Barrage de Titao : un poumon économique en péril (Reportage)

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Barrage de Titao : un poumon économique en péril (Reportage)

Titao, 21 mai 2026 (AIB)-Jadis véritable poumon économique de la ville de Titao, le barrage de Titao est devenu l’ombre de lui-même. Depuis le mois d’avril, le réservoir d’eau s’est transformé en un vaste terrain sec et fendillé, où la présence de quelques coquillages épars rappelle qu’ici coulait jadis la vie.

Sol craquelé et aride, avec de profondes fissures qui traduisent un manque prolongé d’eau. La texture irrégulière du terrain révèle la rétraction du sol sous l’effet de la chaleur et de la sécheresse. À l’horizon, une fine bande de manguiers contraste avec l’étendue desséchée, marquant la limite entre la zone stérile et un espace encore verdoyant. Le ciel, clair et impitoyable, accentue l’impression de chaleur et de stress environnemental. L’aspect que présente le barrage de Titao en cette journée fortement ensoleillée sème la désolation.

11 heures. 47 degrés à l’ombre. Couché au pied d’un manguier, Mamoudou, le regard hagard, scrute l’horizon. En temps normal, il serait en train de biner ou de sarcler ses lopins de pommes de terre ou d’oignons.

Aujourd’hui, l’assèchement du barrage l’a réduit au chômage forcé. Plus rien à faire, il se contente d’observer un spectacle inédit qui se déroule sous ses yeux : les va-et-vient incessants des taxi-motos équipées de polytanks qui traversent, à vive allure, le lit du barrage, réservoir d’eau il y a seulement un mois. « Le barrage nous a abandonnés », lâche-t-il, la voix brisée. « S’il y avait de l’eau, je serais à mon second cycle de production. Mais hélas… » Son soupir lourd résonne comme un cri silencieux. « Que va-t-on devenir ? C’est ici que nous tirons toute notre pitance », murmure-t-il. Mamoudou, qui réalisait autrefois des centaines de milliers de francs de chiffre d’affaires sur les berges du barrage, ne sait plus comment subvenir aux besoins de sa famille.

Les puits maraîchers, un véritable business

Dans ce décor de pénurie, un nouveau commerce s’est imposé : celui des puits maraîchers. Le ronronnement des groupes électrogènes fend l’air. Les taxi-motos, chargés de polytanks et de barriques, font des allers-retours incessants pour ravitailler la ville en eau. Les propriétaires de puits maraîchers, jadis destinés à l’irrigation des planches, se sont réorientés vers l’approvisionnement de la ville en eau. Boureima, maraîcher reconverti dans la gestion d’un puits maraîcher, explique l’intérêt de ce job temporaire. « Mon puits ne tarit pas. Quand je démarre le groupe électrogène le matin, il tourne jusqu’au soir », indique-t-il. « Le polytank est rempli à 500 F et la barrique de 200 litres à 200 F. Les revendeurs les cèdent en ville respectivement à 3 000 F et 500 F », précise-t-il.

À quelques pas de là, Moréyouré, producteur maraîcher, tente de rejoindre le business de l’eau. Accroupi au fond de son puits, il creuse. « Je suis en train d’approfondir le puits dans l’espoir d’atteindre la nappe souterraine. » Avec l’appui d’une seconde personne, les mottes de terre sont remontées et déversées.

« Avant, rien qu’à 5 mètres j’avais abondamment de l’eau. Mais actuellement, il n’y a pas une seule goutte », souligne-t-il. « J’espère me faire un peu d’argent si j’arrive à atteindre la nappe », s’encourage-t-il.

De l’autre côté de la rive, Mariam et sa coépouse récoltent en urgence les dernières tomates. « Nous sommes obligées de tout arracher. Il n’y a plus d’eau pour entretenir les plants », dit-elle.

Sous cette forte canicule, le compte à rebours est lancé. Le puits maraîcher qui jouxte leur lopin de terre ne peut plus satisfaire le besoin. Sa voix tremble : « Le maraîchage est notre seule source de revenu. Qu’on nous vienne en aide. »

Assis à côté d’un feu, Abdoulaye soude des tuyaux d’irrigation pour continuer à apporter de l’eau à ses planches. Il semble avoir trouvé une alternative pour poursuivre la production : laisser l’herbe cohabiter avec les plants de pastèques. « Si j’enlève l’herbe, le soleil va tout brûler. Mais comme cela, l’herbe donne de l’ombre et de la fraîcheur aux plants », précise-t-il.

Prendre le taureau par les cornes

Construit entre 1953 et 1955, le barrage de Titao demeure le véritable poumon économique de la ville. C’est grâce à ce plan d’eau que la cité est devenue célèbre pour sa pomme de terre, symbole d’une agriculture maraîchère florissante.

 

 

 

 

Pour la petite histoire, le chef de Titao, Naaba Waadga, rappelle que l’ouvrage est né de travaux d’intérêt commun menés à l’époque coloniale. Les populations avaient alors érigé une digue routière sur la nationale 23 afin de barrer le passage de l’eau sur l’affluent du fleuve Nakambé, avec en complément un pont en bois rudimentaire.

 

 

 

 

Il faudra attendre 1996 pour qu’une entreprise procède à la réhabilitation du déversoir et à quelques travaux d’entretien. Depuis, aucune intervention majeure n’a été réalisée, laissant l’infrastructure vieillir sous le poids du temps et des usages.

 

À l’origine, l’objectif était clair : développer autour du plan d’eau des activités de production maraîchère et de pêche. Des coopératives avaient été installées et les populations encouragées à planter des mangueraies. Le barrage devait être un moteur de prospérité locale.

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, les pratiques inadaptées autour du plan d’eau, le manque d’entretien et l’accélération de l’érosion due aux effets des changements climatiques augmentent les risques d’ensablement du barrage.

 

 

 

 

Malgré son état vieillissant, le barrage continue de soutenir la vie économique et sociale de Titao. Mais son avenir interroge : sans entretien régulier, ce patrimoine collectif risque de perdre sa capacité à irriguer les terres et à nourrir les ambitions agricoles de la région.

 

 

 

 

Les cris de détresse des populations semblent avoir été entendus. Le 15 mai 2026, une équipe du ministère en charge de l’Eau a constaté l’assèchement et lancé une opération de curage. En prenant ainsi le taureau par les cornes, les autorités nationales redonnent espoir à des milliers de producteurs qui font du maraîchage leur activité principale.

 

Agence d’Information du Burkina 

Abdoul Salam OUARMA et Boureima SOGOBA

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