{"id":150601,"date":"2026-05-25T18:18:47","date_gmt":"2026-05-25T18:18:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aib.media\/?p=150601"},"modified":"2026-05-25T18:18:47","modified_gmt":"2026-05-25T18:18:47","slug":"barrage-de-titao-un-poumon-economique-en-peril-reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aib.media\/?p=150601","title":{"rendered":"Barrage de Titao : un poumon \u00e9conomique en p\u00e9ril (Reportage)"},"content":{"rendered":"<p>Burkina-Lorum-Agriculture-Barrage-Ensablement<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Barrage de Titao : un poumon \u00e9conomique en p\u00e9ril (Reportage)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Titao, 21 mai 2026 (AIB)-Jadis v\u00e9ritable poumon \u00e9conomique de la ville de Titao, le barrage de Titao est devenu l&rsquo;ombre de lui-m\u00eame. Depuis le mois d&rsquo;avril, le r\u00e9servoir d&rsquo;eau s&rsquo;est transform\u00e9 en un vaste terrain sec et fendill\u00e9, o\u00f9 la pr\u00e9sence de quelques coquillages \u00e9pars rappelle qu&rsquo;ici coulait jadis la vie.<\/strong><\/p>\n<p>Sol craquel\u00e9 et aride, avec de profondes fissures qui traduisent un manque prolong\u00e9 d&rsquo;eau. La texture irr\u00e9guli\u00e8re du terrain r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9traction du sol sous l&rsquo;effet de la chaleur et de la s\u00e9cheresse. \u00c0 l&rsquo;horizon, une fine bande de manguiers contraste avec l&rsquo;\u00e9tendue dess\u00e9ch\u00e9e, marquant la limite entre la zone st\u00e9rile et un espace encore verdoyant. Le ciel, clair et impitoyable, accentue l&rsquo;impression de chaleur et de stress environnemental. L&rsquo;aspect que pr\u00e9sente le barrage de Titao en cette journ\u00e9e fortement ensoleill\u00e9e s\u00e8me la d\u00e9solation.<\/p>\n<p>11 heures. 47 degr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ombre. Couch\u00e9 au pied d&rsquo;un manguier, Mamoudou, le regard hagard, scrute l&rsquo;horizon. En temps normal, il serait en train de biner ou de sarcler ses lopins de pommes de terre ou d&rsquo;oignons.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;ass\u00e8chement du barrage l&rsquo;a r\u00e9duit au ch\u00f4mage forc\u00e9. Plus rien \u00e0 faire, il se contente d&rsquo;observer un spectacle in\u00e9dit qui se d\u00e9roule sous ses yeux : les va-et-vient incessants des taxi-motos \u00e9quip\u00e9es de polytanks qui traversent, \u00e0 vive allure, le lit du barrage, r\u00e9servoir d&rsquo;eau il y a seulement un mois. \u00ab Le barrage nous a abandonn\u00e9s \u00bb, l\u00e2che-t-il, la voix bris\u00e9e. \u00ab S&rsquo;il y avait de l&rsquo;eau, je serais \u00e0 mon second cycle de production. Mais h\u00e9las\u2026 \u00bb Son soupir lourd r\u00e9sonne comme un cri silencieux. \u00ab Que va-t-on devenir ? C&rsquo;est ici que nous tirons toute notre pitance \u00bb, murmure-t-il. Mamoudou, qui r\u00e9alisait autrefois des centaines de milliers de francs de chiffre d&rsquo;affaires sur les berges du barrage, ne sait plus comment subvenir aux besoins de sa famille.<\/p>\n<p>Les puits mara\u00eechers, un v\u00e9ritable business<\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9cor de p\u00e9nurie, un nouveau commerce s&rsquo;est impos\u00e9 : celui des puits mara\u00eechers. Le ronronnement des groupes \u00e9lectrog\u00e8nes fend l&rsquo;air. Les taxi-motos, charg\u00e9s de polytanks et de barriques, font des allers-retours incessants pour ravitailler la ville en eau. Les propri\u00e9taires de puits mara\u00eechers, jadis destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;irrigation des planches, se sont r\u00e9orient\u00e9s vers l&rsquo;approvisionnement de la ville en eau. Boureima, mara\u00eecher reconverti dans la gestion d&rsquo;un puits mara\u00eecher, explique l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce job temporaire. \u00ab Mon puits ne tarit pas. Quand je d\u00e9marre le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne le matin, il tourne jusqu&rsquo;au soir \u00bb, indique-t-il. \u00ab Le polytank est rempli \u00e0 500 F et la barrique de 200 litres \u00e0 200 F. Les revendeurs les c\u00e8dent en ville respectivement \u00e0 3 000 F et 500 F \u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques pas de l\u00e0, Mor\u00e9your\u00e9, producteur mara\u00eecher, tente de rejoindre le business de l&rsquo;eau. Accroupi au fond de son puits, il creuse. \u00ab Je suis en train d&rsquo;approfondir le puits dans l&rsquo;espoir d&rsquo;atteindre la nappe souterraine. \u00bb Avec l&rsquo;appui d&rsquo;une seconde personne, les mottes de terre sont remont\u00e9es et d\u00e9vers\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Avant, rien qu&rsquo;\u00e0 5 m\u00e8tres j&rsquo;avais abondamment de l&rsquo;eau. Mais actuellement, il n&rsquo;y a pas une seule goutte \u00bb, souligne-t-il. \u00ab J&rsquo;esp\u00e8re me faire un peu d&rsquo;argent si j&rsquo;arrive \u00e0 atteindre la nappe \u00bb, s&rsquo;encourage-t-il.<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rive, Mariam et sa co\u00e9pouse r\u00e9coltent en urgence les derni\u00e8res tomates. \u00ab Nous sommes oblig\u00e9es de tout arracher. Il n&rsquo;y a plus d&rsquo;eau pour entretenir les plants \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Sous cette forte canicule, le compte \u00e0 rebours est lanc\u00e9. Le puits mara\u00eecher qui jouxte leur lopin de terre ne peut plus satisfaire le besoin. Sa voix tremble : \u00ab Le mara\u00eechage est notre seule source de revenu. Qu&rsquo;on nous vienne en aide. \u00bb<\/p>\n<p>Assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un feu, Abdoulaye soude des tuyaux d&rsquo;irrigation pour continuer \u00e0 apporter de l&rsquo;eau \u00e0 ses planches. Il semble avoir trouv\u00e9 une alternative pour poursuivre la production : laisser l&rsquo;herbe cohabiter avec les plants de past\u00e8ques. \u00ab Si j&rsquo;enl\u00e8ve l&rsquo;herbe, le soleil va tout br\u00fbler. Mais comme cela, l&rsquo;herbe donne de l&rsquo;ombre et de la fra\u00eecheur aux plants \u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n<p>Prendre le taureau par les cornes<\/p>\n<p>Construit entre 1953 et 1955, le barrage de Titao demeure le v\u00e9ritable poumon \u00e9conomique de la ville. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 ce plan d&rsquo;eau que la cit\u00e9 est devenue c\u00e9l\u00e8bre pour sa pomme de terre, symbole d&rsquo;une agriculture mara\u00eech\u00e8re florissante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour la petite histoire, le chef de Titao, Naaba Waadga, rappelle que l&rsquo;ouvrage est n\u00e9 de travaux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque coloniale. Les populations avaient alors \u00e9rig\u00e9 une digue routi\u00e8re sur la nationale 23 afin de barrer le passage de l&rsquo;eau sur l&rsquo;affluent du fleuve Nakamb\u00e9, avec en compl\u00e9ment un pont en bois rudimentaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faudra attendre 1996 pour qu&rsquo;une entreprise proc\u00e8de \u00e0 la r\u00e9habilitation du d\u00e9versoir et \u00e0 quelques travaux d&rsquo;entretien. Depuis, aucune intervention majeure n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, laissant l&rsquo;infrastructure vieillir sous le poids du temps et des usages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;origine, l&rsquo;objectif \u00e9tait clair : d\u00e9velopper autour du plan d&rsquo;eau des activit\u00e9s de production mara\u00eech\u00e8re et de p\u00eache. Des coop\u00e9ratives avaient \u00e9t\u00e9 install\u00e9es et les populations encourag\u00e9es \u00e0 planter des mangueraies. Le barrage devait \u00eatre un moteur de prosp\u00e9rit\u00e9 locale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les pratiques inadapt\u00e9es autour du plan d&rsquo;eau, le manque d&rsquo;entretien et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9rosion due aux effets des changements climatiques augmentent les risques d&rsquo;ensablement du barrage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son \u00e9tat vieillissant, le barrage continue de soutenir la vie \u00e9conomique et sociale de Titao. Mais son avenir interroge : sans entretien r\u00e9gulier, ce patrimoine collectif risque de perdre sa capacit\u00e9 \u00e0 irriguer les terres et \u00e0 nourrir les ambitions agricoles de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les cris de d\u00e9tresse des populations semblent avoir \u00e9t\u00e9 entendus. Le 15 mai 2026, une \u00e9quipe du minist\u00e8re en charge de l&rsquo;Eau a constat\u00e9 l&rsquo;ass\u00e8chement et lanc\u00e9 une op\u00e9ration de curage. En prenant ainsi le taureau par les cornes, les autorit\u00e9s nationales redonnent espoir \u00e0 des milliers de producteurs qui font du mara\u00eechage leur activit\u00e9 principale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Agence d&rsquo;Information du Burkina\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abdoul Salam OUARMA et Boureima SOGOBA<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Burkina-Lorum-Agriculture-Barrage-Ensablement &nbsp; Barrage de Titao : un poumon \u00e9conomique en p\u00e9ril (Reportage) Titao, 21 mai 2026 (AIB)-Jadis v\u00e9ritable poumon \u00e9conomique de la ville de Titao, le barrage de Titao est devenu l&rsquo;ombre de lui-m\u00eame. 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