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Gnagna/Manni : dans les rizières, l’entraide fait pousser le riz et resserre les liens
Manni, 25 août 2026 (AIB) – Le soleil n’a pas encore pleinement pris possession du ciel que, déjà, les rizières de Manni bruissent d’activité. Pieds plongés dans la boue, jeunes et adultes avancent méthodiquement dans les casiers, les mains chargées de jeunes plants de riz. Un rang après l’autre, les pousses prennent place dans la terre humide.
Ici, le travail ne se conjugue pas au singulier. Lorsqu’arrive le moment du repiquage, particulièrement exigeant en main-d’œuvre, familles, amis et voisins se donnent rendez-vous dans les parcelles. Chacun vient apporter ses bras, avec l’assurance qu’à son tour, il pourra compter sur la solidarité des autres.
Ce mardi matin, c’est le producteur Mano Teni Gabdaa qui bénéficie de cette mobilisation. Parents, voisins, jeunes et amis ont répondu à son invitation pour l’aider à repiquer sa parcelle.
Une fois le terrain nivelé et mis en eau, les plants issus de la pépinière sont arrachés, regroupés puis distribués dans les casiers. Deux travailleurs expérimentés tiennent le cordeau et déplacent régulièrement les piquets afin de maintenir les lignes. Derrière eux, les repiqueurs avancent en cadence, plantant les jeunes pousses dans la boue avec une étonnante régularité.
Les plus aguerris transmettent au passage les bons gestes aux moins expérimentés. Dans cette parcelle, les plants sont repiqués suivant un écartement de 20 cm sur 20 cm, à raison de deux plants par poquet.
La cadence est soutenue. Environ deux heures auront suffi pour couvrir près de 0,20 hectare.
Pour Mano Teni Gabdaa, cette efficacité tient avant tout au nombre de bras mobilisés.
« Quand nous sommes nombreux, le travail avance rapidement. Ce qui serait difficile pour une seule personne devient beaucoup plus facile lorsque chacun apporte sa force », se réjouit-il.
Mais dans les rizières de Manni, ces journées ne se résument pas à une course contre la montre. Entre deux rangées de plants, les voix s’élèvent, les plaisanteries fusent et les nouvelles du village circulent. La boue fatigue les jambes, mais la bonne humeur semble alléger le poids de l’effort.
À quelques encablures, Guibougou Dingaba connaît, lui aussi, cette mobilisation. Une quarantaine de jeunes, parmi lesquels des amis et des parents, se sont retrouvés dans sa rizière pour participer au repiquage.
Pour Désiré Lankoandé, venu prêter main-forte, l’organisation collective est surtout un précieux gain de temps. « C’est une très belle organisation qui permet de raccourcir les délais. Elle favorise aussi une croissance régulière des plants et facilite leur entretien par la suite », explique-t-il.
A entendre Albert Bourgou, l’entraide dépasse même la simple nécessité agricole. Elle constitue une marque de respect à l’égard des beaux-parents.
« C’est toujours un honneur pour moi et mes amis de travailler dans les champs de nos beaux-parents. Nous venons leur apporter notre force et leur témoigner notre reconnaissance », confie-t-il.
De parcelle en parcelle, le même scénario se répète. Les liens du sang mobilisent, mais ils ne sont pas les seuls ressorts de cette solidarité. Amis, voisins et connaissances répondent également présents lorsqu’un producteur sollicite de l’aide.
Dans le champ de Gori Tindano, venu de Siedougou, cette entraide prend une dimension presque indispensable. Installé depuis environ un an et demi sur une parcelle de 0,18 hectare, le producteur reconnaît qu’il lui serait difficile de conduire seul son activité rizicole.
« Sans l’existence du travail collectif, la production du riz allait être difficile pour moi. Le développement harmonieux des plants nécessite un repiquage d’ensemble. Avec les personnes âgées et les enfants en bas âge dont j’ai la charge, cette organisation est la seule qui me permet de produire sur mon terrain », témoigne-t-il.
À mesure que les travailleurs progressent, le visage de la parcelle se métamorphose. Les bottes de jeunes plants disparaissent peu à peu pour laisser place à de fines lignes vertes qui dessinent méthodiquement la rizière.
Pour Jean Bourgou, également présent sur le chantier, le principe de cette entraide est aussi simple qu’efficace : « aujourd’hui chez toi, demain chez moi ».
« Travailler collectivement, c’est comme travailler dans son propre champ, parce qu’un jour, ton tour arrivera aussi. Aujourd’hui, nous sommes chez lui ; demain, nous serons peut-être chez moi », soutient-il.
Dans le périmètre irrigué de Manni, cette organisation permet ainsi aux producteurs de faire face aux opérations agricoles qui nécessitent beaucoup de main d’œuvre et doivent être exécutées dans des délais relativement courts. Après le repiquage, viendront le désherbage, l’entretien des parcelles, la surveillance de l’eau, puis, quelques mois plus tard, la récolte et les opérations post-récolte.
Mais au-delà de son utilité agricole, le travail collectif constitue également un espace de retrouvailles. On vient pour travailler, certes, mais aussi pour échanger, plaisanter, transmettre des savoir-faire et entretenir les relations de bon voisinage et de parenté.
Une fois le chantier terminé, le propriétaire du champ offre généralement un repas aux participants. Autour de ce repas, les bénédictions et les prières occupent une place particulière : prières pour les travailleurs, pour la réussite des cultures, mais aussi pour des pluies régulières et une récolte abondante.
Dans les rizières de Manni, l’entraide apparaît donc comme bien plus qu’une simple stratégie de mobilisation de la main-d’œuvre. Elle est à la fois un levier de production, une école de transmission et un ciment social.
Car ici, une conviction semble guider les producteurs : on ne vient pas seulement travailler pour les autres. On vient aussi préparer le jour où l’on aura, soi-même, besoin des autres.
Agence d’information du Burkina
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