{"id":169887,"date":"2026-10-09T15:16:28","date_gmt":"2026-10-09T15:16:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aib.media\/?p=169887"},"modified":"2026-10-09T15:16:28","modified_gmt":"2026-10-09T15:16:28","slug":"jeune-afrique-ou-lart-de-juger-lafrique-avec-des-lunettes-parisiennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aib.media\/?p=169887","title":{"rendered":"Jeune Afrique ou l&rsquo;art de juger l&rsquo;Afrique avec des lunettes parisiennes"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jeune Afrique ou l&rsquo;art de juger l&rsquo;Afrique avec des lunettes parisiennes<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ouagadougou, 8 oct. 2026(AIB)-Le 5 octobre 2026, au Burkina Faso pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Ziniar\u00e9, une commissaire de police dresse face \u00e0 la presse le bilan de quatre jours de contr\u00f4le routier sur le port effectif du casque de s\u00e9curit\u00e9. Elle s&rsquo;appelle Natacha Maryel Zoungrana. Elle dirige la Police nationale de toute la r\u00e9gion d&rsquo;Oubri. Ce m\u00eame jour, \u00e0 Paris, Jeune Afrique publie un \u00e9ditorial qui assure qu&rsquo;au Burkina Faso du Capitaine Ibrahim Traor\u00e9, les femmes peuvent tout faire, sauf diriger.<\/strong><\/p>\n<p>Sous la plume de Fran\u00e7ois Soudan, le Pr\u00e9sident du Faso est tour \u00e0 tour \u00ab masculiniste \u00bb, \u00ab homophobe \u00bb, faux panafricaniste et, pour couronner le tout, compagnon de route de l&rsquo;extr\u00eame droite fran\u00e7aise. Le proc\u00e9d\u00e9 n&rsquo;est pas nouveau. On prend des cat\u00e9gories forg\u00e9es dans les querelles politiques europ\u00e9ennes, on les plaque sur une r\u00e9alit\u00e9 africaine qu&rsquo;on ne fr\u00e9quente plus, et l&rsquo;on obtient une caricature. Une caricature commode, puisqu&rsquo;elle dispense de comprendre et surtout de r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Les femmes, \u00ab jamais \u00e0 diriger \u00bb ?<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par les faits. Le 19 septembre dernier, \u00e0 Ouagadougou, quatre-vingt-quatre bacheli\u00e8res concouraient en finale du concours Hakili Mousso, une initiative du Camarade Pr\u00e9sident Ibrahim Traor\u00e9, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;excellence scientifique f\u00e9minine. Math\u00e9matiques, physique, chimie : des disciplines o\u00f9 les filles ne repr\u00e9sentent encore qu&rsquo;un peu plus du tiers des effectifs. Le message du Pr\u00e9sident du Faso \u00e9tait sans ambigu\u00eft\u00e9 : leur premier talent se trouve dans leur t\u00eate. Est-ce l\u00e0 le langage d&rsquo;un homme qui veut cantonner les femmes au foyer ?<\/p>\n<p>Au sommet de l&rsquo;\u00c9tat, le gouvernement issu du remaniement de janvier 2026 compte cinq femmes sur vingt-deux membres. Et ce ne sont pas des strapontins. Le Budget, c&rsquo;est-\u00e0-dire les cordons de la bourse de l&rsquo;\u00c9tat, est confi\u00e9 \u00e0 Fatoumata Bako\/Traor\u00e9. La Transition digitale, chantier strat\u00e9gique de la souverainet\u00e9 num\u00e9rique, est confi\u00e9e \u00e0 Aminata Zerbo\/Saban\u00e9.<\/p>\n<p>La Famille et la Solidarit\u00e9 reviennent au Lieutenant-colonnel Passowend\u00e9 P\u00e9lagie Kabr\u00e9\/Kabor\u00e9, une offici\u00e8re en uniforme, au c\u0153ur d&rsquo;un pouvoir que l&rsquo;on dit pourtant si viril.<\/p>\n<p>S\u2019y ajoutent Annick Lydie Djouma Pikbougoum\/Zingu\u00e9 Ouattara aux Sports et \u00e0 la Jeunesse, et Bebgnasgnan Stella Eldine Kabr\u00e9\/Kabor\u00e9, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e aux Affaires \u00e9trang\u00e8res. Ce sont des femmes qui g\u00e8rent l&rsquo;argent public, pilotent le num\u00e9rique et portent la voix du Burkina. Elles dirigent.<\/p>\n<p>Ailleurs, dans les campagnes, des p\u00e9rim\u00e8tres mara\u00eechers modernes, cl\u00f4tur\u00e9s, irrigu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie solaire, ont \u00e9t\u00e9 remis aux femmes rurales de Zongo, de Dori, du Nahouri, de Boulsa et de bien d\u2019autres localit\u00e9s. Il s&rsquo;agit d&rsquo;autonomie \u00e9conomique, et non de charit\u00e9. Sur le terrain, des femmes commandent des services et administrent des territoires.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la phrase brandie comme une pi\u00e8ce \u00e0 conviction, \u00ab Les femmes ont donn\u00e9, les jeunes ont construit, les anciens ont b\u00e9ni, les soldats ont prot\u00e9g\u00e9 \u00bb, elle d\u00e9crit une nation enti\u00e8re mobilis\u00e9e, o\u00f9 chacun apporte sa part. Il faut une singuli\u00e8re mauvaise foi pour y lire un ordre social fig\u00e9.<\/p>\n<p>Le panafricanisme serait rest\u00e9 en 1960<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Soudan d\u00e9cr\u00e8te ensuite que le Capitaine Ibrahim Traor\u00e9 n&rsquo;est pas panafricaniste, mais simplement \u00ab souverainiste \u00bb. Comme si l&rsquo;on pouvait \u00eatre l&rsquo;un sans l&rsquo;autre. Comme si le panafricanisme \u00e9tait une pi\u00e8ce de mus\u00e9e dont les \u00e9ditorialistes parisiens d\u00e9tiendraient seuls la notice.<\/p>\n<p>Le panafricanisme, c&rsquo;est un continent qui reprend son destin en main. C&rsquo;est la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00c9tats du Sahel, avec son parlement conf\u00e9d\u00e9ral install\u00e9 \u00e0 Niamey, sa banque d&rsquo;investissement et sa force unifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce sont, en novembre 2025, pr\u00e8s de sept cents Afrodescendants venus des Am\u00e9riques, d&rsquo;Europe et des Cara\u00efbes, accueillis une premi\u00e8re fois \u00e0 Ouagadougou, \u00e0 qui l&rsquo;\u00c9tat a ouvert les portes de la r\u00e9sidence permanente. \u00ab Nous ne luttons pas pour le Burkina Faso seulement, nous luttons pour l&rsquo;Afrique \u00bb, leur a dit le Pr\u00e9sident du Faso.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;accusation selon laquelle le pouvoir s&rsquo;appuierait sur les forces religieuses les plus conservatrices ? La loi sur les libert\u00e9s religieuses de 2026 interdit les lieux de culte permanents dans l&rsquo;administration, soumet les pr\u00e9dicateurs \u00e9trangers \u00e0 autorisation, encadre le financement des organisations religieuses et sanctionne les discours de haine. Elle consacre la libert\u00e9 de croire, de ne pas croire et de changer de religion. C&rsquo;est tout le contraire d&rsquo;une capitulation devant l&rsquo;int\u00e9grisme.<\/p>\n<p>Une loi souveraine n&rsquo;est pas une id\u00e9ologie import\u00e9e<\/p>\n<p>Reste le mot \u00ab homophobe \u00bb. Oui, le Burkina Faso a adopt\u00e9 en 2025 un Code des personnes et de la famille qui d\u00e9finit le mariage comme l&rsquo;union d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme et r\u00e9prime les pratiques homosexuelles. Ce choix a \u00e9t\u00e9 fait par l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative du Peuple, au nom de valeurs largement partag\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 burkinab\u00e8 et par une grande partie du continent.<\/p>\n<p>On peut le contester. Mais le r\u00e9duire \u00e0 un emprunt aux droites radicales occidentales, c&rsquo;est nier aux Africains la capacit\u00e9 de d\u00e9finir eux-m\u00eames leurs normes. C&rsquo;est, en r\u00e9alit\u00e9, la vieille posture des imp\u00e9rialistes qui veulent imposer leurs valeurs au monde entier.<\/p>\n<p>Le \u00ab grand remplacement \u00bb \u00e0 l&rsquo;envers<\/p>\n<p>Vient enfin la th\u00e8se centrale : la \u00ab convergence \u00bb entre le Camarade Traor\u00e9 et l&rsquo;extr\u00eame droite. Le raisonnement ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;examen. L&rsquo;extr\u00eame droite europ\u00e9enne fait commerce de la peur de l\u2019\u00e9tranger en g\u00e9n\u00e9ral et de l&rsquo;Africain, en particulier. Le Burkina Faso, lui, ouvre ses bras aux descendants de d\u00e9port\u00e9s et les invite \u00e0 revenir sur la terre de leurs anc\u00eatres. L&rsquo;une ferme les fronti\u00e8res aux Noirs, l&rsquo;autre les rouvre. O\u00f9 est la convergence ?<\/p>\n<p>Que Marine Le Pen ait, en 2023, appel\u00e9 Paris \u00e0 respecter le d\u00e9part des troupes fran\u00e7aises ne fait pas d&rsquo;elle une alli\u00e9e. Cela prouve seulement que la d\u00e9cision souveraine du Camarade Traor\u00e9 \u00e9tait fond\u00e9e. La non-ing\u00e9rence n&rsquo;est pas un slogan du Rassemblement national. C&rsquo;est un principe de la Charte des Nations unies. Quant \u00e0 faire de Marine Le Pen \u00ab la candidate de l&rsquo;AES \u00bb, c&rsquo;est oublier un d\u00e9tail : les Sah\u00e9liens ne votent pas en France, et leur combat ne d\u00e9pend pas de l&rsquo;occupant de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e. Le Burkina ne lutte pas contre la France. Il lutte contre la domination, quel que soit le visage qu&rsquo;elle emprunte.<\/p>\n<p>Il faut aussi rappeler d&rsquo;o\u00f9 parle l&rsquo;\u00e9ditorialiste. Jeune Afrique est suspendu au Burkina Faso depuis 2023 et interdit depuis janvier 2026. Le lecteur appr\u00e9ciera tant la rancune est r\u00e9guli\u00e8re et tenace chez les \u00abterro-journalistes \u00bb.<\/p>\n<p>Alors, une question demeure, simple et d\u00e9cisive : depuis quand la souverainet\u00e9 d&rsquo;un peuple africain doit-elle obtenir le visa id\u00e9ologique d&rsquo;un \u00e9ditorialiste parisien pour \u00eatre l\u00e9gitime ?<\/p>\n<p>Le Burkina Faso n&rsquo;attend ni brevet de progressisme ni certificat de panafricanisme. Il attend le respect de sa souverainet\u00e9, la fin du parternalisme et le partenariat sinc\u00e8re et co-avantageux. \u00c0 chacun d&rsquo;entre nous, de refuser que d&rsquo;autres \u00e9crivent notre histoire \u00e0 notre place.<\/p>\n<p><strong>Agence d&rsquo;information du Burkina<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeune Afrique ou l&rsquo;art de juger l&rsquo;Afrique avec des lunettes parisiennes &nbsp; Ouagadougou, 8 oct. 2026(AIB)-Le 5 octobre 2026, au Burkina Faso pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Ziniar\u00e9, une commissaire de police dresse face \u00e0 la presse le bilan de quatre jours de contr\u00f4le routier sur le port effectif du casque de s\u00e9curit\u00e9. Elle s&rsquo;appelle Natacha Maryel Zoungrana. 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