Nando : immersion dans le quotidien de ces femmes qui se battent à la force du poignet

Nando : immersion dans le quotidien de ces femmes qui se battent à la force du poignet

1.	À gauche, Rosalie Sama, alias « Pagb naaba Goulouré », présidente du comité de gestion de la société coopérative simplifiée Wend RaaboÀ gauche, Rosalie Sama, alias « Pagb naaba Goulouré », présidente du comité de gestion de la société coopérative simplifiée Wend Raabo

Ouagadougou, 26 oct. 2026 (AIB)-Dans les champs, les ateliers de couture ou les unités de transformation agroalimentaire, des femmes de la région du Nando affrontent chaque jour les dures réalités de la vie pour subvenir aux besoins de leurs familles. Elles déploient courage et résilience pour faire vivre leurs activités, parfois dans des conditions particulièrement difficiles. L’AIB a partagé leur quotidien du 10 au 14 octobre 2026.

À Goulouré, dans la province du Boulkiemdé, Rosalie Sama porte les marques d’un quotidien exigeant. Sa seule préoccupation est de trouver de quoi nourrir sa famille et d’offrir un meilleur avenir à ses enfants, une quête que partagent les autres membres de sa coopérative.

Elle est la présidente du comité de gestion de la société coopérative simplifiée Wend Raabo des productrices de niébé de Goulouré, qui rassemble près de quatre cents membres. Ensemble, elles pratiquent l’agriculture et l’élevage, et produisent du foin.

L’aventure a commencé il y a huit ans. « À l’époque, on se retrouvait pour échanger sur nos difficultés et on cotisait chacune 10 F CFA afin de nous entraider pour assurer la scolarité de nos gamins, entre autres », raconte celle qu’on surnomme affectueusement « Pagb naaba » de Goulouré.

Au fil du temps, leur organisation a gagné en reconnaissance. Le chef coutumier leur a attribué un terrain de deux hectares et a accompli les démarches administratives nécessaires. Cette année, elles y ont semé du sésame, car, faute de clôture, les animaux saccagent le champ lorsqu’il est consacré au maïs ou au haricot.

Au-delà des champs, ces femmes cultivent la solidarité et l'espoir de lendemains meilleurs pour leurs famillesAu-delà des champs, ces femmes cultivent la solidarité et l’espoir de lendemains meilleurs pour leurs familles

À cette contrainte s’ajoute le manque d’eau, qui complique aussi bien les activités agricoles que la vie quotidienne. « Pour avoir à boire, nous devons parcourir au moins quatre kilomètres », explique Rosalie Sama. Elle plaide pour l’installation d’une clôture, qui permettrait de diversifier les cultures, et souhaite un accompagnement pour lancer la transformation du sésame afin d’élargir leurs débouchés.

En attendant, les revenus générés contribuent à nourrir les familles et à couvrir plusieurs besoins des ménages. « Que les hommes m’excusent, mais la plupart du temps, ce sont les femmes qui gèrent les besoins des foyers », confie-t-elle.

À Kokologho, l’association féminine Songtaaba mène elle aussi ses combats, malgré l’engagement de la « Na-poko », la reine.

Créée il y a vingt-six ans, l’association, forte d’environ trois cents femmes, a développé plusieurs activités génératrices de revenus. Grâce à ses machines, elle produisait du beurre de karité, du soumbala et du savon liquide, et pratiquait le tissage et l’élevage de poulets.

Les produits étaient écoulés auprès d’expatriés. Mais depuis quelques années, la situation est devenue particulièrement difficile, selon Fati Zongo. Les équipements sont à l’arrêt et les difficultés financières compliquent la relance. Les femmes continuent de se réunir tous les vingt et un jours, mais les activités rémunératrices se sont raréfiées.

« Nous espérons avoir de l’aide pour nous relever et nous en appelons aux autorités », lance Mariam Yaméogo.

Pour gagner un peu d’argent, certaines travaillent dans les champs contre rémunération, tandis que d’autres préparent des repas lors de cérémonies.

Selon certaines membres, les difficultés se sont accentuées après le décès du chef de canton de Kokologho. La reine poursuit ses efforts pour soutenir le groupement, mais le fonctionnement de l’association n’est plus celui des années précédentes.

Trésorière adjointe, Alice Kaboré se souvient des activités qui rythmaient autrefois la vie du groupe. « On faisait des séances d’apprentissage de la langue mooré, des campagnes de sensibilisation sur les méfaits de l’excision », se remémore-t-elle, nostalgique.

Aujourd’hui, ces femmes souhaitent un meilleur accès à l’eau et les moyens de remettre leurs équipements en service pour relancer la production.

À Réo, Bienvenue Bassolé Kanzié a fait de la formation professionnelle son principal levier d’action en faveur des jeunes filles. Promotrice du centre de formation professionnelle Yi Wo Kando, elle y propose plusieurs filières.

Cette année, l’établissement accueille cent dix apprenantes. Certaines apprennent la confection de vêtements, d’autres s’initient au tissage ou à la fabrication de produits transformés.

Avant d’encadrer autant d’apprenantes, la fondatrice a elle-même construit son parcours pas à pas. Jeune fille, elle apprend la couture chez les sœurs. Après son mariage, elle poursuit cette activité, qu’elle aime et qui lui permet de gagner sa vie.

À Réo, Bienvenue Bassolé Kanzié rêve d'un internat pour permettre aux filles déplacées internes de se former aux métiersÀ Réo, Bienvenue Bassolé Kanzié rêve d’un internat pour permettre aux filles déplacées internes de se former aux métiers

Elle commence avec une seule machine à coudre, puis développe peu à peu son activité et ouvre un petit atelier, installé sous un abri de huit tôles. De cette première installation naît une ambition plus grande : créer un centre pour aider les filles à apprendre un métier et à devenir autonomes.

Petit aperçu du savoir-faire des apprenantesPetit aperçu du savoir-faire des apprenantes

Le centre Yi Wo Kando ouvre ses portes en 2019. Depuis, la promotrice estime avoir formé plus de deux cents filles, dont certaines se sont installées à leur propre compte.

L’établissement accueille des profils divers. Certaines apprenantes n’ont jamais été scolarisées, tandis que d’autres sont titulaires du certificat d’études primaires (CEP), du brevet d’études du premier cycle (BEPC), du baccalauréat, voire de la licence.

La promotrice a bénéficié du soutien de ses proches pour développer son centre. Les services de l’action sociale prennent également en charge certaines apprenantes, notamment des personnes déplacées internes dont les familles ne peuvent pas payer les frais de formation.

Tout au long de l’entretien, Christine Bationo a gardé le sourire, visiblement heureuse de se former au centre Yi Wo KandoTout au long de l’entretien, Christine Bationo a gardé le sourire, visiblement heureuse de se former au centre Yi Wo Kando

Malgré ces appuis, les besoins restent importants. Le centre attire des filles venues d’autres localités, mais l’absence de logement freine leur accueil. Bienvenue Bassolé Kanzié souhaite construire un internat et appelle les autorités à accompagner la création d’autres centres dans les villages.

Originaire de Tio, Christine Bationo, vingt-trois ans, s’est installée à Réo pour sa formation. En troisième année, elle sait déjà confectionner des vêtements, des sacs à main et des poufs.

Après avoir redoublé deux fois la classe de troisième sans obtenir le BEPC, elle s’est tournée vers cet établissement, dont elle avait entendu parler à la radio. Aujourd’hui, elle se réjouit des connaissances acquises et remercie sa formatrice. Il lui reste une année pour achever son apprentissage.

Son projet est déjà défini : ouvrir son propre atelier. Pour elle, cette formation est un véritable tremplin. Aux jeunes filles qui passent leurs journées à la maison, elle conseille d’apprendre un métier pour préparer leur avenir.

À Koudougou, Rakieta Ramdé s’est lancée dans l’entrepreneuriat en 2000, avec 3 000 F CFA empruntés à son mari. Avec cette somme, elle achète un sac d’oignons qu’elle revend au marché.

« J’ai eu beaucoup de problèmes avec les autres vendeuses, des petites bisbilles par-ci par-là, mais j’ai tenu bon et tout est rentré dans l’ordre », raconte-t-elle.

Six mois plus tard, son commerce prend de l’ampleur : d’un sac, elle passe à six. Elle contracte alors un crédit pour constituer un stock plus important, qu’elle entrepose dans la cour familiale.

À Koudougou, Rakieta Ramdé a appris qu'avec de la volonté et de l'audace, on peut partir de zéro et se faire une place au soleilÀ Koudougou, Rakieta Ramdé a appris qu’avec de la volonté et de l’audace, on peut partir de zéro et se faire une place au soleil

Survient un incident qui aurait pu mettre fin à ses ambitions. L’occupant des lieux laisse les portes et les fenêtres ouvertes, l’eau s’infiltre et submerge la marchandise. Rakieta Ramdé doit agir vite pour limiter les pertes. « J’ai lavé les oignons et je les ai étalés sur des bâches. Ensuite, je les ai vendus à 3 000 F CFA le lot, au lieu de 6 000 F CFA », explique-t-elle.

Elle diversifie ensuite ses activités en se lançant dans la production et la commercialisation de pâte d’arachide et de farine. Son mari, couturier de profession, voit d’abord cette nouvelle orientation d’un mauvais œil, avant de se raviser devant les résultats. « C’est lui maintenant qui m’encourage à aller de l’avant », se souvient-elle en éclatant de rire.

Grâce aux revenus tirés de ce travail, la promotrice de l’entreprise Pegdewendé a contribué à la construction de la maison familiale, puis a acquis un terrain pour installer sa propre unité de transformation agroalimentaire. Celle-ci produit des jus, des cubes d’assaisonnement à base de soumbala et des biscuits à base de produits locaux.
« C’est ce qui m’a permis de scolariser mes enfants, de soutenir ma famille et même d’acheter des motos pour certains de mes proches », souligne-t-elle.

Formalisée en 2014, l’entreprise lui permet désormais de partager son expérience à travers des formations en cuisine.

Agence d’information du Burkina
Zalisa SORE

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