Burkina : des leaders communautaires expriment leurs craintes et s’engagent pour l’accès des femmes à la terre

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Burkina : des leaders communautaires expriment leurs craintes et s’engagent pour l’accès des femmes à la terre

Koudougou, 12 octobre 2026 (AIB) – Des leaders coutumiers et religieux de Koudougou ont exprimé, ce lundi, leurs inquiétudes quant aux répercussions de l’autonomisation économique des femmes sur les relations conjugales, en particulier en cas de changement de comportement ou de divorce. Ils se sont toutefois engagés à sensibiliser leurs communautés et à promouvoir l’accès des femmes à la terre, lors d’un atelier de plaidoyer sur le genre et le foncier rural.

La rencontre s’inscrit dans le cadre de la campagne de communication « Pagb yidgr sooré » pour l’entrepreneuriat féminin, un sous-programme du projet SWEED+ (Autonomisation des femmes et dividende démographique en Afrique subsaharienne), mis en œuvre par le ministère de la Santé, en collaboration avec celui chargé de la Famille et l’ONG ASMADE.

Au cours des échanges, les participants ont soulevé des questions : l’autonomie financière des femmes risque-t-elle de modifier leur attitude envers leur époux ? En cas de divorce, que devient la terre qui leur a été attribuée ?

L’Union des religieux et coutumiers du Burkina pour la promotion de la santé et le développement (URCB/SD) a indiqué être régulièrement confrontée à de telles situations dans les communautés. Elle a invité les organisateurs à sensibiliser également les femmes sur l’importance du respect mutuel au sein du couple.

Ces préoccupations contrastent avec la contribution importante des femmes à la production agricole et à la sécurité alimentaire, alors que leur accès à la propriété foncière reste limité.

Selon les données de la direction provinciale en charge de l’agriculture, plus de 70 % de la main-d’œuvre dans les travaux champêtres est constituée de femmes. Elles assurent également 90 % des activités de transformation agroalimentaire et contribuent à la sécurité alimentaire des ménages. Pourtant, moins de 5 % des attestations de possession foncière rurale (APFR) délivrées dans la province portent le nom d’une femme.

La plupart d’entre elles ne disposent que d’un droit d’usage précaire, accordé par leur mari, leur père ou leur frère. Ce droit peut être remis en cause en cas de divorce, de veuvage ou de conflit familial.

À l’ouverture des travaux, le haut-commissaire de la province du Boulkiemdé, Salimata Ouédraogo/Sanou, a appelé les leaders coutumiers et religieux à faciliter l’accès des femmes à au moins une parcelle sécurisée, assortie d’une attestation de possession foncière rurale.

« Donner la terre à la femme, ce n’est pas enlever la terre à l’homme, c’est plutôt sécuriser la famille tout entière, car investir dans la femme, c’est investir dans toute la communauté », a-t-elle déclaré, en remerciant les membres de l’URCB/SD pour leur participation.

Pour Naaba Baongo, chef coutumier du quartier Burkina de Koudougou, l’amélioration des conditions de vie des femmes profite également à leurs époux et à l’ensemble de la famille.

« Quand une femme est dans de bonnes conditions, son mari le sera aussi. Nous allons donc profiter de nos fêtes coutumières pour sensibiliser les populations et les amener à comprendre l’importance de cette démarche », a-t-il indiqué.

Il a estimé que certaines réticences sont davantage liées à un manque d’information qu’à un refus délibéré, plaidant pour une sensibilisation accrue afin de faire évoluer les mentalités.

Pour Adama Apollline Kalga/Compaoré, cheffe du service communication et genre à l’ONG ASMADE et cheffe du projet Entreprendre au féminin, la sécurisation foncière est indispensable à la réalisation d’investissements productifs au profit des femmes.

« Si elles n’ont pas accès à des terres sécurisées, on ne peut pas leur apporter des financements conséquents », a-t-elle souligné.

Elle s’est félicitée des engagements pris par les participants, qui ont promis de relayer les messages dans leurs lieux de culte, leurs milieux professionnels et leurs communautés. Les femmes présentes ont également prévu de conscientiser les membres de leurs associations.

Un suivi sera assuré au niveau provincial afin d’évaluer la mise en œuvre de ces engagements, a-t-elle précisé.

Selon Azèta Ouédraogo/Dinga, personne-ressource de l’URCB/SD, le choix de la région du Nando pour cette campagne se justifie par un taux de pauvreté de 44,6 %, supérieur à la moyenne nationale de 43,2 %.

En marge de l’atelier, l’équipe de campagne a effectué plusieurs visites, dont une au centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Koudougou, où se tenait une séance de dépistage et de sensibilisation sur les cancers du sein et du col de l’utérus. Elle s’est également rendue chez le chef du canton de Lallé et a échangé avec des modèles de femmes entrepreneures.

Agence d’information du Burkina

ZS

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