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Marché du TP de Ouagadougou : Le royaume des deux roues à la triste renommée (version agence)

Ouagadougou, 30 déc. 2019 (AIB)-Le marché des cycles situé près du théâtre populaire de Ouagadougou, est un véritable concentré de débrouillards et de riches commerçants. Si ce vaste endroit de vente et de réparation des engins à deux roues, traîne une mauvaise réputation de gîte pour voleurs, escrocs et receleurs, il vit surtout sous la hantise des inondations et des risques grandissants d’incendies.

En cette matinée du début du mois d’août 2019, le marché des cycles du théâtre populaire, au secteur n°5, quartier Samandin dans l’arrondissement n° 1 de Ouagadougou, connaît son brouhaha habituel. Ce bruit assourdissant vient des ateliers de réparation et des vrombissements de motos qui vont dans tous les sens.

«Cela fait une vingtaine d’années qu’on se débrouille pour manger et payer la scolarité de nos enfants», indique Salif Dipama, laveur de motos. Le cinquantenaire se met par la suite, à regretter le temps, où ils étaient pratiquement les seuls, à proposer ce type de prestation à Ouagadougou. «Mais, de nos jours, les clients sont rares, car on lave partout aux abords des routes, à cause du manque d’emploi pour les jeunes», poursuit-il.

La vente et la réparation des motos constituent les principales activités au marché TP.

Tout comme Salif Dipama, le peintre Issa Couraogo se désole de la rareté des clients et de la multiplication des acteurs. «Maintenant, on travaille juste pour manger. Il est difficile de faire des économies pour renforcer son atelier», relate le jeune homme de 30 ans. Le mécanicien Salfo Ouédraogo, fort de sa trentaine d’années d’expériences, estime qu’il faut savoir tenir, car tout travail comporte des épreuves. Ses voisins Soumaïla Ouédraogo et Adissa Konseiga en sont des exemples vivants.

Après douze ans d’apprentissage auprès de son père et de ses frères, la jeune mère évolue en solo depuis le début de l’année 2019, dans la vente des pièces détachées.

Soumaïla Ouédraogo exerce aussi dans la même activité, après avoir commencé comme apprenti mécanicien le 15 août 1995.

Assis sur une banquette, le soudeur Jean-Paul Sam fulmine à cause d’un énième délestage. «Voyez-vous, j’ai des commandes et cela nous retarde beaucoup. Mais, les factures demeurent toujours élevées», peste-t-il.

Adissa Konseiga se bat dans la vente des pièces détachées.

Outre les vendeurs de mobylettes et de vélos, les mécaniciens et les soudeurs, le marché de cycles du Théâtre populaire ou ‘’TP’’, renferme d’autres acteurs. Ce sont notamment les restauratrices qui proposent des plats divers aux milliers de travailleurs.

 

Risques d’incendies

 Au ‘’TP’’, la rareté des clients fait partie d’un lot de difficultés auxquelles sont confrontées, débrouillards et riches marchands. Ce sont notamment la promiscuité, les inondations répétitives et les risques grandissants d’incendies.

Pour l’un des responsables du marché, Moussa Nana, les inondations ne doivent surprendre personne, car dès le début, chacun savait qu’il s’installait dans un bas-fond.

«C’est dommage de se plaindre de l’eau tout en bloquant les accès qui permettront aux pompiers d’intervenir en cas d’incendie», averti l’Imam Cissin Zag Naaba Tigré, un autre responsable du marché.

Le Cissin Zak-Naaba Tigré a invité les commerçants à penser à l’avenir du marché.

Selon Moussa Nana, la vente du carburant, des pièces détachées en caoutchouc et la soudure au gaz et à l’électricité, risquent de plonger riches et pauvres dans la tourmente, en cas de catastrophe.

Toutefois, le vendeur de carburant et d’huile de vidange, Ablassé Zagré et le soudeur Issa Tiemtoré assurent faire de leur mieux pour éviter la catastrophe.

Selon Moussa Nana, pour se prémunir des incendies, une centaine de hangars avaient été aménagés au Sud du marché pour abriter uniquement les soudeurs. Mais compte tenu de la forte demande, les mécaniciens et les vendeurs de cycles s’y sont également installés. Après l’incendie vite circonscrit du 18 août 2018, Moussa Nana souhaite que les commerçants entendent raison.

 

Un repère de voleurs et de receleurs ?

En plus des risques d’incendies et des inondations à répétition, le marché des cycles traîne une triste renommée de nid de voleurs, de receleurs et d’escrocs. Cela s’explique en partie par les fréquentes décentes de la police ou de la gendarmerie, à la recherche de présumés voleurs de motos ou de falsificateurs de documents.

Moussa Nana «Grâce à nous, beaucoup de voleurs sont en prison».

Aussi, en cas de perte de motos, beaucoup d’anonymes prennent aussi attache avec les responsables du marché pour les aider à retrouver leurs biens.

«Si vous perdez un âne ou une bouteille de gaz, vous n’allez pas les rechercher au TP. C’est donc normal de rechercher une moto volée dans un marché de vente d’engins, même si ça nous fait mal au cœur», tempère le Cissin Zak-Naaba Tigré.

Pour Irissa Nikièma, les présumés voleurs se comptent maintenant au bout des doigts car d’après lui, les occupants du marché ont engagé une lutte sans merci contre eux.

Moussa Nana déplore l’attitude de la police et de la gendarmerie qui selon lui, s’attribuent tous les lauriers lors de la présentation des suspects, sans «jamais» mentionner le concours des commerçants du « TP ».

«Ils nous disent de ne pas en parler car les voleurs risquent de ne plus venir. Mais c’est justement ce que nous souhaitions : que les voleurs ne viennent plus dans notre marché !», poursuit-il.

Le vendeur de cycles assure avoir contribué à arrêter une centaine de personnes qui tentaient d’écouler des motos volées. La police nationale n’a pas souhaité commenté ces affirmations.

Les motos entrées frauduleusement sans être dédouanées, seraient aussi en baisse, d’après les interviewés.

 L’exaspération des riverains

Le marché du théâtre populaire à ses débuts en 1994, comptait quelques centaines de vendeurs et de réparateurs. Mais au fil des ans, ses effectifs ont explosé. La plus grande vague de nouveaux occupants est arrivée en 2003, après l’incendie du grand marché de Ouagadougou (Rood Woko).

Depuis lors, comme une pieuvre, le « TP» déploie ses tentacules dans toutes les extrémités, avalant les habitations environnantes à coup de location et de rachat.

Justine Ouédraogo:  »Beaucoup de mécaniciens ne nous respectent pas ».

Cette avancée fulgurante sur plusieurs centaines de mètres, provoque le courroux de nombreux riverains.

«Ils laissent traîner les ordures et ne respectent pas les riverains. En plus, nous manquons de sommeil. Mais quand on leur fait des observations, ils rétorquent qu’ils sont là pour chercher de l’argent comme si nous, nous ne savons pas en chercher», tempête la maman catéchiste à la retraite, Justine Ouédraogo.

Son voisin Ablassé Tapsoba partage son agacement. «Ce sont nos maisons qu’ils sont en train d’envahir et toutes nos rues sont d’ailleurs débordées jusqu’à tel point, qu’il est difficile de se frayer un passage avec une voiture», ajoute le professeur de physique-chimie à la retraite.

«Entre eux-mêmes, ils ne manquent pas de se cogner. Ce ne sont pas nos enfants qu’ils vont épargner», s’insurge-t-il à propos des excès de vitesse.

Pour désengorger le marché, le riverain El Hadj Adama Yanogo propose d’aménager le reste du bas-fond qui se trouve à côté.

De l’avis de Moussa Nana, cela n’est pas utile, car les commerçants devront vider les lieux dans une vingtaine d’années.

«Il existe un papier qui nous attribue ce terrain pour 50 ans. A l’échéance, c’est obligé qu’on parte», assure-t-il.

Nous avons approché la commune de Ouagadougou pour vérifier d’une part, l’authenticité du bail de 50 ans et d’autre part, recueillir les mesures prises pour gérer les inondations récurrentes et prévenir les risques avérés d’incendies. Mais nous n’avons pas obtenu une oreille attentive.

Agence d’information du Burkina

Tilado Apollinaire ABGA

Photo: Amina ZERBO/CISSE

Lire la version longue en cliquant sur : https://www.sidwaya.info/blog/2019/09/30/marche-des-cycles-du-theatre-populaire-une-caverne-dali-baba/

Lire aussi le Sidwaya n°8991 du mardi 1er octobre 2019; pages 16 et 17.

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