Sissili : après le drame de Dangué, les communautés choisissent le dialogue et le pardon

Sissili : après le drame de Dangué, les communautés choisissent le dialogue et le pardon

Dangué, 20 août 2026 (AIB)-Le village de Dangué, situé dans la commune de Boura, province de la Sissili, a abrité, ce jeudi 20 août 2026, une rencontre décisive de médiation et de réconciliation. Initiée par la préfecture de Boura à la suite du meurtre d’un éleveur par un jeune agriculteur, cette concertation communautaire a réuni autorités administratives, coutumières, religieuses et sécuritaires. Au terme de débats francs, l’ensemble des parties prenantes s’est solennellement engagé à privilégier le pardon, la communication et le vivre-ensemble.

Le drame, survenu le samedi 15 août 2026 et consécutif à une affaire de destruction de champ par des animaux, avait plongé la localité dans l’émoi après le décès tragique de l’éleveur peul, tué par un agriculteur sissala.

Pour désamorcer les tensions et éviter toute escalade entre les communautés, une importante délégation administrative et technique s’est rendue sur place.

Conduite par la camarade préfète, présidente de la délégation spéciale (PDS) de Boura, Judith Diasso/Kanyala, la mission comprenait les responsables des services techniques de l’élevage, chef ZATE, et de l’agriculture, chef ZATA, ainsi que les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).

Cette mission a coïncidé avec la venue du chef peul de Léo, Moré Diallo, envoyé par Sa Majesté Lio-Pio Dan-Zwè, chef de canton de Léo, pour encourager et sensibiliser sa communauté sur le vivre-ensemble.

Ouvrant la rencontre, la PDS de Boura, Judith Diasso/Kanyala, a présenté, au nom du haut-commissaire de la Sissili, Téwindé Isaac Sia, et du gouvernement, les condoléances de l’administration à la famille éplorée, avant d’insister sur la nécessité absolue de préserver le tissu social.

« En tant que représentante du gouvernement dans le département, nous essayons de jouer pleinement notre rôle dans la prévention et la gestion des conflits communautaires. Dès que nous avons été informés de l’incident, nous avons décidé de nous faire accompagner des services techniques pour voir dans quelle mesure nous pouvions résoudre ce problème, mais aussi prévenir d’autres cas à l’avenir », a expliqué la camarade Diasso/Kanyala.

Mettant l’accent sur la gestion proactive des frictions, la cheffe de l’administration communale a exhorté les habitants à privilégier le dialogue permanent.

« En matière de prévention, il n’y a pas de petit conflit ; tout différend doit être résolu. Il ne faut pas attendre qu’une situation s’envenime pour chercher des mécanismes de résolution. Nous appelons donc la population à mettre l’accent sur la prévention et, surtout, sur la communication. »

Elle a également appelé la jeunesse au respect strict des aînés et des autorités coutumières pour préserver la paix.

Le porte-parole de la famille de l’éleveur décédé a salué la réactivité des autorités et l’implication constante des notables.

« Sans vouloir revenir sur les événements qui ont conduit au drame, la famille, par ma voix, a accepté le pardon, car nous sommes devenus une même famille à Dangué. Le chef du village est un homme de paix très sage, qui s’est investi avec honneur et sincérité pour initier déjà des voies de résolution », a-t-il déclaré solennellement.

Touché par cet acte inédit dans la localité, le chef du village de Dangué, Kadio Konewa, s’est réjoui de la tournure des échanges.

« Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai ressenti un découragement total. Ce genre de situation arrive et semble parfois sans issue, mais une fois l’incident passé, il faut à nouveau s’asseoir, discuter et trouver des solutions pour continuer à vivre ensemble. C’est une belle démarche, dont l’objectif est vraiment de retrouver l’amour, la cohésion, le vivre-ensemble et la paix. »

Il a annoncé la poursuite de séances de sensibilisation auprès des femmes et des jeunes pour rétablir une confiance totale entre les communautés de son village.

Pour sa part, le chef Moré Diallo a appelé au bannissement de la justice privée et au respect de la hiérarchie sociale.

« Moi, je demande aux jeunes de respecter les parents et les personnes âgées, et de les consulter pour tout problème et avant toute décision, pour éviter des actions regrettables. Il faut toujours préconiser le dialogue et la concertation », a imploré le chef de la communauté peule.

Outre les échanges sur le drame, la parole a été libérée sur les défis liés au partage des ressources spatiales.

Le porte-parole de la communauté mossi du village a réaffirmé sa solidarité en félicitant les autochtones pour leur hospitalité et la communauté peule pour sa grandeur d’âme dans le pardon.

Sur le plan sécuritaire, le commandant de la brigade territoriale de gendarmerie de Boura a rappelé l’importance des mécanismes traditionnels d’apaisement.

« Autrefois, nous réglions tout en famille. Si, au contraire, vous parvenez à vous entendre sans passer par la justice classique, cela servira d’exemple pour les autres. Que tout le monde retienne bien ceci : nous devons nous donner la main, nous entraider et évoluer ensemble », a-t-il conseillé.

Afin de traduire ces engagements en actes concrets, le conseiller villageois de développement (CVD) s’est engagé à appliquer immédiatement les conseils reçus.

Les participants sont convenus de mettre en place un cadre de concertation villageois régulier, de construire une fourrière et de sensibiliser la jeunesse contre les pratiques compromettant la quiétude sociale, notamment la question des enlèvements de filles évoquée par le commandant de brigade.

Signe de cette volonté d’action immédiate, une réunion du comité de gestion de la piste à bétail reliant Dangué à l’aire de pâture de Yoro s’est tenue en marge de la rencontre pour traiter la question de son occupation et prévenir tout futur conflit d’usage.

Au terme des échanges, la PDS Judith Diasso/Kanyala s’est dite confiante quant à l’atteinte des objectifs, constatant que l’ensemble des habitants de Dangué parlait désormais « le même langage : celui de la cohésion, de l’amour et du pardon ».

 

Agence d’information du Burkina

BAN/ata

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