Burkina/Décolonisation des savoirs : Le professeur Lassina Simporé appelle à repenser l’histoire africaine

Burkina/Décolonisation des savoirs : Le professeur Lassina Simporé appelle à repenser l’histoire africaine

Ouagadougou,15 oct.2026 (AIB)- L’enseignant chercheur au département d’histoire et archéologie à l’université Joseph Ki-Zerbo,Pr Lassina Simporé, a appelé jeudi à Ouagadougou une relecture critique des concepts hérités de l’historiographie coloniale, soulignant que la décolonisation des savoirs doit s’appuyer sur la réforme des programmes scolaires, la valorisation des langues africaines et un engagement politique accru.

L’Afrique doit repenser son histoire en se libérant des catégories héritées de l’historiographie coloniale, a déclaré le professeur Lassina Simporé, lors d’une communication intitulée « Repenser l’histoire africaine à travers une décolonisation de certains concepts pour construire l’avenir ».

Le camarade s’exprimait vendredi 15 octobre 2026 à Ouagadougou lors du premier colloque international sur la souveraineté.

Pour lui, l’historiographie coloniale a contribué à « marginaliser, dévaloriser et déformer » l’histoire des sociétés africaines.

Malgré les indépendances, ces représentations continuent de se retrouver dans les programmes scolaires, les discours et certains comportements sociaux, a-t-il déploré.

Il a notamment dénoncé l’usage de la notion de « découverte » pour désigner l’arrivée d’explorateurs européens en Afrique.

« Des gens y vivaient déjà, mais on dit qu’il a fallu venir d’ailleurs pour découvrir », a-t-il relevé, appelant à interroger les mots et les concepts utilisés pour raconter l’histoire du continent.

Le professeur Simporé a également cité des expressions telles que « peuple sans histoire », « civilisation primitive » ou « mission civilisatrice », ainsi que la réduction de la tradition orale africaine au folklore.

Il a estimé que ces formulations participent à une lecture biaisée de l’histoire et entretiennent des complexes chez certains Africains.

Selon Lassina Simporé, certains écrits ont refusé d’attribuer aux Africains la construction de structures quadrangulaires découvertes et datées.

La communication a également rappelé que plusieurs auteurs enseignants diffusent des théories présentant les populations noires comme inférieures ou dépourvues de contributions significatives à l’humanité.

Des écrits notamment à Voltaire et Hegel ont été évoqués pour illustrer la persistance de ces représentations dans les références scolaires et intellectuelles.

Pour inverser cette tendance, le professeur a préconisé une reconstruction intellectuelle fondée sur l’examen critique des concepts hérités et la reconnaissance de la diversité des sources historiques. Il a proposé, par exemple, de remplacer l’expression « peuples sans histoire » par celle de « peuples dont l’histoire est transmise par des sources orales ».

Au-delà du travail des chercheurs, il a appelé à une action des pouvoirs publics. Celle-ci devrait porter sur la révision des programmes scolaires et universitaires, la refonte des manuels, ainsi que le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants.

Il a aussi recommandé d’inscrire la décolonisation des savoirs dans les politiques culturelles et mémorielles, de soutenir la recherche menée par les chercheurs africains et de valoriser les langues africaines comme outils de production et de transmission des connaissances.

« La déconstruction des concepts hérités de l’historiographie coloniale ne peut reposer uniquement sur les historiens, les chercheurs et les intellectuels », a-t-il conclu, appelant à une mobilisation plus large de la société et des pouvoirs publics.

Agence d’information du Burkina

LID/ yos

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