Filière oignon : à Titao, les producteurs réclament la vente au kilogramme
Titao, 9 mars 2026 (AIB)-Dans la province du Loroum, la vente de l’oignon bord champ suscite de vives tensions entre producteurs et acheteurs. Les maraîchers de Titao contestent l’achat au filet ou au sac, qu’ils accusent de favoriser les manipulations, et réclament l’application de la vente au kilogramme pour plus de transparence et d’équité. Mais, pour l’instant, un dialogue de sourds semble s’installer, car les acheteurs préfèrent maintenir l’ancien système d’achat.
À la faveur de la sécurisation progressive du territoire, la production maraîchère, notamment celle de l’oignon, prend de plus en plus de l’ampleur à Titao aux côtés de la pomme de terre et d’autres cultures maraîchères. Toutefois, quelques grincements de dents se font de plus en plus entendre par rapport au filet ou au sac, principales unités de mesure à la vente.
Bord champ à Titao, en ce mois de février 2026. Des femmes et des hommes s’activent aux alentours du barrage de Titao, transformé en un lieu de rendez-vous quotidien entre acheteurs et producteurs. Pendant que certains producteurs, arrosoirs en main, sont préoccupés à apporter de l’eau aux planches, d’autres, aux abords des camions, sont en pleine discussion.
À Titao, ce jour-là, l’atmosphère est lourde. Les traditionnelles ambiances de champ se transforment par moments en débats houleux. Le prix d’achat de l’oignon est fortement disputé entre acheteurs et producteurs : 17 500 F, 20 000 F le sac. Difficile de s’accorder sur un prix d’achat. Mais ce qui alimente surtout les débats, c’est le système de mesure.
Des producteurs rejettent l’achat au filet ou au sac. Ils préfèrent la vente au kilogramme. Pour eux, la vente au filet ou au sac permet à l’acheteur de faire des manipulations. « Nous ne sommes pas d’accord avec ce mode d’achat. Chacun vient remplir le sac à sa guise », s’écrie un producteur.
La situation est perçue dans le milieu des producteurs comme une ruse des acheteurs. « Ils en font à leur tête et selon leurs intérêts », s’indigne-t-il.
Quelques échanges avec les acheteurs montrent toutefois leur préférence pour ce mode d’achat. « C’est la méthode que nous connaissons le mieux et c’est ainsi que cela se passe depuis des années », indique un acheteur, peu intéressé à répondre aux questions. « Cela évite de trimballer des bascules », lance-t-il avant de disparaître rapidement pour échapper à ces questions qui semblent l’embarrasser.
La vente au kilogramme plus profitable aux producteurs
Dans l’assentiment général, les producteurs ne sont pas favorables à l’utilisation du filet comme unité de mesure, une pratique qui semble arranger l’acheteur. Producteur maraîcher depuis des années, le chef de canton de Titao, Naaba Wadga, maîtrise bien les contours du maraîchage.
Tout en se réjouissant de l’ouverture de la route nationale n°23, qui favorise l’afflux d’acheteurs et l’écoulement de la production maraîchère, il estime qu’il y a des choses à corriger dans la vente de l’oignon. Il souhaite une plus grande équité dans l’achat des produits afin de compenser les efforts des producteurs.
« L’achat de l’oignon au kilogramme garantira plus d’équité », indique le chef coutumier.
En effet, l’achat au filet est source de désaccords et de débats souvent houleux entre producteurs et acheteurs. Selon Wendlassida Niampa, producteur, la vente au filet provoque beaucoup de pertes pour les producteurs.
« Ils paient le sac à 20 000 F. Mais le problème réside dans la quantité réelle d’oignons dans le sac. Les acheteurs font des pieds et des mains pour le remplir au-delà de la normale. Mais si c’était au kilogramme, ce serait plus simple et plus clair pour tous », indique M. Niampa.
Pour Sanata Younga, productrice aux abords du barrage de Titao, cette pratique pourrait, à la longue, décourager les producteurs. « Les femmes en paieront le plus grand tribut, car ce sont elles qui s’investissent le plus dans la production d’oignons », s’inquiète-t-elle.
Selon elle, la culture de l’oignon est complexe et nécessite beaucoup d’investissements. « Nous sommes confrontées à plusieurs difficultés, notamment le coût de location des lopins de terre, la contribution à la location du système d’irrigation et les difficultés d’acquisition des intrants », note Mme Younga.
Elle pointe également du doigt la responsabilité des producteurs dans la persistance de ce système d’achat. « Il n’y a pas assez de marchés, mais c’est nous-mêmes qui gâtons le marché parce que nous ne sommes pas bien organisés, contrairement aux acheteurs qui restent unis », souligne Mme Younga.
Il est urgent de trouver un terrain d’entente
Réuni en conclave à Ouagadougou du 19 au 20 novembre 2025, le Comité interprofessionnel de la filière oignon du Burkina (CIPFOB) avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur le mode de vente bord champ de l’oignon.
À l’issue des concertations, il a été retenu le mode de vente au kilogramme et fixé le prix à 165 F le kilogramme d’oignon. Cette décision répondait à l’absence d’un système uniformisé de mesure, « entraînant des pertes, des désaccords et une forte volatilité des prix », indique le rapport de concertation.
Dans ce dialogue de sourds entre producteurs et acheteurs, où les deux parties ont du mal à s’accorder, la balle semble désormais dans le camp des services techniques ou de l’administration, qui pourraient jouer un rôle de médiation afin de trouver un juste milieu.
L’enjeu est de faire en sorte que les acheteurs restent solvables et que les producteurs, qui ploient déjà sous le poids des difficiles conditions sécuritaires et humanitaires, puissent continuer à produire et à tirer leur épingle du jeu.
Agence d’Information du Burkina
Abdoul Salam OUARMA
Boureima SOGOBA


