Culture : Certaines personnes sont complexées de vivre dans les zones non-loties, Slameur

Ouagadougou, 14 juin 2020 (AIB)-La profondeur de ses textes en langue national mooré, la diversité de ses thèmes, ses récits drôles et captivants l’ont propulsé en 2019, sur la scène du slam burkinabè… Dabross prépare un nouvel opus pour mieux faire entendre la voix des «non-lotis» ; ces quartiers défavorisés, complexés et souvent oubliés… Entretien.

Agence d’Information du Burkina(AIB) : Comment l’idée  du Slam est venue à Dabross (Harouna Dabré à l’Etat-civil)?

Dabross : J’ai commencé la musique (en 2009) depuis l’époque du rap. A un moment donné, je me suis beaucoup intéressé à la radio et j’ai laissé tomber le rap.

Qui parle d’animation radiophonique,  parle d’écriture et de  lecture et c’est à partir de là que l’idée du Slam est venue.

AIB : Pourquoi le choix de slamer en Mooré?

Dabross: J’ai l’habitude de dire que je n’ai pas choisi de slamer en Mooré parce qu’au début du slam, on était   une vague de slameurs à slamer en Français. On peut citer ‘’Ombre blanche’’ et certains éléments tels que ‘’Qu’on sonne et voix-ailes’’ (Entendre consonnes et voyelles), ‘’Malika la slameuse’’ et bien d’autres.

Quand on monte sur  la scène, on déclame tous dans la même langue. J’ai essayé de faire la différence et c’est là que j’ai commencé à slamer en Fulfuldé, une langue que je ne comprends pas.

J’écrivais mes textes et je les faisais traduire par un ami Peulh et après je les bossais. C’était vraiment compliqué.

Un jour, j’ai  essayé d’écrire mes textes en Mooré. J’ai ainsi découvert la profondeur et le jeu de mots que je peux faire. C’est à partir de là que j’ai forgé ma plume dans cette langue.

AIB : Est-ce plus facile d’écrire en Mooré comme en Français ?

Dabross: C’est facile et difficile en même temps parce que je caracole. Je n’écrivais pas en Mooré en tant que tel. Au début, je pouvais écrire un texte mais la lecture était tout un problème pour moi. Il m’a fallu du temps. Mais aujourd’hui je me sens beaucoup plus en Mooré qu’en Français.

AIB : Quels sont les thèmes que vous abordez ?

Dabross: Mes thèmes concernent généralement la sensibilisation et les problèmes liés à la jeunesse comme la drogue et le chômage.

AIB : Pourquoi avoir choisi le surnom de jeune du ‘’non-loti’’ (quartier défavorisé)?

Dabross : Comme je l’ai dit, je m’intéresse beaucoup à toutes les questions qui touchent à la jeunesse. L’idée de «non-loti jeune» est née à travers une amie qui  m’appelait «village-jeune» parce qu’elle me trouvait vraiment «chaud-chaud» et que je m’intéresse peu au luxe d’où la naissance du sobriquet  «non-loti jeune».

Je trouve aussi que cette partie de la société a tendance à être oubliée et il y a beaucoup de complexes par rapport à certains jeunes et filles qui viennent de ces zones. Je me suis dis alors : -Je porte ce manteau et vous tous  restez derrière moi-. C’est un peu ça l’idée.

AIB : Etes-vous satisfait de l’accueil qui a été réservé à votre premier album «Non-loti jeune» ?

Dabross : J’ai été plus que satisfait parce que le bilan est assez positif. J’ai  été d’abord connu par pas mal de personnes avant de faire sortir mon album en mars 2019.

C’était vraiment étonnant de voir toute la presse nationale se déporter dans la zone non-lotie pour la dédicace de mon album. Si quelque chose n’avait pas été faite, je n’allais pas avoir ce parterre de médias à ma dédicace.

Après la sortie de l’album, j’ai entamé une tournée intitulée «la caravane non-loti jeune» où j’ai fait six concerts dans les zones non loties de la ville de Ouagadougou. J’ai clôturé cette caravane  dans la salle du CENASA (Centre national des arts, du spectacle et de l’audiovisuel).

Je peux dire qu’en quelques années de carrière, le bilan est assez satisfaisant. Ce n’est pas qu’on a atteint tous nos objectifs, mais ça donne de quoi se réjouir et de s’armer davantage pour la suite.

AIB : Quelles sont vos perspectives?

Dabross: Présentement,  les projets sur lesquels nous sommes, c’est la préparation de la deuxième édition  de la «caravane non loti jeune» et la  clôture du deuxième album pour 2021. C’est un peu ça les projets à chaud sur lesquels nous sommes entrain de travailler.

AIB : Un mot à l’endroit de vos fans ?

Dabross : Je remercie beaucoup toutes les personnes qui m’ont accueilli et qui s’intéressent à ce que je fais. Merci également à l’AIB pour cette interview à chaud.

Agence d’information du Burkina

Entretien réalisé le 12 juin 2020 par Tilado Apollinaire ABGA et Nida OUEDRAOGO.

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