Ali Koné, Directeur régional en charge de l’action humanitaire des Hauts-Bassins

« Nous avons une chance dans notre région que la plupart des 24 739 PDI sont accueillies par des familles »

Bien que peu touchée par la crise sécuritaire, la région des Hauts-Bassins accueille 24 739 personnes déplacées internes (PDI), venues principalement de plusieurs autres régions du pays. A travers cette interview qu’il nous a accordée, le jeudi 6 janvier 2022 à Bobo-Dioulasso, le Directeur régional (DR) des Hauts-Bassins du ministère du Genre, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire, Ali Koné, revient sur la situation des PDI dans la région et les dispositifs de prise en charge mis en branle.

 

Sidwaya (S.) : Quelle est la situation actuelle des Personnes déplacés internes (PDI) dans la région des Hauts-Bassins ?

Ali Koné (A.K.) : La région des Hauts-Bassins accueille effectivement des PDI qui viennent de plusieurs horizons avec une proportion élevée d’enfants. Les régions de provenance sont notamment celles de la Boucle du Mouhoun, du Sahel, de l’Est, du Centre-Nord, du Centre-Est, et plus récemment, des Cascades et du Sud-Ouest. A la date du 30 novembre 2021, la région était à 24 739 PDI dont 4 246 hommes, 5 683 femmes et 14 810 enfants. La Boucle du Mouhoun et le Centre-Nord constituent les plus grands contingents. Les récents arrivés sont en provenance des Cascades et du Sud-Ouest avec les situations de Mangodara et de Djigouè. En 2019, la région enregistrait environ 5 000 PDI. Ces chiffres ont grimpé sûrement avec la recrudescence des attaques terroristes.

  1. : Quelle est leur répartition spatiale dans la région ?

A.K. : Pratiquement toutes les communes de la région ont accueilli des PDI. La commune de Bobo-Dioulasso est à 5 166 PDI, suivie de la commune de Houndé avec 4 663 personnes, la commune de Karangasso-Vigué, 4 492, Bazon, 1 510 et Bama, 1 286 PDI.

 

  1. : Comment sont-elles logées ?

A.K. : Nous avons une chance dans notre région. Quand les PDI arrivent, elles sont accueillies par des familles. Ce sont ces populations hôtes qui les accueillent en attendant que nos services, en collaboration avec la mairie et le Comité villageois de développement (CVD), trouvent où les caser. Cela favorise l’élan de solidarité et le vivre-ensemble au sein des populations. Il n’y a pas de camp de déplacés dans les Hauts-Bassins. Sauf deux endroits dans la commune de Karangasso-Vigué et celle de Banzon où nous avons des sites de fortune.

 

  1. : Qu’est-ce qui est fait en termes de prise en charge de ces PDI ?

(A.K.) : Au niveau de la région, c’est le Conseil régional de secours d’urgence et de réhabilitation (CORESUR) qui pilote les interventions. Dès le départ, à partir de l’enregistrement, c’est le Conseil départemental de secours d’urgence et de réhabilitation (CODESUR), à travers le préfet, le maire, le CVD, qui se met en branle. Une fois que nos services sont informés de l’arrivée de PDI, nous passons faire leur dénombrement qui consiste en une estimation globale de leur nombre faite pour la prise en charge d’urgence. Après ce premier dénombrement, nous envoyons des agents enquêteurs sur le terrain pour procéder à l’enregistrement individuel avec un logiciel qui transmet directement les données au CONASUR à Ouagadougou. Le CONASUR nous envoie les résultats chaque fin du mois. Même dans notre intervention d’urgence, nous tenons compte aussi des populations hôtes. Les premiers instants, avant que les structures compétentes n’interviennent, c’est la famille d’accueil qui assure l’aide.

 

  1. : Rencontrez-vous des difficultés dans la prise en charge ?

A.K. : Les difficultés, nous en connaissons. L’Etat n’est malheureusement pas à mesure de subvenir à tous les besoins des déplacés. Certains viennent les bras vides, sans aucune préparation. La difficulté principale est donc l’insuffisance des moyens pour leur faire une prise en charge totale, même s’il est vrai que le CONASUR et d’autres partenaires nous appuient toujours. L’autre difficulté est que beaucoup de PDI viennent sans actes d’Etat civil. Il y a également des partenaires qui ne veulent pas rentrer dans notre dynamique d’action, chacun voulant intervenir seul alors que si nous nous mettons ensemble, nous pouvons mieux agir. Mais de plus en plus, nous arrivons à nous comprendre.

 

  1. : Quel appel avez-vous à lancer aux populations hôtes ?

A.K. : C’est déjà leur dire un grand merci pour l’hospitalité parce que ce n’était pas évident d’accepter accueillir ou héberger quelqu’un en ne sachant pas quand cela va prendre fin. Nous leur demandons de continuer toujours dans ce sens jusqu’à ce que la situation se rétablisse. Nous demandons aussi de la patience et de la compréhension aux personnes déplacées. Nous souhaitons que l’élan de solidarité puisse aller en crescendo. On a toujours quelque chose à apporter à une personne en situation de détresse. Du reste, nous prions que la paix revienne pour que chaque déplacé interne puisse retrouver sa localité d’origine et reprendre sa vie normale.

Interview réalisée par Alpha Sékou BARRY

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