BURKINA-NAYALA-REFORESTATION
L’investissement passionnel du Dr Toé à Toma pour protéger la nature
Ouagadougou, 23 oct. 2026 (AIB)-À la sortie nord-est de Toma, une forêt de 20 hectares s’étend sereinement, résistant à l’urbanisation et à l’aridification. Des chants d’oiseaux, des traces de petits animaux, des arbres, des herbes et autres plantes grimpantes témoignent d’une renaissance végétale et d’une vie faunique en réinstallation. Derrière cette oasis de forêt, un homme de 79 ans ayant quitté le campus pour la campagne.
Au milieu des arbres, à quelques 1000 mètres de la voie latéritique, l’homme s’approche, vêtu d’un pantalon jean, d’une chemise bleue et coiffé d’un large chapeau brun doré. Enseignant de droit à l’université de Ouagadougou, à la retraite depuis 2010, ancien ministre des Mines (1987-1989) et écrivain, il se nomme à l’état civil Yado Jean Toé.

Dr Yado Jean Toé
Ce 24 août 2026, vers 13 heures, sous le bruissement des feuilles, le septuagénaire se confie sur son combat pour la nature. Ici, aucun de ses titres ne compte ; ce qui importe, c’est ce qu’il connaît de chaque recoin de sa forêt, presque au mètre près.
« Là où on est présentement, quand j’étais petit, on y gardait les chèvres et les moutons », se souvient-il, fils de paysan témoin d’une déforestation progressive de la forêt de son enfance. « Je me suis dit, est-ce qu’il faut laisser les choses aller ainsi ? » Sa réponse tient en un seul mot, agir. Et il agit.
Clôturer, protéger et laisser la nature reprendre ses droits
Le résultat tient en 20 hectares clôturés d’un grillage renforcé au béton, avec de hautes herbes, un champ de maïs qui monte, du mil en épiaison, le logement de son collaborateur Pierre Damien Somé, des installations d’élevage et des greniers. Plus loin, la forêt reprend ses droits jusqu’à la maison du propriétaire, bâtie en pierre latérite sous un toit de terre battue. « Je n’ai pas reboisé ici. J’ai protégé, j’ai clôturé, et puis j’ai laissé la nature faire », résume-t-il. Arbres et arbustes se disputent l’espace, les herbes couvrent le sol ; à certains endroits, il faut se frayer un chemin dans la végétation.

Une vue d’ensemble de la forêt
Depuis l’axe Toma-Yaba, cette étendue verte intrigue les passagers. Le directeur provincial de l’Environnement (DP) du Nayala, l’inspecteur des Eaux et Forêts Désiré Vogna, l’a découverte après un signalement de coupe abusive de bois. « Nous avons été agréablement surpris par cette merveille », confie-t-il. Le haut-commissaire de la province, Honoré Frédéric Paré, a eu la même réaction lors d’une séance de reboisement sur le site.
Une marche parmi les espèces
Dans sa tenue des Eaux et Forêts, le DP de l’Environnement guide lui-même la visite. Il avance, s’arrête tous les quelques mètres, désigne une branche, une écorce fendue, une racine à demi sortie de terre.

Le DP de l’Environnement, l’inspecteur des Eaux et forêt, Désiré Vogna
Trente-six espèces végétales, réparties en 18 familles, ont été recensées ici par un inventaire sur la base d’un sondage des services provinciaux, certaines menacées de disparition. Devant un arbuste aux feuilles étroites, il pose la main sur les feuilles et s’arrête. « Cette espèce est très importante dans la pharmacopée. Les gens utilisent ses racines contre le paludisme, l’écorce pour soigner les plaies. » C’est un Ozoroa insignis, précise-t-il, avant de reprendre sa marche. Un peu plus loin, il montre un autre arbre, plus haut et plus large, dont le bois sert au charbon, l’« arbre du forgeron ». Puis un autre encore, dont les feuilles soignent telle ou telle fièvre. Au fil des mètres qu’on avance, la forêt devient une pharmacie à ciel ouvert, chaque tronc racontant un usage, chaque feuille un remède transmis depuis des générations.
Cette forêt capte du carbone, freine l’érosion, sert à l’écotourisme et à l’éducation environnementale des élèves et étudiants, insiste le DP, pour qui la diversité végétale renforce l’intérêt du site pour la conservation des espèces ligneuses. Les personnes déplacées internes arrivées à Toma en 2023 y ramassent le bois mort ; d’autres y cherchent karité, lianes et fruits sauvages, sans que la forêt n’en souffre. Les arbres n’y sont pas seuls ; une faune discrète y trouve refuge, entre chants d’oiseaux et froissements de feuillages. « La nature, c’est tout ça là, ensemble », souligne Dr Toé.
Une clôture qui ne suffit jamais tout à fait à protéger la forêt
Malgré son coût, la clôture ne suffit pas à tout arrêter. D’un côté du voisinage on voit des tas d’ordures, des passages frayés par les animaux au niveau du grillage, de l’autre côté des branches coupées, des écorces et racines arrachées sans autorisation. « Tout est clôturé, c’est de l’argent, malgré tout les gens le soulèvent et rentrent dedans pour couper les arbres », déplore l’ancien ministre des Mines. Même renforcé au béton, le grillage n’empêche pas les bêtes. « Les gens ne peuvent plus passer, mais leurs animaux rentrent. Ces arbres plantés le 24 juin 2026, en présence du haut-commissaire, tout est parti, les animaux ont tout mangé », nous montre d’un doit le sexagénaire. « Si je n’étais pas ici, présentement c’était vide, les gens allaient tout couper, tout gâter », renchérit le collaborateur du propriétaire de la forêt, Pierre Damien Somé.

le haut-commissaire du Nayala, Honoré Fréderic Paré
Une mobilisation autour de Dr Toé pour protéger cette forêt
Dr Toé n’est pas seul dans ce combat ; son épouse, son collaborateur Damien Somé, la Direction de l’Environnement et le haut-commissariat l’accompagnent. « Pour le bois mort, nous laissons les populations le ramasser. Mais quand des personnes viennent couper les arbres, nous intervenons pour les faire sortir, y compris des personnes déplacées internes, et leur retirons machettes et pioches », précise le DP de l’Environnement du Nayala, l’inspecteur des Eaux et forêt, qui passe régulièrement sur le site pour veiller à ce que nul n’y pénètre par effraction.
« Lorsque Dr Toé nous a expliqué tout ce qu’il a fait comme effort de conservation, nous avons trouvé nécessaire de l’accompagner davantage. » Sa Direction l’aide aussi à introduire d’autres espèces pour renforcer la vocation pédagogique du site, et le haut-commissaire du Nayala, Honoré Fréderic Paré assure lui aussi de l’engagement de l’administration.
Planter, protéger, transmettre
Sa passion pour la nature a commencé plus tôt, sur un premier terrain d’environ 25 hectares près de Toma, planté d’eucalyptus qui s’étendent aujourd’hui à perte de vue, mêlés à d’autres espèces poussées spontanément.
À 79 ans, l’enseignant de droit à la retraite ne compte pas s’arrêter là. « Tant que je respire, je vais vouloir faire toujours quelque chose », lance-t-il. Aux jeunes, son message est simple, « Plantez, plantez, plantez. » Mais planter ne suffit pas, insiste-t-il ; il faut protéger les arbres jusqu’à leur maturité. Le DP appelle lui aussi la jeune génération à une gestion durable. « Le besoin d’aujourd’hui ne doit pas compromettre celui des générations futures », soutient l’inspecteur Vogna. Le haut-commissaire abonde. « Il faut planter et puis s’en occuper, les protéger, leur apporter l’eau et les nutriments pour qu’ils puissent grandir ».
À la sortie nord-est de Toma, une forêt est née de la volonté d’un homme passionné de nature, lui, c’est Dr Yado Jean Toé. Et avec elle, un espoir, celui de léguer aux générations futures un patrimoine naturel préservé. Derrière leur clôture, les arbres continuent de pousser. Dans leurs branches, le chant des oiseaux accompagne le bruissement des feuilles.
Agence d’information du Burkina
Assita Kientega
D. Elie Ramdé

