{"id":1944,"date":"2019-01-25T20:18:33","date_gmt":"2019-01-25T19:18:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/2019\/01\/25\/burkina-du-discours-de-la-haine-au-crime-il-y-a-quun-pas-previent-le-chercheur-moussa-sawadogo-itw\/"},"modified":"2019-01-25T20:18:33","modified_gmt":"2019-01-25T19:18:33","slug":"burkina-du-discours-de-la-haine-au-crime-il-y-a-quun-pas-previent-le-chercheur-moussa-sawadogo-itw","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/2019\/01\/25\/burkina-du-discours-de-la-haine-au-crime-il-y-a-quun-pas-previent-le-chercheur-moussa-sawadogo-itw\/","title":{"rendered":"Burkina\u00a0: &#8221;Du discours de la haine au crime, il y a qu\u2019un pas&#8221;, pr\u00e9vient le chercheur Moussa Sawadogo (itw)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Burkina\u00a0: \u00a0\u00bbDu discours de la haine au crime, il y a qu\u2019un pas\u00a0\u00bb, pr\u00e9vient le chercheur Moussa Sawadogo (itw)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ouagadougou, 25 janv.2019 (AIB)-Le discours de la haine stigmatise, humilie et d\u00e9shumanise avant de passer tr\u00e8s souvent au crime, soutient le journaliste-chercheur Moussa Sawadogo, invitant \u00a0les Burkinab\u00e8 \u00e0 tirer rapidement, des le\u00e7ons des malheureux exemples de Yirgou, du Rwanda, de la C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Cameroun.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Agence d\u2019information du Burkina (AIB)\u00a0<\/strong>: <strong>Tr\u00e8s souvent on entend parler de discours de haine, qu\u2019en est-il exactement ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Moussa Sawadogo (M.S)<\/strong> : Le discours de haine est un discours qui v\u00e9hicule la haine, un discours dont le contenu n\u2019a de but que de diviser les communaut\u00e9s et de les monter les unes\u00a0 contre les autres.<\/p>\n<p>C\u2019est un discours qui est totalement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du vivre-ensemble, de la recherche d\u2019un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur commun partag\u00e9 et accept\u00e9, de la tol\u00e9rance de l\u2019autre.<\/p>\n<p>C\u2019est un discours qui, par exemple,\u00a0 va essayer de faire comprendre aux membres d\u2019une communaut\u00e9 donn\u00e9e que, m\u00eame s\u2019ils vivent sur un m\u00eame territoire avec d\u2019autres communaut\u00e9s, il y\u2019a une diff\u00e9rence entre eux et cette diff\u00e9rence n\u2019est pas une diff\u00e9rence de compl\u00e9mentarit\u00e9 mais une diff\u00e9rence de sup\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>Le discours de la haine soutient g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019une communaut\u00e9 est sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019autre et pire que celle consid\u00e9r\u00e9e comme inf\u00e9rieure peut \u00eatre source de probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, malheureusement, il sugg\u00e8re de la supprimer. C\u2019est pour cela que tr\u00e8s souvent, le discours de haine conduit au crime et on parlera de crime de haine.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>Quelles sont les caract\u00e9ristiques d\u2019un discours de haine ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> On identifie un discours de haine par trois \u00e9l\u00e9ments majeurs. Il\u00a0 y a la stigmatisation o\u00f9 l\u2019on va commencer tout d\u2019abord par\u00a0 indexer, d\u00e9signer une communaut\u00e9 comme \u00e9tant le probl\u00e8me. A la suite de la stigmatisation, vient l\u2019humiliation puis la\u00a0 d\u00e9shumanisation.<\/p>\n<p>Et \u00e0 partir du moment o\u00f9 on vous consid\u00e8re comme non-humain, vous tuer n\u2019est plus un probl\u00e8me. Donc un discours qui porte sur l\u2019un de ces trois \u00e9l\u00e9ments est forc\u00e9ment un discours de haine.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>Qui sont les acteurs ou protagonistes du discours de haine\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)-<\/strong>Les acteurs du discours de haine sont plusieurs. Il y a les concepteurs, c\u2019est-\u00e0-dire ceux-l\u00e0 qui ont pens\u00e9 et con\u00e7u l\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a ceux qui vont transformer le discours de haine en crime de haine c\u2019est-\u00e0-dire les ex\u00e9cutants. Et au milieu, il y a les m\u00e9dias qui sont les vecteurs, le relai de ce discours de haine.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas avec les \u00abm\u00e9dias de la haine\u00bb au Rwanda et en C\u00f4te d\u2019Ivoire qui ont contribu\u00e9 \u00e0 envenimer la situation amplifiant le discours identitaire haineux.<\/p>\n<p><strong>(AIB) &#8211; Quelles peuvent \u00eatre les cons\u00e9quences du discours de haine?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> Les cons\u00e9quences du discours de haine sont nombreuses. Mais de mani\u00e8re condens\u00e9e, on peut dire qu\u2019il divise la soci\u00e9t\u00e9 en faisant croire \u00e0 certains qu\u2019ils sont sup\u00e9rieurs aux autres. Surtout dans notre contexte o\u00f9 les m\u00e9dias, de par leur pouvoir, peuvent contribuer \u00e0 amplifier le climat d\u2019intol\u00e9rance et par cons\u00e9quent les tensions.<\/p>\n<p>De nos jours, cela prend des proportions plus grandes avec les nouveaux moyens de communication tels qu\u2019Internet caract\u00e9ris\u00e9 par la long\u00e9vit\u00e9 des propos diffus\u00e9s et le potentiel de leur r\u00e9apparition imm\u00e9diate, l\u2019itin\u00e9rance, l\u2019anonymat et leur caract\u00e8re transnational.<\/p>\n<p>Ainsi, les discours de haine peuvent rester en ligne pendant longtemps, sous diff\u00e9rents formats et sur de nombreuses plates-formes.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> &#8211; <strong>Existe-t-il des cas o\u00f9 le discours de haine s\u2019est transform\u00e9 en crime de haine ?<\/strong><\/p>\n<p>(<strong>M.S)<\/strong> Oui il en existe malheureusement. Nous avons l\u2019exemple le plus illustratif avec le g\u00e9nocide de 1994 au Rwanda, o\u00f9 en quelques semaines plus de 800.000 personnes ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es.<\/p>\n<p>Il faut pr\u00e9ciser que le g\u00e9nocide est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un discours de haine.<\/p>\n<p>On en a connu \u00e9galement\u00a0 la m\u00eame chose en C\u00f4te d\u2019Ivoire avec le concept \u00abd\u2019Ivoirit\u00e9\u00bb et la guerre que le pays a connue de 2002 \u00e0 2011.<\/p>\n<p>Actuellement, l\u2019on assiste \u00e0 ces m\u00eames cons\u00e9quences du discours de haine\u00a0 au Cameroun dans le conflit arm\u00e9 engag\u00e9 par les s\u00e9paratistes anglophones.<\/p>\n<p>Et ce qui se disait au Rwanda pendant le g\u00e9nocide se dit actuellement au Cameroun o\u00f9 on entend des propos haineux dans les m\u00e9dias. On estime qu\u2019une partie de la population constitue un probl\u00e8me et ne peut plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme des concitoyens.<\/p>\n<p><strong>\u00a0(AIB)<\/strong>&#8211;<strong>A quel moment peut-on dire qu\u2019un journaliste tient un discours de haine ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S<\/strong>) On dit qu\u2019un journaliste est porteur de discours de haine lorsqu\u2019il tient lui-m\u00eame un discours divisionniste sur l\u2019appartenance nationale comme nous l\u2019avons vu au Rwanda et en C\u00f4te-d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p>Le journaliste peut \u00eatre aussi accus\u00e9 d\u2019encourager le discours de haine lorsqu\u2019il permet aux autres de faire des commentaires haineux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de textes journalistiques.<\/p>\n<p>C\u2019est par exemple, le cas des probl\u00e8mes de mod\u00e9ration sur les sites des m\u00e9dias ou sur leurs pages Facebook ou bien encore lorsqu\u2019il ferme les yeux sur des cas flagrant de discours de haine.<\/p>\n<p>On remarque \u00e9galement qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de combattre le discours de haine lorsqu\u2019il est l\u00e9gitim\u00e9 par des acteurs politiques, qui rendent acceptables des propos inacceptables. Et cela se voit tr\u00e8s souvent dans des m\u00e9dias appartenant \u00e0 des hommes politiques ou des groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> \u00a0<strong>Existent-ils des dispositions l\u00e9gales qui permettent de lutter contre le discours de haine au Burkina Faso ? Si oui lesquelles ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S) <\/strong>Evidemment qu\u2019il en existe. De fa\u00e7on succincte, je dirai que\u00a0 tout ce qui est crime et incitation au crime est puni par la loi. Notre pays le Burkina Faso a \u00e9galement ratifi\u00e9 des conventions internationales qui condamnent la stigmatisation et le discours de haine.<\/p>\n<p><strong>\u00a0(AIB) Vous dites que les m\u00e9dias sont le plus souvent les vecteurs de propos des protagonistes du discours de haine. En tant qu\u2019expert des m\u00e9dias et sp\u00e9cialiste des questions de discours de haine, est ce que vous avez d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 des cas de discours de haine dans les productions m\u00e9diatiques au Burkina Faso ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong>\u00a0 Heureusement aujourd\u2019hui au Burkina, il n\u2019y a aucun m\u00e9dia traditionnel qui est porteur de discours de haine. Et \u00e0 ce niveau je trouve que les journalistes sont assez professionnels et je les f\u00e9licite au passage. Mais dans les m\u00e9dias sociaux, on rencontre diverses formes de stigmatisation auxquelles il faut faire attention.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019incident de Yirgou, un crime de haine <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>(AIB) \u2013En d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, \u00e0 Yirgou dans le Centre-nord du Burkina Faso, 47 Peulhs ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s en repr\u00e9sailles \u00e0 une attaque terroriste ayant tu\u00e9 un chef coutumier Moaga et cinq de ses proches. \u00a0Peut-on consid\u00e9rer cette situation comme la cons\u00e9quence d\u2019un discours de haine ?\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> Tout d\u2019abord, c\u2019est avec beaucoup de douleur que je r\u00e9alise que des sc\u00e8nes pareilles se d\u00e9roulent dans mon pays. Paix aux \u00e2mes des disparus. Je ne dirai pas que ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou, est le fruit d\u2019un discours de haine comme on l\u2019a vu dans certains pays comme on en a connu au Rwanda et en C\u00f4te d\u2019Ivoire o\u00f9 respectivement les Tutsi et les Dioulas ont \u00e9t\u00e9 stigmatis\u00e9s. On n\u2019a pas assist\u00e9 au pr\u00e9alable \u00e0 des discours, \u00e0 des d\u00e9bats m\u00e9diatiques o\u00f9 on a stigmatis\u00e9 une communaut\u00e9. Mais pour la situation de Yirgou, il faut malheureusement le reconnaitre et l\u2019accepter, c\u2019est la haine qui a pouss\u00e9 les uns \u00e0 massacrer les autres. Donc on peut qualifier les tueries de\u00a0 Yirgou comme un crime de haine.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>&#8211; En tant qu\u2019expert dans le domaine, quels sont selon vous, les mobiles qui ont motiv\u00e9 ce crime de haine ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> Je dirai, qu\u2019il n\u2019y a certes pas eu de discours de haine qui a \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9 \u00e0 ce sujet, mais c\u2019est un ressentiment qui a anim\u00e9 les auteurs de cette forfaiture.<\/p>\n<p>Parce que si on cible une communaut\u00e9 pour attaquer c\u2019est que ceux qui l\u2019ont fait avaient quelque chose sur le c\u0153ur m\u00eame s\u2019ils ne l\u2019ont pas exprim\u00e9 par un discours.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, on est pass\u00e9 d\u2019un ressentiment \u00e0 un acte. Je dirai que ceux qui ont pos\u00e9 ces actes seraient pass\u00e9s par le discours s\u2019ils avaient eu la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le cas du Burkina Faso, m\u00eame si on n\u2019a pas connu de discours de haine comme dans les pays d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s, il faut reconnaitre et admettre l\u2019existence d\u2019un ressentiment qui peut servir de nid pour le discours de haine.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que ce discours de haine existe d\u00e9j\u00e0, mais il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 par les m\u00e9dias comme dans les autres pays. Cependant, il faut retenir qu\u2019il y a une certaine haine qui couve quelque part et il a fallu quelque chose pour que la situation explose. Cette situation nous interpelle tous et ne doit pas \u00eatre prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> &#8211;<strong>Est-ce que ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou, n\u2019a-t-il pas occasionn\u00e9 un discours de haine dans les m\u00e9dias ?<\/strong><\/p>\n<p>(M. S) J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 le sentir dans les m\u00e9dias sociaux, sur la page Facebook de certains m\u00e9dias o\u00f9 certains (internautes) ne d\u00e9sapprouvent pas totalement ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou.<\/p>\n<p>C\u2019est dommage que des citoyens puissent apporter leur soutien \u00e0 cette trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Certains ont m\u00eame indiqu\u00e9 que les Sawadogo aussi sont des terroristes surement en rapport avec le d\u00e9mant\u00e8lement de la cellule terroriste \u00e0 Rayongo (Ouagadougou) dont le pr\u00e9sum\u00e9 cerveaux est un Sawadogo.<\/p>\n<p>Je suis un Sawadogo mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019un Sawadogo est terroriste que tous les Sawadogo le sont. Je trouve que c\u2019est une forme de stigmatisation qui est v\u00e9hicul\u00e9 pr\u00e9sentement dans les m\u00e9dias sociaux et sur des pages Facebook de certains m\u00e9dias depuis l\u2019incident et qu\u2019il faut bien \u00e9videmment consid\u00e9rer et prendre des mesures.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> \u00a0<strong>Pensez-vous qu\u2019on peut pr\u00e9venir une telle situation au Burkina Faso ? Si oui, comment ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0(M.S)<\/strong> Oui je pense qu\u2019on peut le faire. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou n\u2019est pas un cas isol\u00e9 parce qu\u2019avant cela, il y a eu d\u2019autres situations impliquant les agriculteurs et les \u00e9leveurs sans oublier que les \u00e9leveurs sont essentiellement des peulhs.<\/p>\n<p>Donc c\u2019est un magma de ressentiments, de faits, de non-dits, de fausses informations qui sont arriv\u00e9s \u00e0 cr\u00e9er une sorte de haine qui a amen\u00e9 des Burkinab\u00e8 \u00e0 s\u2019entretuer.<\/p>\n<p>On est arriv\u00e9 \u00e0 une situation qui fait que des Burkinab\u00e8 se disent que pour vivre en paix ils doivent tuer d\u2019autres Burkinab\u00e8. Donc le vivre ensemble a foutu le camp, l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur commun a foutu le camp, l\u2019interculturalit\u00e9, la richesse de la diversit\u00e9 culturelle ont foutu le camp, l\u2019acceptation de l\u2019autre a foutu le camp.<\/p>\n<p>Et pire, reconnaitre l\u2019autre comme un humain a foutu le camp. Si je d\u00e9cide de tuer quelqu\u2019un c\u2019est que je pense que cette personne doit mourir.\u00a0 C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou.<\/p>\n<p>On a attaqu\u00e9 des Peuhls sous pr\u00e9texte qu\u2019ils collaborent avec des terroristes. Ce n\u2019est pas aussi parce que la zone peulh est la zone la plus expos\u00e9e que les Peulhs sont des terroristes.<\/p>\n<p>Le cerveau pr\u00e9sum\u00e9 de la cellule terroriste d\u00e9mantel\u00e9e \u00e0 Rayongo\u00a0 en mai 2018 est un Sawadogo, mais est-ce pour autant que tous les Sawadogo sont des terroristes ? Je suis un Sawadogo mais je ne me reconnais pas dans ce que l\u2019autre Sawadogo a fait. Pour cela je n\u2019accepterais pas qu\u2019on me traite de terroriste. Donc ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a un Peulh terroriste quelque part que j\u2019irai m\u2019en prendre \u00e0 tous les Peulhs du Burkina.<\/p>\n<p>Alors comme solution pour pr\u00e9venir ces genres de situations \u00e0 l\u2019avenir, je dirai de ne pas compter sur la justice seule. Il va falloir aller au-del\u00e0 en s\u2019attaquant \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame qui a anim\u00e9 ces personnes \u00e0 tuer.<\/p>\n<p>Et on peut combattre cet \u00e9tat d\u2019esprit \u00e0 travers la culture, l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias et \u00e0 l\u2019information et bien s\u00fbr avec la sensibilisation.\u00a0 Aujourd\u2019hui on nous chante l\u2019id\u00e9e du \u00abvivre-ensemble\u00bb.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce que \u00able vivre ensemble\u00bb ? Ils sont combien \u00e0 savoir ce que renferme cette expression ? Donc il va falloir d\u00e9sormais, prendre les concepts et leur donner des contenus et enseigner ce contenu aux enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation civique.<\/p>\n<p>Il va falloir \u00e9galement d\u00e9finir le contenu de l\u2019\u00e9ducation civique \u00e0 savoir le message qu\u2019on veut que nos enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole retiennent. Quand tu sors d\u2019un cours d\u2019\u00e9ducation civique, il faut qu\u2019il y ait un message fort\u00a0 et commun \u00e0 tous, valable pour l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui est \u00e0 Yirgou\u00a0 ainsi que pour celui\u00a0 qui est dans la Sissili.<\/p>\n<p>Il va falloir \u00e9galement promouvoir l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias et \u00e0 l\u2019information par ce qu\u2019il y a beaucoup de chose qui circulent sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Quand je lis certaines pages Facebook depuis ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou, j\u2019ai de la peine. Je me rends compte qu\u2019il y a certains qui, sous pr\u00e9texte qu\u2019ils sont choqu\u00e9s, aiguisent la haine en tenant des discours d\u2019exclusion, des discours qui alimentent les ressentiments.<\/p>\n<p>Pourtant il n\u2019y a rien de plus mauvais qu\u2019un ressentiment. Il n\u2019y a rien de plus destructeur pour un humain, voire pour une Nation que le ressentiment.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement la culture. Au Burkina Faso, nous avons une chance unique en mati\u00e8re de culture. Nous avons une culture f\u00e9d\u00e9ratrice.<\/p>\n<p>Quand vous prenez les Peulhs, il y a tr\u00e8s peu de r\u00e9gions au Burkina o\u00f9 ils n\u2019y sont pas. M\u00eame si la forte concentration se situe au Nord, ils sont sur tout le territoire national.<\/p>\n<p>On est un peuple int\u00e9gr\u00e9 d\u2019office et au niveau de la culture, on a des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s int\u00e9ressants telle la parent\u00e9 \u00e0 plaisanterie. C\u2019est ce que nos anc\u00eatres nous ont donn\u00e9 comme h\u00e9ritage et il ne faudrait pas que \u00e7a reste du domaine des experts de la culture.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de nos diversit\u00e9s culturelles au Burkina, nous avons quelque chose de commun qui fait que nous sommes diff\u00e9rents du S\u00e9n\u00e9galais, du B\u00e9ninois, du Ghan\u00e9en : c\u2019est notre identit\u00e9, notre Burkindlim.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>-Face \u00e0 cette situation de discours de haine de plus en plus constat\u00e9 dans les M\u00e9dias sociaux, que pr\u00e9conisez-vous, en tant que sp\u00e9cialiste, pour contenir ce ph\u00e9nom\u00e8ne ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0(M.S)<\/strong> Actuellement, il est difficile de contr\u00f4ler et de r\u00e9guler efficacement les r\u00e9seaux sociaux car ce n\u2019est pas \u00e9vident que le Burkina dispose de moyens ad\u00e9quats pour cela surtout que certains utilisent des pseudonymes et d\u2019autres des anonymats.<\/p>\n<p>Cependant, on peut d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 int\u00e9grer l\u2019id\u00e9e d\u2019analyser les contenus de ces m\u00e9dias et leur opposer un discours contraire dans l\u2019objectif d\u2019att\u00e9nuer l\u2019impact de ce discours.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> &#8211; <strong>A priori, l\u2019id\u00e9e d\u2019opposer un discours contraire au discours de haine est g\u00e9niale mais comment peut-on proc\u00e9der concr\u00e8tement, selon vous? <\/strong><\/p>\n<p>(M.S)- Opposer un discours contraire signifie qu\u2019il ne faut pas laisser les r\u00e9seaux sociaux seuls occuper le terrain. La nature a horreur du vide. Les gens disent des choses sur ces canaux, mais qu\u2019est ce qui leur est oppos\u00e9 ? Par exemple quand je vais sur Facebook je lis des choses pas catholiques, ensuite j\u2019allume ma t\u00e9l\u00e9vision et on me propose des programmes non instructifs tels les t\u00e9l\u00e9novelas, du \u00ab Mapouka \u00bb comme musique, etc.<\/p>\n<p>Alors\u00a0 quel discours officiel on me donne pour contrer ce qu\u2019il y a sur les r\u00e9seaux sociaux en permanence ? Rien ! Donc si nos m\u00e9dias sont des m\u00e9dias de divertissement et de distraction, on ne va pas s\u2019en sortir. Si nous attendons \u00e0 chaque crise pour monter deux ou trois \u00e9missions et apr\u00e8s c\u2019est fini alors que pendant ce temps le d\u00e9bat continue sur les r\u00e9seaux sociaux, ne soyons pas \u00e9tonner du d\u00e9s\u00e9quilibre d\u2019information constat\u00e9 au sein du public.<\/p>\n<p>Et \u00e0 force d\u2019entendre \u00e0 longueur de journ\u00e9e ce qui se dit sur les r\u00e9seaux sociaux, c\u2019est ce qu\u2019on finit par retenir. En d\u00e9finitive on\u00a0 gagnerait \u00e0 s\u2019assoir ensemble pour repenser et red\u00e9finir les contenus de nos m\u00e9dias.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> \u00a0<strong>Suite \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement de Yirgou, le Collectif contre l\u2019impunit\u00e9 et la stigmatisation des communaut\u00e9s (CISC) a organis\u00e9 une marche le samedi 12 janvier simultan\u00e9ment \u00e0 Ouagadougou et \u00e0 Dori pour selon eux, exiger l\u2019arrestation des auteurs de ces tueries. Pensez-vous qu\u2019une telle marche \u00e9tait-t-elle opportune ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M. S)-<\/strong>Oui et non. Oui parce qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 un groupe ethnique, une communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement cibl\u00e9e pour le simple fait que certains de ses membres auraient commis des crimes ou quelques raisons que ce soit, il est normal que l\u2019alerte soit donn\u00e9e pour montrer que le vivre-ensemble est menac\u00e9.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il faut d\u00e9noncer le fait que des fils et filles du pays sont en train d\u2019\u00eatre exclus. Il est inadmissible que des citoyens soient tu\u00e9s pour la simple raison qu\u2019ils appartiennent \u00e0 un groupe ethnique.<\/p>\n<p>Cependant, il ne faudrait pas que cette alerte se r\u00e9duise \u00e0 une sorte de communautarisme. Il faut d\u00e9noncer et r\u00e9clamer justice certes, mais \u00e9viter de tomber dans le communautarisme.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> &#8211;<strong>Sur les r\u00e9seaux sociaux d\u2019aucuns estiment que le pr\u00e9sident Roch Marc Christian Kabor\u00e9 est laxiste sur la question. Quel est votre avis sur ces d\u00e9clarations?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> &#8211; J\u2019ai effectivement lu sur les r\u00e9seaux sociaux o\u00f9 des internautes estiment que le chef de l\u2019Etat doit ordonner l\u2019arrestation des coupables tout de suite et maintenant. Mais ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est que ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Yirgou est une situation tr\u00e8s d\u00e9licate qui demande d\u2019\u00eatre g\u00e9r\u00e9e avec beaucoup d\u2019attention et de prudence.<\/p>\n<p>La situation est d\u00e9licate d\u2019autant plus que ce n\u2019est pas un autre peuple qui est venu attaquer des Burkinab\u00e8, mais des Burkinab\u00e8 qui ont toujours cohabit\u00e9 et v\u00e9cu ensemble.<\/p>\n<p>Prenons l\u2019exemple \u00e0 l\u2019\u00e9chelle familiale, o\u00f9 des enfants d\u2019une m\u00eame famille se mettent \u00e0 s\u2019entred\u00e9chirer. Que doit faire le chef de famille? Il se\u00a0 doit de\u00a0 trouver une solution en pr\u00e9servant la stabilit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9 de la famille.<\/p>\n<p>Donc c\u2019est beaucoup plus compliqu\u00e9 que les uns et les autres le pensent. A mon avis, la r\u00e9solution du discours de haine demande certes une fermet\u00e9 de la loi mais ce n\u2019est pas en mettant les gens en prison que le probl\u00e8me sera forc\u00e9ment r\u00e9solu. Ce qui veut dire que l\u2019autorit\u00e9 doit, au-del\u00e0 de la justice, \u0153uvrer pour la consolidation du vivre-ensemble.<\/p>\n<p><strong>Faire appel \u00e0 la justice transitionnelle pour r\u00e9gler le passif de Yirgou<\/strong><\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>-Alors, quelles pistes de solutions pr\u00e9conisez-vous pour le r\u00e8glement de la situation de Yirgou ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0(M.S)<\/strong> Tout d\u2019abord, je sugg\u00e8re au gouvernement\u00a0 de ne pas prendre cette question \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Je propose donc au gouvernement de n\u2019entreprendre aucune action sans au pr\u00e9alable avoir pris la mesure de la gravit\u00e9 de la situation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut surtout \u00e9viter toute politisation de l\u2019affaire ou de tomber dans le populisme des raccourcis \u00e9motionnels, \u00e0 la recherche de buzz. La situation commande une solution ad\u00e9quate et j\u2019ai espoir que les autorit\u00e9s \u00e0 tous les niveaux, avec le concours de tous les acteurs pourra venir \u00e0 bout de cette crise.<\/p>\n<p>A la suite de cela, il faut qu\u2019on applique la loi mais dans le sens de la r\u00e9conciliation nationale parce qu\u2019il ne faudrait pas qu\u2019on entretienne le ressentiment.<\/p>\n<p>Pourtant la justice occidentale telle qu\u2019on la connait entretien des ressentiments. Dans une situation o\u00f9 des filles et des fils d\u2019un m\u00eame pays s\u2019entretuent en masse, la meilleure forme de justice est la r\u00e9conciliation nationale.<\/p>\n<p>Au Rwanda par exemple, on a appliqu\u00e9 deux formes de justice pour apurer la question du g\u00e9nocide. Il s\u2019agit de la justice moderne\u00a0 et celle transitionnelle. Donc dans le cas du Burkina il faut essayer de faire un travail de justice moderne en situant la responsabilit\u00e9 et en appliquant la loi. Mais ce n\u2019est pas suffisant.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>-Qu\u2019entend-t-on\u00a0 par justice transitionnelle ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0(M.S<\/strong>) La justice transitionnelle dans notre contexte est une justice qui consiste en ce que chaque peuple aille chercher au plus profond de sa culture comment\u00a0 r\u00e9gler un contentieux de crime de haine dans un Etat de droit.<\/p>\n<p>Cette forme de justice pr\u00f4ne \u00e9galement la r\u00e9conciliation nationale. Ce qui est louable au Burkina Faso, \u00a0c\u2019est que la r\u00e9conciliation nationale n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 la justice moderne mais plut\u00f4t \u00e0 des structures autonomes telle que le HCRUN (Haut conseil pour r\u00e9conciliation et l\u2019unit\u00e9 nationale).<\/p>\n<p>Et je suis s\u00fbr\u00a0 que si on n\u2019y met les moyens et les hommes qu\u2019il faut, sa contribution sera immense dans ce sens.<\/p>\n<p>Pour me r\u00e9sumer, je pense qu\u2019il faut essayer de faire un travail de justice moderne en situant les responsabilit\u00e9s et en appliquant la loi. Mais ce n\u2019est pas suffisant. A Cot\u00e9, il faut un travail de sensibilisation sur le vivre-ensemble et cela passe par l\u2019\u00e9ducation civique dans les \u00e9coles, l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias et \u00e0 l\u2019Information et l\u2019\u00e9ducation culturelle.<\/p>\n<p><strong>\u00a0(AIB)<\/strong> \u00a0<strong>Revenons dans l\u2019Ouest du Burkina Faso o\u00f9 les chasseurs Dozo s\u2019opposent \u00e0 l\u2019implantation des groupes d\u2019autod\u00e9fense Koglweogo\u00a0 avec des relents socio-ethniques. Est-ce que cette situation ne constitue-t-elle pas une menace \u00e0 l\u2019acceptation de l\u2019autre, au vivre-ensemble ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> L\u2019affaire Kogkw\u00e9ogo et Dozo n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une affaire de ressentiment. Les Dozo disent ne pas vouloir la pr\u00e9sence des Koglw\u00e9ogo sur leur \u00abterritoire\u00bb, les Koglw\u00e9ogo insistent pour s\u2019implanter.<\/p>\n<p>Dans cette histoire, les Dozo ont l\u2019impression qu\u2019on veut leur imposer une chose qui ne fait pas partir de leur tradition et cela pose v\u00e9ritablement probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Mais cette situation, engage la responsabilit\u00e9 du gouvernement. Face \u00e0 cette affaire, l\u2019autorit\u00e9 se doit de tenir un discours fort et clair. Soit on en veut, soit on n\u2019en veut pas.<\/p>\n<p>Et si on en veut, on engage des n\u00e9gociations afin de les encadrer.\u00a0 Parce que si les Dozos ne veulent pas des Koglw\u00e9ogo c\u2019est que quelque part, ils les voient comme un danger.<\/p>\n<p>Donc une fois de plus, on est dans la logique de : \u2019\u2019je te vois comme un danger donc tu es le probl\u00e8me, ta pr\u00e9sence ne me rassure pas car tu es une source d\u2019inqui\u00e9tude pour moi, source de peur, d\u2019incertitude pour moi. Et je ne peux pas continuer \u00e0 vivre dans l\u2019incertitude. Donc si je veux continuer \u00e0 avoir ma qui\u00e9tude, il faut que je t\u2019\u00e9limine\u2019\u2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>-Quelle peut \u00eatre la contribution des journalistes pour la pr\u00e9vention de ces genres de situations ?<\/strong><\/p>\n<p>(<strong>M.S) <\/strong>Le r\u00f4le des medias c\u2019est que le journaliste s\u2019en tienne \u00e0 son r\u00f4le (de responsabilit\u00e9) social. Quelle que soit la crise dans une soci\u00e9t\u00e9, la part du journaliste dans la r\u00e9solution de celle-ci doit commencer par une question. Quelle est ma mission sociale ?<\/p>\n<p>Et cette mission sociale se r\u00e9sume \u00e0 deux niveaux : celle d\u2019informer le public sur ce qui se passe r\u00e9ellement. Donc dire les faits, la v\u00e9rit\u00e9 et celle de permettre aux concitoyens de mieux comprendre la situation dans laquelle ils vivent afin que chaque citoyen conscient, inform\u00e9 puisse prendre les bonnes d\u00e9cisions dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Je pense de fa\u00e7on plus sp\u00e9cifique que par rapport \u00e0\u00a0 Yirgou, le journaliste peut se poser des questions pour comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9. Dire les faits et se poser la question pour savoir comment en sommes-nous arriv\u00e9s \u00e0 l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Et \u00e0 partir de ce moment, il va travailler \u00e0 mettre le probl\u00e8me \u00e0 nu. Il doit \u00e9galement comprendre pourquoi des gens qui vivaient ensemble, qui peut-\u00eatre mangeaient ensemble, faisaient la f\u00eate ensemble, assistaient aux \u00e9v\u00e8nements heureux ou malheureux ensemble sont arriv\u00e9s \u00e0 une telle situation.<\/p>\n<p>J\u2019inviterais tous les journalistes \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui ne va pas, ce qui fait que la soci\u00e9t\u00e9 est divis\u00e9e. Qu\u2019ils d\u00e9c\u00e8lent les \u00e9l\u00e9ments de division de la soci\u00e9t\u00e9 pour mener un travail journalistique responsable qui pousse nos concitoyens au-del\u00e0 des ressentiments pour dire oui, je suis diff\u00e9rent de toi, on n\u2019est pas de la m\u00eame religion, on n\u2019est pas de la m\u00eame ethnie, mais sans toi, je ne suis rien.<\/p>\n<p>Donc tu me compl\u00e8tes. Au lieu de te d\u00e9truire, je te prot\u00e8ge, \u00e0 travers toi, moi j\u2019existe. C\u2019est en agissant ainsi qu\u2019on peut cerner l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la nation.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> \u00a0<strong>Quelle est votre exp\u00e9rience avec d\u2019autres pays en mati\u00e8re de discours de haine ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> En Afrique je travaille essentiellement sur trois sujets. C\u2019est d\u2019abord le cas rwandais, o\u00f9 j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 pendant pr\u00e8s de sept ans sur l\u2019analyse de la pratiques journalistiques au Rwanda pour comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9 et quel peut \u00eatre le r\u00f4le des journalistes pour \u00eatre des faiseurs de paix.<\/p>\n<p>Le 2e cas, c\u2019est celui de la C\u00f4te-d\u2019Ivoire et le dernier cas c\u2019est celui du Cameroun.<\/p>\n<p>En Europe \u00e9galement, on connait le cas Belge. Il faut savoir qu\u2019on a connu des cas de discours de haine v\u00e9hicul\u00e9 par des hommes politiques en Belgique. Ce discours de haine concerne les Wallons et les Flamands.<\/p>\n<p>Mais vue le niveau d\u2019\u00e9ducation et culturel de la population, la r\u00e9action est diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>J\u2019essaie de voir comment dans chacun de ces cas, on est arriv\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des discours de haines et quelle solution est apport\u00e9e. C\u2019est quoi l\u2019essence qui alimente le discours de haine ? Comment chaque pays essaie de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me ? Quelles sont les cons\u00e9quences ? Et \u00e0 partir de ces r\u00e9ponses, j\u2019essaie de voir ce qui se passe au Burkina Faso.<\/p>\n<p>Malheureusement, nos intellectuels ne font pas de recherche sur la question. Pire, personne ne semble s\u2019y int\u00e9resser. La production intellectuelle fait d\u00e9faut. Personne ne fait le lien que le crime de haine que nous avons connu \u00e0 Yirgou, les cas du Rwanda et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, doivent nous interpeler. Nous pensons que ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Yirgou est particulier voire singulier, mais non. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 ailleurs.<\/p>\n<p><strong>(AIB)<\/strong> <strong>\u2013 En conclusion<\/strong><\/p>\n<p><strong>(M.S)<\/strong> Nous sommes dans une situation charni\u00e8re au Burkina Faso. Apr\u00e8s l\u2019insurrection (en octobre 2014), il y a eu beaucoup de d\u00e9sillusion. Les insurg\u00e9s ne sont pas satisfaits au sujet de l\u2019am\u00e9lioration de leurs conditions de vie. L\u2019autorit\u00e9 politique est donc interpel\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut beaucoup communiquer. Il faut que le gouvernement am\u00e9liore sa communication politique. Et pour terminer, je souhaite que des dispositions idoines soient prises pour barrer la route aux discours de haine, afin que le vivre-ensemble soit renforc\u00e9 et consolid\u00e9 dans la confiance mutuelle et la qui\u00e9tude pour l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la Nation.<\/p>\n<p><strong>Agence d\u2019information du Burkina<\/strong><\/p>\n<p><strong>Interview r\u00e9alis\u00e9e par Rabiatou SIMPORE<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Burkina\u00a0: \u00a0\u00bbDu discours de la haine au crime, il y a qu\u2019un pas\u00a0\u00bb, pr\u00e9vient le chercheur Moussa Sawadogo (itw) Ouagadougou, 25 janv.2019 (AIB)-Le discours de la haine stigmatise, humilie et d\u00e9shumanise avant de passer tr\u00e8s souvent au crime, soutient le journaliste-chercheur Moussa Sawadogo, invitant \u00a0les Burkinab\u00e8 \u00e0 tirer rapidement, des le\u00e7ons des malheureux exemples de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[123,9,144,14],"tags":[],"class_list":["post-1944","post","type-post","status-publish","format-standard","category-depeches","category-flashinfos","category-la-une-aib","category-medias"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1944"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1944\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aib.media\/regions\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}