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Université Daniel Ouezzin Coulibaly : le Pr Aboudramane Guiro veut faire de l’université un moteur de développement de Bankui
Ouagadougou, 14 sept. 2026 (AIB)- Le Président de l’Université Daniel Ouezzin Coulibaly (UDOC), Pr Aboudramane Guiro, entend faire de l’institution un moteur de transformation de la Boucle du Mouhoun, en s’appuyant sur la recherche, l’innovation, le numérique et l’entrepreneuriat pour relever les défis du développement territorial, dans un entretien accordé à l’AIB.
Agence d’information du Burkina (AIB) : Quelle est aujourd’hui votre vision stratégique pour faire de l’UDOC un véritable pôle d’excellence académique et scientifique ?
Pr Aboudramane Guiro : Notre vision est de faire de l’UDOC une université de territoire, mais pas une université territoriale au sens restrictif : une université ancrée localement, ouverte nationalement et connectée internationalement. La décentralisation universitaire ne doit pas se limiter à déplacer des formations existantes. Elle doit plutôt permettre de construire, au cœur des territoires, des universités capables de produire des connaissances et des innovations adaptées aux réalités locales.
Pour l’UDOC, notre ambition repose sur trois verbes : former, produire et transformer. Former des talents compétents et responsables, produire des savoirs scientifiques utiles et transformer les territoires grâce à l’innovation.
Nous bâtissons progressivement une université d’excellence autour de domaines stratégiques dans la Boucle du Mouhoun et au Burkina Faso : l’agriculture et l’agritech, l’environnement et la gestion des ressources naturelles, le numérique et l’intelligence artificielle, l’énergie, l’ingénierie, les sciences des données et l’innovation entrepreneuriale.
En tant que mathématicien travaillant sur la modélisation des systèmes complexes, nous sommes particulièrement convaincus qu’une université moderne doit être capable de comprendre les interactions entre les différents systèmes : agriculture, climat, eau, économie, population, technologie et environnement. C’est cette approche systémique qui guide à la fois notre recherche et notre formation.
Notre objectif n’est donc pas simplement d’accueillir davantage d’étudiants. Il s’agit surtout de construire une université où la qualité de la formation, la recherche, l’innovation et l’impact sur le territoire constituent les principaux indicateurs de performance.
AIB : Comment l’UDOC adapte-t-elle ses offres de formation aux besoins du marché de l’emploi et aux priorités nationales ?
Pr Aboudramane Guiro : L’université ne peut plus former selon une logique exclusivement disciplinaire, déconnectée des transformations économique et technologique. Les métiers évoluent rapidement, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique, de la transformation numérique et des changements climatiques.
A l’UDOC, nous partons donc davantage des besoins du territoire et des compétences recherchées par les secteurs professionnels pour construire nos formations.
Cela suppose de renforcer les formations professionnalisantes, de développer les compétences numériques dans toutes les filières et à d’accorder une place accrue aux pédagogies par projets, aux stages, aux études de cas et à la résolution de problèmes réels.
Nous promouvons également des formations interdisciplinaires. Par exemple, l’agriculture de demain ne sera pas uniquement une affaire d’agronomes : elle mobilisera les mathématiques, la statistique, la science des données, l’intelligence artificielle, les drones, les capteurs, l’énergie solaire, la télédétection et l’économie.
Notre ambition est donc de former non seulement des diplômés capables de rechercher un emploi, mais aussi des jeunes capables de créer de la valeur, de développer leur propre activité et d’apporter des réponses aux problèmes de leur environnement.
AIB : Comment la recherche de l’UDOC peut-elle contribuer à la sécurité alimentaire, à la gestion durable des ressources et au développement local ?
Pr Aboudramane Guiro : La Boucle du Mouhoun dispose d’un potentiel agricole considérable. Mais pour le valoriser pleinement, nous devons aujourd’hui nous appuyer sur les outils scientifiques et technologiques contemporains.
Notre ambitionnons développer à l’UDOC une recherche fortement orientée vers les réalités et les problèmes du territoire.
Dans mon domaine, par exemple, la modélisation mathématique permet de représenter des systèmes complexes et d’étudier leur évolution. Elle peut être utilisée pour mieux comprendre les dynamiques agricoles, hydrologiques, épidémiologiques ou environnementales, mais aussi pour simuler différents scénarios avant de prendre des décisions.
Prenons une question à la fois simple et importante : comment optimiser l’utilisation de l’eau dans une exploitation agricole en tenant compte du climat, du type de sol, des cultures et des ressources disponibles ? C’est un problème complexe qui peut être abordé grâce à la modélisation, aux données et à l’intelligence artificielle.
Nous voulons ainsi rapprocher chercheurs, producteurs, techniciens, collectivités et entreprises afin que la recherche ne reste pas confinée aux laboratoires, mais qu’elle débouche sur des solutions concrètes.
Notre conception est simple : un problème du territoire doit pouvoir devenir une question de recherche, et un résultat de recherche doit pouvoir devenir une solution pour le territoire.
AIB : Quels dispositifs pour encourager la recherche appliquée, l’entrepreneuriat et le transfert de technologies ?
Pr Aboudramane Guiro : L’université du XXIᵉ siècle ne peut plus fonctionner uniquement selon le modèle classique « enseigner–publier ».
Elle doit également être capable de transformer les connaissances en innovations, puis les innovations en valeur économique et sociale.
C’est pourquoi nous renforçons progressivement à l’UDOC tout l’écosystème de l’innovation : recherche appliquée, projets étudiants, entrepreneuriat, incubation, partenariats avec les entreprises et valorisation des résultats scientifiques. Par exemple, un étudiant en informatique peut développer une solution numérique pour un producteur; un étudiant en agronomie peut travailler sur l’optimisation d’une production ; un étudiant en énergie peut concevoir une solution solaire ; un mathématicien ou un informaticien peut, quant à lui, développer un modèle prédictif.
L’objectif ici est de créer une véritable chaîne : problème → recherche → prototype → expérimentation → innovation → entreprise ou transfert technologique.C’est de cette manière que l’université pourra devenir un véritable acteur économique de son territoire.
AIB : Quelles innovations numériques pour moderniser les pratiques pédagogiques et améliorer les apprentissages ?
Pr Aboudramane Guiro : La transformation numérique ne consiste pas simplement à installer des ordinateurs ou une connexion Internet dans une université. Elle implique une évolution profonde de la manière d’enseigner et d’apprendre.
Nous devons donc progressivement développer des environnements numériques d’apprentissage, des ressources pédagogiques numériques, l’enseignement hybride, des plateformes collaboratives ainsi que l’exploitation des données pour améliorer le suivi des étudiants.
L’intelligence artificielle constitue également une opportunité considérable, à condition de l’utiliser de manière responsable. Elle peut aider l’étudiant dans son apprentissage, l’enseignant dans la préparation de ses cours et l’université dans l’analyse des parcours académiques.
Mais nous voudrions insister sur un point essentiel : l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer l’intelligence humaine. Notre responsabilité, en tant qu’université, est précisément de former des étudiants capables de comprendre, de vérifier, de raisonner et de prendre des décisions.
Nous devons donc développer chez nos étudiants une véritable culture numérique et scientifique, fondée sur l’esprit critique, l’éthique et la créativité.
AIB : L’UDOC entretient-elle des partenariats avec les collectivités, les entreprises et les partenaires internationaux ?
Pr Aboudramane Guiro : Pour une université implantée dans un territoire, les partenariats ne sont pas accessoires. Ils sont une véritable condition de son impact.
L’UDOC est une université ouverte sur son environnement. Cela signifie qu’elle travaille avec les collectivités territoriales, les entreprises, les organisations professionnelles, les producteurs, les ONG, les centres de recherche ainsi qu’avec les universités nationales et internationales.
Nous recherchons des partenariats capables de produire des résultats mesurables : mobilité des étudiants et des enseignants, projets de recherche conjoints, équipements, formations spécialisées, stages, financement de projets, transfert de technologies et création d’emplois.
Notre stratégie internationale va également au-delà d’une simple signature de conventions. Une convention n’a de véritable valeur que lorsqu’elle débouche sur des activités concrètes.
Nous construisons donc des partenariats gagnant-gagnant, dans lesquels l’UDOC apporte elle aussi son expertise et sa connaissance du territoire.
AIB : Comment accompagnez-vous les étudiants vers l’insertion professionnelle ?
Pr Aboudramane Guiro : L’insertion professionnelle doit être pensée dès l’entrée à l’université, et non à la veille de la diplomation. Nous renforçons progressivement l’orientation, le développement des compétences transversales, les stages, les relations avec les entreprises, l’entrepreneuriat et l’accompagnement à la recherche d’emploi.
Un étudiant l’UDOC sort avec trois éléments essentiels : un diplôme reconnu, des compétences réellement opérationnelles et une expérience lui permettant de démontrer ce qu’il sait faire.
Nous développons également des compétences devenues indispensables dans presque tous les métiers : communication, anglais, numérique, analyse de données, travail en équipe, gestion de projet, leadership et capacité à résoudre des problèmes complexes.
Nous souhaitons aussi que nos formations accordent davantage de place à la culture entrepreneuriale. Dans notre contexte, l’université contribue à former des créateurs d’emplois et pas uniquement des demandeurs d’emploi en témoignent des Alumni de l’institution travaillant à leur propre compte.
AIB : Quels sont les principaux défis de l’UDOC pour les prochaines années ?
Pr Aboudramane Guiro : Le premier défi est évidemment celui de la qualité. La croissance d’une université ne doit jamais se faire au détriment de la qualité de l’enseignement et de la recherche.
Le deuxième concerne les infrastructures et les équipements scientifiques et numériques. Une université moderne doit disposer de laboratoires, de plateformes technologiques, de bibliothèques numériques et d’espaces favorisant l’innovation.
Sur ce point, nous saluons les efforts des plus hautes autorités de notre pays, en particulier Son Excellence le Président du Faso, le Camarade Capitaine Ibrahim TRAORE qui, grâce à l’Initiative Présidentielle pour une Éducation de Qualité pour tous (IPEQ), permet à notre université de bénéficier d’un amphithéâtre de 500 places et d’un bâtiment pédagogique en R+2 comportant des laboratoires et des salles de cours en voie de finition.
Le troisième défi est celui des ressources humaines. Nous travaillerons à attirer, développer et à fidéliser les enseignants-chercheurs ainsi que les personnels administratifs compétents.
Le quatrième est celui du financement. Dans un contexte budgétaire contraint, nous développerons davantage une véritable culture de recherche de financements compétitifs, de partenariats et de valorisation.
Enfin, le cinquième défi est celui de la visibilité scientifique. Nous continuerons d’œuvrer pour que l’UDOC soit progressivement reconnue non seulement au Burkina Faso, mais aussi dans l’espace scientifique africain et international.
En résumé, notre défi est de construire une université performante tout en préservant son identité de service public et son ancrage territorial.
AIB : Comment faire de l’UDOC un laboratoire d’innovations au service du développement territorial ?
Pr Aboudramane Guiro : Nous croyons profondément à l’idée d’une université-laboratoire du territoire.
La Boucle du Mouhoun peut devenir un véritable terrain d’expérimentation scientifique et technologique. Les questions liées à l’agriculture, à l’eau, au climat, à l’énergie, à l’environnement, au numérique et au développement urbain constituent autant de problèmes complexes sur lesquels l’université peut travailler.
Pour cela, nous mettrons en place des mécanismes permettant aux populations et aux collectivités de faire remonter leurs préoccupations et leurs problèmes vers l’université.
Nous pourrions alors fonctionner selon une logique de laboratoires vivants, ou living labs, dans lesquels chercheurs, étudiants, collectivités, entreprises et populations travaillent ensemble sur un problème réel, expérimentent une solution, mesurent les résultats et l’améliorent.
Cette approche est particulièrement importante pour moi en tant que spécialiste de la modélisation des systèmes complexes. Un territoire est lui-même un système complexe. On ne peut pas traiter séparément l’eau, l’agriculture, le climat, l’économie, la démographie et les technologies. Il faut plutôt comprendre les interactions entre ces différents éléments.
L’UDOC demeurera cet espace où la science rencontre le territoire et où le territoire nourrit la science.
AIB : Pourquoi un jeune bachelier devrait-il choisir l’UDOC ?
Pr Aboudramane Guiro : Nous lui dirions d’abord ceci : ne choisissez pas seulement une université ; choisissez un environnement dans lequel vous pourrez construire votre avenir.
A l’UDOC, nous voulons offrir aux jeunes une université proche du territoire, mais ouverte sur le monde, avec une formation exigeante, une recherche orientée vers les problèmes réels et une forte culture de l’innovation.
Notre ambition est de former des jeunes qui maîtrisent leur discipline, tout en étant capables de travailler en équipe, d’utiliser les technologies, de communiquer, d’entreprendre et de résoudre des problèmes complexes.
Aussi, nous dirions au jeune bachelier que l’UDOC veut être une université où le territoire n’est pas une limite, mais un laboratoire.
La Boucle du Mouhoun possède des ressources agricoles, humaines, culturelles et naturelles considérables. Nous continuerons de donner à notre jeunesse les connaissances et les technologies nécessaires pour les transformer en véritables opportunités.
Surtout, notre ambition est de construire une université dont les diplômés pourront être compétitifs au Burkina Faso, en Afrique et à l’international.
Former les talents, produire les savoirs et transformer les territoires : c’est finalement la promesse que nous portons avec l’UDOC en tant premier responsable de l’institution.
Agence d’Information du Burkina
SB/HB/BBP

