Puits à l’air libre

Un danger public dans la ville de Nouna

La ville de Nouna compte à elle seule, plus de 500 puits à l’air libre, selon un recensement fait entre 23 mars et le 8 avril 2022. Souvent sans couverture ni margelle, ces puits constituent un danger public surtout pour les tous petits en période de pluies.

 

De 2017 à 2021, le commissariat central de police de Nouna a enregistré 34 décès occasionnés par les puits creusés à l’air libre et sans protection dans la ville. La plupart de ces victimes sont des enfants de moins de dix ans, morts par noyade, suite à des chutes accidentelles dans ces trous. Deux propriétaires ont été poursuivis et condamnés par le Tribunal de grande instance (TGI) de Nouna pour homicide involontaire. Le grand nombre d’accidents s’enregistre pendant la saison des pluies, les puits sans margelle et non couverts se remplissant d’eau et donc difficilement indentifiables.

En vue d’apporter une solution, le commissariat central de police a entrepris des sorties pour recenser les puits, identifier les propriétaires et procéder à des sensibilisations. Il ressort que les secteurs 1 et 5 sur les 7 que compte la ville, sont ceux qui regorgent le plus de puits à l’air libre. En effet, dans ces secteurs, plus de 171 n’ont ni margelle, ni couverture, contre 318 qui ont des margelles mais manquent de couverture. Selon le commissaire Wendlanam Kaboré, seulement les propriétaires de 121 puits sont connus et les 368 autres ne sont pas identifiés. Les actions de sa structure, explique-t-il, ont permis de sensibiliser les propriétaires identifiés sur le danger de ces puits, tout en leur rappelant leur responsabilité en cas de blessure ou d’homicide involontaire. Une injonction leur a été faite de mettre leurs propriétés en règle « dans un délai raisonnable ». Les riverains des puits dont les propriétaires n’ont pas été identifiés ont été invités à s’organiser pour protéger ces puits, foi du commissaire Kaboré, car c’est eux qui constituent les premières victimes.

 

Protéger ou boucher

 

Pour faire face au problème, les autorités communales, à la date du 12 avril 2022, ont pris une délibération portant règlementation des puits d’eau et des puits perdus dans la commune de Nouna. Il convient, selon le préfet et président de la délégation spéciale communale de Nouna, Rodrigue Nana, de faire un travail de divulgation et d’appropriation de cette délibération qui exige une autorisation à quiconque voudrait creuser un puits. L’engagement de construire une margelle et de doter son puits d’une couverture en est la condition sine qua non. M. Nana pense qu’un accent particulier doit être mis sur la diffusion de cette délibération dans langues locales (spots, communiqués radiophoniques et sketchs). Il convient aussi, a-t-il fait savoir, d’associer les leaders religieux pour leur implication dans la sensibilisation notamment dans les lieux de cultes. Les autorités municipales, dit-il, doivent aussi mettre en place une commission ad hoc pour mieux approfondir la réflexion sur le phénomène. Car, certains puits considérés comme dangereux constituent une source d’approvisionnement en eau pour les ménages. Il sied pour cette commission de faire un travail d’identification des puits inconnus dans le but de mettre les propriétaires devant leur responsabilité. Certains puits sont situés dans des espaces vides communément appelés « réserves » à telle enseigne qu’il est quasi impossible de retrouver leurs propriétaires. Pour ces cas de figure, la délibération veut que les autorités municipales dégagent des ressources pour les protéger ou les boucher.

Le plan cadastral de Nouna ne comporte que l’aménagement d’une partie du secteur 6 (sur 7 secteurs). Les secteurs 1, 2 et 5 ont été occupés en premier par les habitants. A l’époque, pour matérialiser sa présence sur un terrain, à défaut de pouvoir faire une clôture ou construire, le simple fait d’y creuser un puits constitue une garantie. C’est pourquoi, selon Mamadou Simboro, propriétaire terrien, plusieurs puits se trouvent disséminés dans les espaces non clôturés aujourd’hui engloutis par la ville du fait de la pression démographique.

Adama CISSE

AIB/Nouna

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