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Burkina/Santé : Dr Rebeca Compaoré mise sur des biomarqueurs non invasifs pour diagnostiquer précocement le cancer du foie
Ouagadougou, 4 mars 2026 (AIB)-La chercheure à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), Dr Rebeca Compaoré/Tougma, développe des travaux sur des biomarqueurs non invasifs capables de détecter précocement le cancer du foie à partir d’un simple prélèvement sanguin. Dans un entretien accordé à l’AIB, elle a expliqué que cette innovation pourrait améliorer la prise en charge des patients au Burkina Faso, où l’hépatite B demeure un problème majeur de santé publique.
Spécialiste en biologie moléculaire et en santé publique, Dr Rebeca Compaoré/Tougma, a affirmé que son intérêt pour la recherche scientifique remonte à son jeune âge.
Inspirée par son père, spécialiste en santé publique, elle a très tôt nourri l’ambition de travailler dans le domaine de la santé.
Au cours de son parcours universitaire, notamment lors de son master en santé publique, elle a dit avoir pris conscience du rôle essentiel du laboratoire dans la compréhension et la prise en charge des maladies.
« Beaucoup de solutions en santé, comme les vaccins, trouvent leur origine dans les travaux de laboratoire », a-t-elle expliqué.
Cependant, la chercheure a confié que son parcours n’a pas été sans difficultés.
Après la soutenance de sa thèse de doctorat en 2016, elle a dû faire face à une suspension des recrutements dans la recherche scientifique, retardant son intégration officielle dans le corps des chercheurs.
« Le plus grand défi a été le recrutement. Ce n’est qu’en 2017, à la reprise du concours, que j’ai pu intégrer officiellement la recherche », a dit Dr Compaoré.
Aujourd’hui, ses travaux portent sur l’identification de biomarqueurs non invasifs permettant de diagnostiquer précocement le cancer du foie.
Selon elle, ces biomarqueurs sont des éléments détectables dans le sang qui permettent d’identifier l’évolution de la maladie.
Contrairement à la biopsie, qui nécessite un prélèvement direct d’un morceau du foie par intervention chirurgicale, cette méthode repose sur un simple prélèvement sanguin.
« Lorsque le foie est atteint, certains éléments apparaissent dans le sang et peuvent permettre de détecter la maladie plus tôt », a-t-elle ajouté.
Dr Compaoré, a précisé toutefois que le passage de la découverte scientifique à l’application clinique peut prendre entre cinq et dix ans, le temps de valider les résultats auprès des patients et de mettre au point un test utilisable dans les structures de santé.
A l’en croire, son choix de se spécialiser dans les maladies infectieuses et le cancer est lié à la situation sanitaire du Burkina Faso.
Elle a rappelé que l’hépatite B reste très répandue dans le pays, avec environ 9 % de la population porteuse du virus.
Cette infection peut évoluer vers le cancer du foie, notamment chez les personnes infectées dès le jeune âge.
Pour la chercheure, il s’agit d’une véritable urgence sanitaire qui nécessite davantage d’actions de prévention et de dépistage.
Ses travaux ont récemment été distingués à l’international, notamment en Guinée équatoriale, où elle a reçu le prix « Jeunes femmes scientifiques en Afrique », une distinction soutenue par l’UNESCO.
Selon elle, cette reconnaissance contribue à donner plus de visibilité aux recherches menées au Burkina Faso et facilite l’accès à des financements et à des partenariats scientifiques.
A l’occasion de la Journée internationale de la femme, Dr Rebeca Compaoré, a estimé que la recherche scientifique au Burkina Faso n’est pas encore suffisamment féminisée et encourage les jeunes étudiantes à poursuivre des carrières scientifiques.
Elle a insisté enfin sur l’importance de la prévention de l’hépatite B, notamment à travers la vaccination dès la naissance et le dépistage, afin de réduire les risques d’évolution vers le cancer du foie.
Agence d’information du Burkina
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