Ziniaré : La police YAKA va à la rencontre de ses voisins
Ziniaré, (AIB)-Sous une chaleur accablante, les éléments de la police YAKA ont sillonné, le 10 avril 2026, les quartiers populaires de Ziniaré pour aller à la rencontre des populations. Objectif : instaurer une relation de confiance et promouvoir une approche de sécurité fondée sur la proximité et la collaboration citoyenne.
À 14 heures précises, ce vendredi 10 avril 2026, Ziniaré étouffe. Le thermomètre flirte avec les 40 degrés. L’air est lourd, poisseux, chargé de poussière ocre que le vent d’avril soulève sans répit. Le bitume luit sous un soleil implacable.
Nous grimpons à moto avec un confrère. Direction : les quartiers populaires de la ville, dans le sillage des pionniers d’un nouveau visage de la sécurité urbaine au Burkina Faso : la police YAKA.
À peine sortis de la Direction régionale de la police de l’Oubri, où la cérémonie officielle de lancement vient de s’achever quelques heures plus tôt, les éléments de cette unité de proximité se regroupent. Bérets kaki bien ajustés, malgré la sueur qui perle sur les fronts, les policiers reçoivent les dernières consignes. Les moteurs vrombissent. En binômes, ils enfourchent leurs grosses cylindrées. Nous aussi.
Sur la RN3, route de Kaya, le ballet est désordonné. Klaxons stridents, motos chargées à ras bord, piétons en boubous multicolores, ronds-points abordés sans ménagement. Sous les manguiers, des groupes d’hommes refont le monde autour d’un thé brûlant, indifférents à la chaleur accablante.
Premier arrêt : le rond-point de l’Escale. La colonne s’immobilise devant le hangar d’Adama Tiendrébéogo, vendeur de motos. L’accueil est timide. Les regards sont méfiants. Trois binômes de policiers, des journalistes, des motos alignées : le dispositif impressionne. La tension est palpable.
Après les salutations d’usage, chacun se présente. Le sergent de police Franck Ouédraogo prend la parole d’une voix posée : « Est-ce que vous connaissez la police YAKA ? »
Les têtes se secouent. Non. Personne ne connaît.
Alors, les mots se délient. YAKA, expliquent les policiers, signifie « voisin » ou « voisinage » en mooré. Une police qui vit avec la population, qui écoute avant de réprimer, qui prévient avant d’intervenir. Une police de proximité, moins distante, moins intimidante. Les explications sont reprises patiemment. Peu à peu, les visages se décrispent.
La colonne reprend la route, cap sur Guiloungou, secteur 4 de Ziniaré. Quelques coups d’accélérateur plus tard, nous atteignons le marché de Sanyaré.
Ici, des vendeuses de dolo interpellent les passants : « Ramôga ! Ramôga ! ». L’odeur âcre du carburant se mêle à celle des beignets plongés dans l’huile bouillante. La poussière colle à la peau. Sous l’assaut du soleil, les bérets glissent légèrement.
Devant une gargote, les policiers s’arrêtent. À leur vue, certains clients tentent de s’éclipser discrètement. Un réflexe ancien.
Le sergent de police Cécile Ouédraogo les interpelle d’une voix rassurante :
« Venez, on veut juste échanger. »
Ils reviennent, s’installent sur les bancs en bois. Les policiers se fondent parmi eux. Les discussions s’animent. On parle sécurité, collaboration, prévention, sécurité routière. Les minutes passent. Les regards changent. Les sourires apparaissent.
À la fin, les promesses fusent :
« Vous êtes nos fils, nous allons vous accompagner. »
Mais un avertissement demeure :
« Il faut bien protéger les dénonciateurs. »
Dernière étape de la ronde : le grin de thé de Davy Komsimbo, à l’intérieur du secteur 4.
L’homme est d’abord réservé, bras croisés, regard prudent. Puis les explications font leur œuvre. La peur se dissipe. Il prend la parole, sans détour :
« Avant, dès qu’on voyait un policier, on fuyait. Maintenant, avec la police YAKA, ça va nous rapprocher. On n’aura plus peur de donner des informations. S’il se passe quelque chose, on viendra signaler. »
La sortie touche à sa fin. La fatigue se lit sur les visages, mais aussi une certaine fierté. Alain Yaméogo, journaliste à la radio Venegré, qui a suivi la tournée, livre son analyse :
« C’est un concept nouveau. Cette sortie a rapproché les policiers des populations, et les populations des policiers. C’est exactement l’esprit de la police YAKA : le policier, mon voisin. Dans le contexte actuel, seule la collaboration peut nous aider à lutter contre le terrorisme et le grand banditisme. »
Chef de mission, l’adjudant de police Issouf Zango étanche sa soif avec deux sachets d’eau. La chaleur reste écrasante, mais le visage est satisfait.
« Pour cette première sortie, nous sommes très contents. Le message passe bien, les gens apprécient », confie-t-il.
Interrogé sur la tenue, plus sobre, presque civile, il sourit :
« C’est justement pour cela que nous avons changé. Une tenue moins agressive. On sait que les gens ont peur de l’uniforme. Mais progressivement, cela va se régler. »
En toile de fond, la vision est claire. Pour la Direction régionale de la police de l’Oubri, la police YAKA repose sur une coproduction de la sécurité : une police ancrée dans les quartiers, attentive aux préoccupations réelles des habitants, capable de prévenir les risques avant qu’ils ne deviennent des menaces.
Quand nous redémarrons, la poussière retombe lentement. Au pied du mur du grin de Davy, les discussions continuent. Cette fois, on parle de sécurité, sans crainte.
À Ziniaré, sous la chaleur accablante d’avril, la police YAKA vient peut-être de réussir son premier pari : redevenir un voisin.
Agence d’information du Burkina
LC/ata


