivé ici avec dans son sac, le tour cycliste France-Afrique. Il amenait quelques cyclistes français qui couraient ici, qui allaient courir en Côte d’ivoire, au Togo et c’est comme ça que l’idée du Tour du Faso est arrivé ».

Le président de la commission publicité et animation du Tour du Faso raconte qu’il a remporté une fois une compétition d’envergure en France et les journalistes ont titré « Francis Ducreux plus populaire que le Pape Jean-Paul II ».

Racontant une anecdote, le Balkuy Naba explique que « comme je l’avais présenté à toutes les autorités, un jour il m’a dit de l’accompagner chez Kanazoé. Je lui ai dit que Kanazoé se lève très tôt. Il faut donc qu’on se lève très tôt. A 4h du matin Francis était déjà debout. Donc à 5h on était chez Kanazoé. J’étais prince à l’époque. Nous avons salué Kanazoé qui me demande : bonjour Nabiiga (prince en mooré), que voulez-vous ? Je lui ai dit que c’est le blanc-là qui m’a dit de l’accompagner chez vous parce qu’il veut que vous le soutenez pour le Tour du Faso. Kanazoé demande c’est quoi que le Tour du Faso? On lui explique. Kanazoé nous dit que notre patron était ici hier et je lui ai remis 10 millions pour ça. Quand nous sommes sortis Ducreux me dit, qu’on n’est jamais venu chez Kanazoé et qu’on n’a rien entendu. Et depuis on n’a rien demandé au ministre de l’époque et c’est resté comme ça ».

« Ducreux nous laisse un grand vide »

Le monde de la petite reine pleur la disparition d’un homme qui aura énormément contribué à la promotion du cyclisme burkinabè. L’ancien président de la Fédération burkinabè de cyclisme Alassane D. Wangraoua est également sans voix après avoir appris le décès de Francis Ducreux.

« J’ai connu Ducreux dans le cyclisme. Il nous laisse un grand vide car c’est lui qui a créé le Tour du Faso et les différents tours dans la sous-région. Nous reconnaissons la valeur de l’homme, de ce qu’il a apporté au Tour du Faso et aux autres tours. C’est quelqu’un qui avait de grandes idées. C’était un visionnaire. Il  a créé le grand prix de l’impossible et la Boucle du coton. Il est difficile de le remplacer. Le monde de la petite reine pleur aujourd’hui sa disparition. Toutes nos condoléances », a-t-il dit.

Le monde de la presse lui a également rendu hommage. Marcel Bélem, journaliste à la retraite, a couvert plusieurs Tours du Faso et a connu le défunt.

Pour lui « le Tour du Faso devait lui être très reconnaissant. Si ce n’était pas lui je ne crois pas que ce Tour allait résister à ce point. On a commencé et on ne s’est jamais arrêté. Hors nous sommes dans un pays où il n’ ya pas de gros sponsors. Le Tour du Faso doit beaucoup à Thomas Sankara et à Ducreux. C’est Thomas qui a créé le Tour pour attirer les étrangers pour qu’ils viennent apprécier la révolution. Il voulait les masses. Il a d’abord créé la Route du Sourou et il a vu que c’était possible. Il a donc créé le tour du Faso ».

Pour celui qu’on appelle affectueusement chef Bélem, le Tour du Faso survivra si la Fédération le gère bien.

Où Ducreux sera-t-il inhumé. Selon le Balkuy Naba, « de son vivant, Francis m’avait montré le lieu où il devait être enterré. Son unique fille Syndi Ducreux qui est à Nice demande à ce qu’on rapatrie le corps ». Le Balkuy Naba s’est dit que l’ambassade de France trouvera la réponse à leur questionnement.
Agence d’information du Burkina (AIB)
as/

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