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Génomique et lutte contre le cancer : Dr Abdou Azaque Zouré appelle à renforcer les capacités locales et les données africaines

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Génomique et lutte contre le cancer : Dr Abdou Azaque Zouré appelle à renforcer les capacités locales et les données africaines

Ouagadougou, 13 fév. 2026 (AIB)-Maître de recherche en génétique, biologie moléculaire et génomique à l’Institut de recherche en santé du CNRST, Dr Abdou Azaque Zouré, dans un entretien accordé à l’AIB, souligne l’importance de la génomique dans la lutte contre le cancer et plaide pour un renforcement des capacités locales ainsi qu’une meilleure prise en compte des données africaines dans les bases internationales, afin d’améliorer le diagnostic et les traitements adaptés aux populations du continent.

Agence d’information du Burkina (AIB) : Expliquez-nous ce qu’est la génétique, la biologie moléculaire et la génomique.
Dr Abdou Azaque Zouré : La génétique s’intéresse aux lois de l’hérédité, c’est-à-dire aux éléments transmissibles d’une génération à l’autre.
La biologie moléculaire, quant à elle, étudie les mécanismes moléculaires qui interviennent dans le fonctionnement des cellules et dans la physiologie des êtres vivants, afin de comprendre comment ils assurent leur croissance, leur développement et leur survie.
Enfin, la génomique adopte une approche plus globale. Elle analyse l’ensemble du génome d’un organisme, qu’il s’agisse de l’être humain, d’une plante, d’un virus ou de tout autre être vivant.
Elle permet ainsi d’avoir une vision complète du patrimoine génétique.

AIB : Pourquoi la génétique, la biologie moléculaire et la génomique sont-elles centrales dans la compréhension des maladies comme le cancer ?
Dr Abdou Azaque Zouré : Ces disciplines occupent une place centrale dans la compréhension du cancer.
Comme indiqué précédemment, la génétique permet de déterminer si un cancer peut être transmis au sein d’une famille. Par exemple, lorsqu’un patient développe un cancer du sein, la génétique aide à évaluer le risque que ses enfants puissent également être concernés.
La biologie moléculaire, de son côté, s’attache à identifier les mécanismes moléculaires qui ont conduit à l’apparition et au développement de la maladie.
Elle cherche à comprendre les processus internes qui ont favorisé la transformation des cellules normales en cellules cancéreuses.
Enfin, la génomique permet d’analyser l’ensemble du génome afin d’identifier précisément les altérations survenues.
Elle aide à déterminer quels éléments ont été modifiés et ont contribué à l’émergence du cancer.
Il est important de rappeler que le cancer est défini comme une maladie génétique, car son apparition repose sur l’accumulation de plusieurs mutations au niveau du génome, mutations qui permettent aux cellules cancéreuses de se développer et de survivre.
AIB : Pourquoi est-il important d’étudier le patrimoine génétique des populations africaines dans la recherche sur le cancer ?
Dr Abdou Azaque Zouré : Aujourd’hui, dans les bases de données internationales, on a moins de données génomiques des populations noires.
Quand vous partez, vous avez les populations européennes, asiatiques, américaines et tout, qui sont dans ces bases de données. C’est pour dire que c’est un élément de données scientifiques dans ces bases de données, qui ne sont pas disponibles au niveau des populations noires africaines, de sorte qu’on n’a pas les données génomiques dans ces bases et cela va avoir justement des répercussions quant à la prise en charge justement de ces pathologies-là.

AIB : Pourquoi dit-on que les populations africaines sont sous-représentées dans les grandes bases de données génomiques mondiales ? Et quelles en sont les conséquences ?

Dr Abdou Azaque Zouré : Les grandes bases de données génomiques mondiales incluent principalement des populations européennes, asiatiques et américaines. L’absence de données africaines impacte la conception des tests de diagnostic, de dépistage et des traitements.
Les médicaments développés sans prise en compte des spécificités génétiques africaines peuvent être moins efficaces.

AIB : Quelles différences remarque-t-on dans les cancers du sein et de la prostate en Afrique de l’Ouest ?

Dr Abdou Azaque Zouré : Les données disponibles montrent que ces cancers sont souvent plus agressifs en Afrique de l’Ouest, avec une progression plus rapide et une mortalité plus élevée.
Ces différences pourraient être liées à des particularités génomiques encore insuffisamment étudiées.

Agence d’information du Burkina
HB/BBP/OO

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