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Ouagadougou : La paroisse de Gounghin n’a ni brulé  70 fétiches ni stigmatisé les traditions (Curé)

Ouagadougou, 27 avril 2021(AIB)-Ce sont des bayas, des bracelets, des croix et des statues envoutées de la Vierge Marie, des cadenas magiques, des machettes…et seulement deux fétiches apportés «librement» par des gens apeurés ou ne voulant plus détruire la vie des autres, qui ont été incinérés par la paroisse Saint Pierre de Gounghin , a assuré son curé Abbé Joanny Koama dans une interview accordée lundi soir à l’AIB, au cours de laquelle le prêtre a assuré que son temple n’a pas traiter la religion traditionnelle, de satanique.  

Agence d’information du Burkina (AIB) : Qu’est-ce qui a été exactement incinéré à la paroisse Saint Pierre de Gounghin le 20 avril 2021 ?

Abbé Joanny Koama : On a dit 70 fétiches. Mais je ne sais pas qui a parlé de fétiches. On a eu une quarantaine de colis entre mi-Carême (début mars) et le Vendredi Saint (2 avril) et une trentaine du Vendredi Saint au 20 avril. On a eu tout au plus deux fétiches.

Le reste,  ce sont des tisanes, des amulettes, des cadenas magiques, des parures, des bayas, des bracelets, des machettes, des trucs fléchés, des pics à glace… Certains étaient considérés comme des porte-bonheur.

Les gens se sont dessaisis de tout cela.  Il y avait des statues de la Vierge Marie, des médailles et des croix  qui ont été envoutées et que les gens ont apportées.

C’est cet ensemble des choses qu’on a brûlé.  Tout au plus, ce qu’on peut appeler fétiche, c’est deux. L’un des fétiches, c’est une famille qui avait peur. Le monsieur est mort. Sa femme a dit à sa famille de venir chercher le fétiche. Elle n’est pas venue chercher. Les enfants avaient peur. La case qui abritait le fétiche est tombée sur le fétiche. C’est de là, qu’on a nous a fait appel et on est allé creuser pour prendre.

On n’a contraint personne à apporter. On n’a pas fait de campagne. C’est seulement une annonce à l’église et on a dit aux gens : ‘’Pâques approche, si vous voulez vivre dans la vérité, choisissez Jésus et séparez-vous de tout ce qui n’est pas Jésus’’.  Il y a des gens qui sont directement venus apporter.

Par exemple, il y a une femme qui a apporté des produits d’attirance des hommes qu’elle a eus dans les cabinets de spiritisme. Elle a dit que depuis longtemps, elle cherche un homme dans sa vie mais elle n’a pas trouvé. Elle a dit qu’elle a tout essayé (des parfums, des tisanes et autres) et jusqu’à présent, elle n’a pas de mari ni de copain. Elle s’est dit ‘’je vais vivre maintenant ma foi et abandonner tout ça’’.

C’est tout ça qu’on a brulé et on parle de 70 fétiches. Je ne vois pas en quoi, ce sont des fétiches.

(AIB) : Est-il respectueux de traiter les pratiques traditionnelles de satanique et de bruler le patrimoine culturel de certaines familles ?

Abbé Joanny Koama : Ceux qui ont assisté de bout en  bout peuvent témoigner qu’on n’a pas traité une religion de satanique. Ce ne sont pas les objets en tant que telle mais la façon dont ils sont utilisés pour détruire.

Il y a des objets qu’on a reçus qui vont au-delà de la religion telle que le cadenas magique. Il y a un monsieur qui était dans le fétichisme et qui nous explique que  le cadenas magique peut bloquer l’avenir, le service, les études ou le foyer de quelqu’un. Quelqu’un qui se débarrasse de ça, au-delà de sa foi, est devenu un citoyen honnête.

La femme qui s’est débarrassé de ses produits d’attirance, est devenue une femme digne.

Ceux qui utilisaient les bracelets magiques qu’ils peuvent prendre et disparaitre pour voler comme ils veulent, passer sans être aperçus à la douane… C’est gens-là sont devenus des citoyens honnêtes.

Vraiment on n’a pas traité quelqu’un de sataniste. Par exemple, on a parlé du chrétien face à la sorcellerie. On a  vu dans ce thème, comment certains passent par des gens pour détruire les autres. Il n’y a pas de stigmatisation. Il  y a des musulmans, des catholiques, des gens de la religion traditionnelle qui sont venus participer du début à la fin. On n’a pas stigmatisé une religion. Par exemple, on a des chrétiens qui sont des chefs de quartier. Ils étaient là aux différentes messes et ils ont tout entendu. Mais on n’a pas stigmatisé une religion. Ce qui est sûr on n’a pas traité quelqu’un de satanique. On n’a pas insulté une religion. On peut donner des exemples de musulmans qui sont venus à des célébrations pour telle ou telle situation qui ont été exaucés, en plus des gens d’autres religions. On ne peut pas rejeter quelqu’un mais peut-être l’objet qui sert à détruire les gens. C’est là qu’on a parlé d’utilisation sataniste. Mais on n’a pas qualifié les objets ou les fétiches de sataniques.

(AIB) : Serez-vous prêt à présenter «des excuses publiques» comme certains l’exigent ?

Abbé Joanny Koama : Non, il n’y pas lieu de présenter des excuses. Il y a même quelqu’un qui m’a dit que des gens  veulent me rencontrer pour voir si au lieu de les détruire, on peut leur donner pour qu’ils puissent conserver dans des musées. On va aviser pour voir parce que nous aussi, on a un musée diocésain.

Les gens sont venus librement apporter les objets. Puisqu’ils ont peur, certains veulent être sûrs que c’est détruit.  Ce n’est pas la première fois qu’on incinère des objets. C’est parce que là, on la fait publiquement.

En fait, il n’y a pas eu de stigmatisation. Si les gens étaient à la rencontre, ils allaient se rendre compte qu’en fait l’article n’a pas rendu compte de la réalité. De toutes les façons, la rencontre était publique. Il y a rien de caché.

On respecte la culture. Vous voyez dans les églises, des (figures de) styles africains. Ce n’est pas vraiment pas catholique de vouloir détruire l’autre. Dans ma propre famille, il y a un qui est protestant, il y a ma petite sœur qui est musulmane, il y a des catholiques et il y a des gens au village qui pratiquent (la religion traditionnelle, ndlr). Chacun doit être libre.

Donc on a demandé aux gens de se dessaisir librement de ça. On n’a pas voulu outrer ou outrager quelqu’un. Il y a des talismans, des amulettes. Celui qui connait là, a raconté qu’on peut détruire toute une famille avec. L’objectif n’est pas de faire du bien mais de faire du mal.

Il y a des gens qui ont amené des machettes, un pic à glace, des trucs fléchés. Ils s’en servaient pour faire quoi ? Nous ne le savons pas. Mais comme ils ont amené, nous avons récupéré. Ce qui est sûr, ça ne servait pas pour la bonne cause des Hommes. Sinon ils n’allaient pas rendre ça.

Et si quelqu’un s’en dessaisi, c’est parce qu’il a pris conscience qu’il ne faut plus qu’il détruise la vie de quelqu’un. Si on a parlé de satanique, c’est peut-être dans ce sens. C’est l’œuvre qu’il faisait avec cet objet qui n’était même pas en l’honneur de l’homme n’en parlons même pas de la culture, alors que c’est l’homme qui fait la culture. Si les gens ont accepté de se libérer de ça, c’est parce qu’ils veulent changer et respecter leurs vies et celles des autres.

Agence d’information du Burkina

Entretien téléphonique réalisé par Tilado Apollinaire ABGA, le 26 avril 2021.

Attention : photo d’archive et d’illustration/Fasozine.

 

 

 

 

 

 

 

 

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