Médias : Le journaliste Roland Ki obtient son master recherche en science politique aliste Ravec 16/20

Médias : Le journaliste Roland Ki obtient son master recherche en science politique aliste Ravec 16/20

Ouagadougou, 6 nov. 2026 (AIB)-Le journaliste Roland Ki a été déclaré admis, avec la note de 16 sur 20, au diplôme de master recherche en science politique de l’Université Thomas-Sankara, à l’issue de la soutenance publique, ce vendredi, de son mémoire intitulé « La pratique du dialogue social au Burkina Faso ». Dirigé par le Pr Léon Sampana, professeur de science politique, intervenu en ligne, le travail a été évalué par un jury présidé par le Pr Vincent Zakané, avec le Dr Soura Sibiri comme rapporteur.

Au-delà du succès académique, ce sont la pertinence du sujet, son ancrage dans l’actualité nationale et la finesse de son analyse qui ont retenu l’attention.

Le jeune chercheur ne s’est pas contenté de décrire les institutions : il a interrogé leur fonctionnement réel, leur capacité à produire des règles communes et les raisons profondes pour lesquelles, malgré un arsenal juridique et institutionnel relativement dense, le dialogue social burkinabè peine à prévenir durablement les conflits collectifs.

Dans son exposé, Roland Ki a d’abord rappelé l’ampleur du dispositif existant, souvent présenté comme un modèle. Le Burkina Faso a ratifié les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Il dispose d’un Code du travail, de libertés syndicales garanties par la Constitution et d’une quinzaine d’instances bipartites et tripartites.

Cette architecture avait été couronnée en 2017 par la création du Haut Conseil du dialogue social (HCDS), pensé comme le lieu par excellence de la concertation entre l’État, le patronat et les organisations syndicales. Sur le papier, tout y est.

Dans les faits, observe Roland Ki, le HCDS a été dissous le 24 mars 2023, et les rencontres annuelles entre le Gouvernement et les syndicats ont été interrompues de juillet 2021 à février 2025, en raison de l’urgence sécuritaire.

Comment comprendre qu’un pays aussi doté en instances soit aussi régulièrement confronté à des tensions sociales ? C’est à cette question que le mémoire tente de répondre.

Pour y parvenir, l’impétrant s’est appuyé sur la théorie de la régulation sociale de Jean-Daniel Reynaud, un choix qui lui a permis de dépasser la simple lecture juridique pour s’intéresser à la fabrique réelle des règles.

Il a adopté une approche exclusivement qualitative, fondée sur l’exploitation de documents et de la littérature, ainsi que sur des entretiens semi-directifs menés auprès de représentants de l’administration du travail, des syndicats, du patronat et du secteur informel.

Cette démarche lui a permis de confronter les textes aux pratiques, les discours officiels aux expériences vécues par les acteurs, et de montrer que le problème du dialogue social burkinabè n’est pas d’abord un problème de textes.

Le premier enseignement majeur de l’étude est en effet la prééminence de la régulation exercée par l’État. Dans les mécanismes de dialogue, l’État conserve une influence déterminante sur la création et la suppression des instances, la programmation des rencontres, la définition des sujets de discussion et le suivi des engagements pris.

Il est à la fois juge et partie, organisateur et acteur. Le dialogue existe, les réunions se tiennent, mais la coproduction des règles, c’est-à-dire la fabrication conjointe de normes par les partenaires sociaux, reste largement inachevée.

Le second enseignement tient au contexte sécuritaire, qui a profondément transformé la nature des relations professionnelles. Dans un pays en guerre contre le terrorisme, l’urgence sécuritaire tend à rendre certaines revendications sociales, pourtant légitimes, inopportunes aux yeux des acteurs eux-mêmes. Selon les observations du chercheur, les organisations syndicales ont parfois privilégié une posture de proposition et d’accompagnement plutôt que de confrontation, notamment à travers leur participation à l’effort de guerre et au Fonds de soutien patriotique (FSP). Le dialogue social n’est donc pas mort : il a muté. Il est passé de la négociation à l’information, puis à la contribution, sans pour autant disparaître.

Cette mutation ne doit cependant pas masquer la persistance de revendications anciennes qui, en raison de l’urgence sécuritaire, ne sont plus jugées prioritaires.

L’analyse des cahiers de doléances de l’Unité d’action syndicale (UAS) entre 2010 et 2019 montre que quatorze des quinze revendications emblématiques formulées en 2010 ont été reconduites jusqu’en 2014.

Certains acquis majeurs ont néanmoins été obtenus, parfois au terme d’une longue attente. À titre d’illustration, la retenue des cotisations syndicales à la source, réclamée depuis 2010, a obtenu ses textes d’application en 2023-2024. En revanche, les élections professionnelles, revendiquées depuis la même période, n’avaient pas encore été organisées au moment de la recherche.

Dans la seconde partie de son mémoire, Roland Ki met en évidence l’absence de rencontre effective entre les différentes formes de régulation. Les syndicats conditionnent souvent de nouveaux engagements à l’exécution des précédents, tandis que l’État privilégie la conclusion de nouveaux accords.

Le chercheur reconnaît toutefois que certains accords ont été appliqués, notamment la régularisation d’anciens travailleurs de garderie, l’apurement de dossiers d’avancement, la mise en place de bourses du travail et les avancées relatives à l’assurance maladie universelle.

Il estime cependant que ces mesures relèvent davantage de décisions que l’État pouvait prendre seul que de véritables règles élaborées conjointement.

En conclusion, Roland Ki soutient que les difficultés du dialogue social burkinabè ne résultent pas principalement d’un manque de textes ou d’institutions, mais d’un déficit de coproduction des règles entre les partenaires sociaux. Pour sortir de l’impasse, il recommande d’approfondir les recherches sur les mécanismes de régulation au sein des entreprises et des services publics, ainsi que sur les formes d’organisation et de production normative dans le secteur informel. Ce vaste pan de l’économie, faute d’être intégré aux instances officielles, invente ses propres règles par la médiation coutumière et religieuse. Un travail rigoureux, courageux et utile, qui éclaire le débat public et ouvre des pistes concrètes pour refonder un dialogue social plus inclusif, plus équilibré et plus crédible.

intervenu en ligne, le travail a été évalué par un jury présidé par le Pr Vincent Zakané, avec le Dr Soura Sibiri comme rapporteur.

Au-delà du succès académique, ce sont la pertinence du sujet, son ancrage dans l’actualité nationale et la finesse de son analyse qui ont retenu l’attention. Le jeune chercheur ne s’est pas contenté de décrire les institutions : il a interrogé leur fonctionnement réel, leur capacité à produire des règles communes et les raisons profondes pour lesquelles, malgré un arsenal juridique et institutionnel relativement dense, le dialogue social burkinabè peine à prévenir durablement les conflits collectifs.

Dans son exposé, le candidat a d’abord rappelé l’ampleur du dispositif existant, souvent présenté comme un modèle. Le Burkina Faso a ratifié les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Il dispose d’un Code du travail, de libertés syndicales garanties par la Constitution et d’une quinzaine d’instances bipartites et tripartites. Cette architecture avait été couronnée en 2017 par la création du Haut Conseil du dialogue social (HCDS), pensé comme le lieu par excellence de la concertation entre l’État, le patronat et les organisations syndicales. Sur le papier, tout y est. Dans les faits, observe Roland Ki, le HCDS a été dissous le 24 mars 2023, et les rencontres annuelles entre le Gouvernement et les syndicats ont été interrompues de juillet 2021 à février 2025, en raison de l’urgence sécuritaire. Comment comprendre qu’un pays aussi doté en instances soit aussi régulièrement confronté à des tensions sociales ? C’est à cette question que le mémoire tente de répondre.

Pour y parvenir, l’impétrant s’est appuyé sur la théorie de la régulation sociale de Jean-Daniel Reynaud, un choix qui lui a permis de dépasser la simple lecture juridique pour s’intéresser à la fabrique réelle des règles. Il a adopté une approche exclusivement qualitative, fondée sur l’exploitation de documents et de la littérature, ainsi que sur des entretiens semi-directifs menés auprès de représentants de l’administration du travail, des syndicats, du patronat et du secteur informel. Cette démarche lui a permis de confronter les textes aux pratiques, les discours officiels aux expériences vécues par les acteurs, et de montrer que le problème du dialogue social burkinabè n’est pas d’abord un problème de textes.

Le premier enseignement majeur de l’étude est en effet la prééminence de la régulation exercée par l’État. Dans les mécanismes de dialogue, l’État conserve une influence déterminante sur la création et la suppression des instances, la programmation des rencontres, la définition des sujets de discussion et le suivi des engagements pris. Il est à la fois juge et partie, organisateur et acteur. Le dialogue existe, les réunions se tiennent, mais la coproduction des règles, c’est-à-dire la fabrication conjointe de normes par les partenaires sociaux, reste largement inachevée.

Le second enseignement tient au contexte sécuritaire, qui a profondément transformé la nature des relations professionnelles. Dans un pays en guerre contre le terrorisme, l’urgence sécuritaire tend à rendre certaines revendications sociales, pourtant légitimes, inopportunes aux yeux des acteurs eux-mêmes. Selon les observations du chercheur, les organisations syndicales ont parfois privilégié une posture de proposition et d’accompagnement plutôt que de confrontation, notamment à travers leur participation à l’effort de guerre et au Fonds de soutien patriotique (FSP). Le dialogue social n’est donc pas mort : il a muté. Il est passé de la négociation à l’information, puis à la contribution, sans pour autant disparaître.

Cette mutation ne doit cependant pas masquer la persistance de revendications anciennes qui, en raison de l’urgence sécuritaire, ne sont plus jugées prioritaires.

L’analyse des cahiers de doléances de l’Unité d’action syndicale (UAS) entre 2010 et 2019 montre que quatorze des quinze revendications emblématiques formulées en 2010 ont été reconduites jusqu’en 2014.

Certains acquis majeurs ont néanmoins été obtenus, parfois au terme d’une longue attente. À titre d’illustration, la retenue des cotisations syndicales à la source, réclamée depuis 2010, a obtenu ses textes d’application en 2023-2024.

En revanche, les élections professionnelles, revendiquées depuis la même période, n’avaient pas encore été organisées au moment de la recherche.

Dans la seconde partie de son mémoire, Roland Ki met en évidence l’absence de rencontre effective entre les différentes formes de régulation. Les syndicats conditionnent souvent de nouveaux engagements à l’exécution des précédents, tandis que l’État privilégie la conclusion de nouveaux accords.

Le chercheur reconnaît toutefois que certains accords ont été appliqués, notamment la régularisation d’anciens travailleurs de garderie, l’apurement de dossiers d’avancement, la mise en place de bourses du travail et les avancées relatives à l’assurance maladie universelle.

Il estime cependant que ces mesures relèvent davantage de décisions que l’État pouvait prendre seul que de véritables règles élaborées conjointement.

En conclusion, Roland Ki soutient que les difficultés du dialogue social burkinabè ne résultent pas principalement d’un manque de textes ou d’institutions, mais d’un déficit de coproduction des règles entre les partenaires sociaux.

Pour sortir de l’impasse, il recommande d’approfondir les recherches sur les mécanismes de régulation au sein des entreprises et des services publics, ainsi que sur les formes d’organisation et de

normative dans le secteur informel. Ce vaste pan de l’économie, faute d’être intégré aux instances officielles, invente ses propres règles par la médiation coutumière et religieuse.

Un travail rigoureux, courageux et utile, qui éclaire le débat public et ouvre des pistes concrètes pour refonder un dialogue social plus inclusif, plus équilibré et plus crédible.

Agence d’information du Burkina

GP/ata

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