Burkina/Conservation de l’oignon : Une innovation solaire pour réduire les pertes post-récolte

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Burkina/Conservation de l’oignon : Une innovation solaire pour réduire les pertes post-récolte

Ouagadougou, 9 avr. 2026 (AIB)-Face aux importantes pertes de l’oignon enregistrées après la récolte, Dr Boukaré Ouédraogo, enseignant-chercheur à l’Université Norbert Zongo, propose une solution innovante basée sur le solaire. Lors d’un entretien accordé à l’AIB, il a présenté la « cellule solaire de conservation des produits agroalimentaires », mettant en lumière des techniques accessibles et scientifiquement validées pour améliorer la conservation des oignons et accroître les revenus des producteurs.

Agence d’Information du Burkina (AIB) : Comment se fait le procédé de la conservation de l’oignon ?

Dr Boukaré Ouédraogo (B.O) : La conservation de l’oignon doit être anticipée dès la mise en place des pépinières en distinguant l’oignon de conservation à celui destiné à une consommation immédiate. Elle commence par le choix d’une variété adaptée et le respect de l’itinéraire technique de production recommandé par les agronomes.
Après la récolte, il est essentiel de suivre de bonnes pratiques, notamment pour la coupe des bulbes, le transport et le traitement post-récolte appelé « curing » (pré-séchage), qui permet d’éliminer l’excès d’eau et de former une enveloppe protectrice limitant les pertes et les dommages.
Enfin, un tri régulier est nécessaire pendant le stockage : espacé au début, puis plus fréquent après cinq à six mois afin d’éviter la contamination des oignons sains.

AIB : Comment le transfert thermique influence-t-il concrètement la conservation des oignons chez les producteurs ?

B.O : Le transfert thermique influence la conservation des oignons à plusieurs niveaux. D’abord, lors du « curing » (pré-séchage), une mauvaise gestion de la chaleur entraîne une perte rapide d’eau, ce qui provoque le décollement de l’enveloppe protectrice. Cela fragilise l’oignon et favorise sa détérioration. Il est donc essentiel de bien contrôler la chaleur, d’assurer une bonne ventilation pour évacuer l’humidité et d’utiliser un air sec.
Ensuite, pendant la conservation, trois paramètres sont déterminants: la température, l’humidité de l’air et la ventilation (renouvellement de l’air). Ces facteurs sont fortement liés au transfert thermique, car la chaleur influence à la fois l’humidité et la circulation de l’air.
Enfin, dans un contexte sahélien, le transfert thermique provient surtout de la chaleur extérieure, notamment du soleil, transmise par rayonnement, convection et conduction, ce qui impacte directement les conditions de conservation des oignons.

 

AIB : Quels sont les principaux facteurs scientifiques qui expliquent les pertes observées chez les producteurs après la récolte ?

B.O : Les principales causes scientifiques des pertes d’oignons reposent sur trois paramètres : le contrôle du renouvellement de l’air, la maîtrise du choc thermique provenant de l’extérieur et la gestion de l’humidité.
Une mauvaise gestion de ces facteurs, notamment en période humide (août-septembre), favorise la pourriture.
Pour une bonne conservation, il faut maintenir une température entre 25 et 30°C, une humidité relative de 65 à 75% et assurer un renouvellement d’air de 250 à 300 m³/h par tonne d’oignons. Lorsque ces conditions sont respectées, la conservation est optimale.
Par ailleurs, la chaleur influence aussi la production : un excès de chaleur peut empêcher la formation des bulbes (stress thermique) ou exposer certains bulbes au soleil, les rendant impropres à la conservation. Ces derniers doivent donc être rapidement consommés ou vendus.

AIB : Quelles solutions scientifiques simples peuvent être utilisées par les producteurs pour mieux conserver leurs oignons ?
B.O : Pour mieux conserver leurs oignons, les producteurs doivent d’abord respecter l’itinéraire technique recommandé par les ingénieurs agronomes. Ce respect est essentiel, car une mauvaise production compromet la conservation, surtout lorsque les producteurs décident de stocker faute de marché.
Ensuite, les conditions de stockage sont déterminantes. Conserver les oignons dans les maisons ou les greniers n’est pas adapté.
Il existe toutefois des technologies, plus ou moins accessibles selon les moyens, qui permettent d’améliorer la conservation, mais leur efficacité dépend surtout de la discipline des producteurs.
Enfin, de mauvaises pratiques de stockage, comme l’entassement sur de petites surfaces peu aérées, favorisent la chaleur et la contamination.
Un oignon pourri peut rapidement contaminer les autres, entraînant d’importantes pertes, parfois totales, avec des difficultés à dépasser trois mois de conservation.

AIB : La méthode que vous proposez, est-elle adaptée à toutes les régions ?

B.O : La technologie que nous avons développée est adaptée à toutes les régions, y compris l’Afrique de l’Ouest, dont le climat est similaire au nôtre, et peut même être ajustée si nécessaire.

 

Agence d’information du Burkina
HB/BBP/OO

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