{"id":171908,"date":"2026-10-23T09:53:08","date_gmt":"2026-10-23T09:53:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aib.media\/?p=171908"},"modified":"2026-10-23T09:53:08","modified_gmt":"2026-10-23T09:53:08","slug":"france-le-professeur-de-democratie-face-a-sa-propre-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aib.media\/?p=171908","title":{"rendered":"France : le professeur de d\u00e9mocratie face \u00e0 sa propre rue"},"content":{"rendered":"<p><strong>France : le professeur de d\u00e9mocratie face \u00e0 sa propre rue<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ouagadougou, 23 oct. 2026 (AIB)-Ordonnances, Gilets jaunes, retraites, \u00e9meutes, et aujourd&rsquo;hui lyc\u00e9ens en col\u00e8re : depuis 2017, la France macronienne vit au rythme de contestations quasi annuelles. Un pays qui aimait tant donner des le\u00e7ons de gouvernance \u00e0 l&rsquo;Afrique gagnerait maintenant \u00e0 m\u00e9diter les siennes.<\/strong><\/p>\n<p>Samedi 17 octobre, les Gilets jaunes avaient appel\u00e9 \u00e0 un millier d&rsquo;actions \u00e0 travers la France, rejoints par un mouvement lyc\u00e9en qui, depuis la mi-septembre, a bloqu\u00e9 des centaines d&rsquo;\u00e9tablissements.<\/p>\n<p>Avant le chaos du 17 octobre, il y a celui du 1er octobre, durant lequel pr\u00e8s de 2 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9es. \u00c0 Lens, un adolescent a eu la main arrach\u00e9e lors d&rsquo;une manifestation. Le Premier ministre Lecornu parle de \u00ab violences urbaines \u00bb et accuse l&rsquo;opposition de manipuler la jeunesse.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas un accident de parcours. C&rsquo;est un cycle. Depuis l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Emmanuel Macron aux affaires en 2017, presque chaque ann\u00e9e a eu sa grande col\u00e8re : les ordonnances sur le Code du travail, la gr\u00e8ve des cheminots, les Gilets jaunes et leurs samedis d&rsquo;\u00e9meutes, deux r\u00e9formes des retraites contest\u00e9es par des millions de manifestants, la seconde adopt\u00e9e sans vote gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;article 49.3.<\/p>\n<p>Il y a eu aussi les nuits d&rsquo;\u00e9meutes apr\u00e8s la mort du jeune Nahel en 2023, la r\u00e9volte des agriculteurs, l&#8217;embrasement de la Nouvelle-Cal\u00e9donie, puis \u00ab Bloquons tout \u00bb en 2025. Dans le m\u00eame temps, les gouvernements se succ\u00e8dent, renvers\u00e9s ou pouss\u00e9s vers la sortie, au gr\u00e9 d&rsquo;une Assembl\u00e9e nationale ingouvernable.<\/p>\n<p>Loin de nous l&rsquo;id\u00e9e de nous r\u00e9jouir des difficult\u00e9s d&rsquo;un peuple. Les lyc\u00e9ens qui r\u00e9clament des salles de classe salubres et des enseignants en nombre suffisant portent des revendications que bien des jeunes Africains comprendraient.<\/p>\n<p>Les retrait\u00e9s inquiets, les agriculteurs \u00e9trangl\u00e9s, les familles \u00e9cras\u00e9es par la vie ch\u00e8re m\u00e9ritent le respect. Leur col\u00e8re est l\u00e9gitime ; elle n&rsquo;est pas notre sujet.<\/p>\n<p>Notre sujet, c&rsquo;est le regard. Pendant des d\u00e9cennies, Paris s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9 en arbitre des \u00e9l\u00e9gances d\u00e9mocratiques sur le continent africain. Ses chancelleries, ses m\u00e9dias et ses experts ont distribu\u00e9 bons et mauvais points : telle \u00e9lection serait suspecte, tel maintien de l&rsquo;ordre disproportionn\u00e9, telle transition ill\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Le Burkina Faso, comme ses voisins de l&rsquo;Alliance des \u00c9tats du Sahel, en a fait l&rsquo;exp\u00e9rience. Chaque choix souverain y \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme une d\u00e9rive, chaque mobilisation populaire de soutien comme une manipulation.<\/p>\n<p>Or, que montre la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ? Un pouvoir qui gouverne par ordonnances et par 49.3. Des manifestants \u00e9borgn\u00e9s par des tirs de LBD durant la crise des Gilets jaunes, au point que des experts des Nations unies et la commissaire aux droits de l&rsquo;homme du Conseil de l&rsquo;Europe s&rsquo;en \u00e9taient alarm\u00e9s.<\/p>\n<p>Des jeunes interpell\u00e9s par milliers. Une instabilit\u00e9 gouvernementale chronique. Imaginons un instant ces m\u00eames faits survenus \u00e0 Ouagadougou, Bamako ou Niamey : quels titres, quelles d\u00e9clarations, quelles menaces de sanctions aurions-nous lus ?<\/p>\n<p>La le\u00e7on n&rsquo;est pas que la France aurait \u00e9chou\u00e9 et que l&rsquo;Afrique aurait r\u00e9ussi. Elle est plus simple, et plus profonde : il n&rsquo;existe pas de mod\u00e8le d\u00e9mocratique cl\u00e9 en main, exportable d&rsquo;un continent \u00e0 l&rsquo;autre. Chaque peuple construit ses institutions \u00e0 partir de son histoire, de ses r\u00e9alit\u00e9s et de ses aspirations.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s les plus anciennement d\u00e9mocratiques connaissent, elles aussi, la d\u00e9fiance, la rue et la crise de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi l&rsquo;Afrique n&rsquo;a plus besoin de tuteurs. Elle a besoin de partenaires qui la regardent \u00e0 hauteur d&rsquo;yeux, qui \u00e9coutent avant de juger, et qui balaient devant leur porte avant de pointer du doigt celle du voisin.<\/p>\n<p>Le Burkina Faso a fait le choix de la souverainet\u00e9. Il ne pr\u00e9tend pas donner de le\u00e7ons \u00e0 quiconque. Il demande seulement qu&rsquo;on cesse de lui en donner.<\/p>\n<p><strong>Agence d\u2019information du Burkina<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>France : le professeur de d\u00e9mocratie face \u00e0 sa propre rue &nbsp; Ouagadougou, 23 oct. 2026 (AIB)-Ordonnances, Gilets jaunes, retraites, \u00e9meutes, et aujourd&rsquo;hui lyc\u00e9ens en col\u00e8re : depuis 2017, la France macronienne vit au rythme de contestations quasi annuelles. 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