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Restructuration des zones non-loties à Ouagadougou : une pilule aux multiples goûts (version agence)

Ouagadougou, 29 déc. 2019(AIB)- «C’est après avoir vendu les terres avec les riches qu’on vient nous parler de restructuration !». Dans la capitale burkinabè, le projet gouvernemental de résorption des habitats spontanés passe mal auprès de certains citoyens, tandis que d’autres exigent simplement la transparence.  

Ils y sont nés, faute de moyens certains sont venus les rejoindre tandis que d’autres ont vendu les parcelles à eux attribuées avant de grossir leur nombre… : Ces milliers de citoyens qui peuplent les habitats spontanés ou les quartiers non-lotis autour de la capitale Ouagadougou, attendent pour certains d’entre eux, le lotissement depuis près de 20 ans.

Les nombreuses irrégularités recensées en 2016 par une commission parlementaire sur les attributions de près de 105 mille parcelles, entre 1995 et 2015, dans 15 communes du Burkina Faso, n’arrangent pas les choses.

La suspension des lotissements levée partiellement mais toujours en vigueur depuis 2015 à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, semble avoir entrainé de nombreuses personnes dans les zones non-loties et dans les logements proposés par les sociétés immobilières dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Face à cette équation à multiples inconnues, le gouvernement  burkinabè propose la restructuration des zones non-loties, en attendant la mise en œuvre des recommandations des comités ad ’hoc chargées de l’apurement du passif foncier.

Cette solution n’enchante pas tout le monde comme Denis Bonkoungou, habitant du non-lotie de Tamsin, dans la commune rurale de Saaba.

«Quand je suis venu m’installer ici. Il y avait l’espace à perte de vue. C’est après avoir vendu les terres avec les riches qu’on vient nous parler de restructuration en lieu et place du lotissement», lâche le sexagénaire au bout d’une longue diatribe contre la mal gouvernance.

Denis Bonkoungou:  »Mieux vaut laisser les choses en l’état ».

«J’aurai souhaité qu’on laisse les choses en l’état pour ne pas amener de la discorde entre ceux qui sont nés ici et ceux qui sont venus s’installer. Ce n’est pas tout le monde qui a de quoi pour se reconstruire une maison», poursuit l’ex migrant rentré du Cameroun, il y a 29 ans.

Ses craintes sont partagées à quelques lieux de là par Salif Ouédraogo, 41 ans, père de cinq enfants.

«Je ne vois aucun espace suffisamment grand pour recueillir les futurs déguerpis. Si cette politique avait été mise en œuvre, il y a quelques années, il n’y aurait eu aucun problème. Mais maintenant avec le développement des sociétés immobilières, ça va être un véritable casse-tête», analyse le maçon.

Le projet de restructuration semble être également incompris dans certains quartiers lotis depuis belle lurette, mais qui ont gardé parfaitement l’aspect des zones non-loties à cause des crises provoquées entre autres, par des doubles attributions, des détournements de parcelles et des morcellements de réserves administratives.

«Depuis les premiers lotissements, tous les problèmes n’ont pas encore été résolus. Pourquoi restructurer des zones (non-loties) pour des gens qui vivent en harmonie  et qui n’ont rien demandé ?», s’interroge Hamado Compaoré de l’association ‘’Wend Song Sida’’ de Yamtenga.

Son épouse Fati n’en peut plus des 18 ans de calvaire marqué par des inondations et le confinement. «C’est le lotissement qui nous intéresse, pas cette histoire de tracer des voies», tranche-t-elle.

Fati Compaoré: « Quand la pluie s’annonce, nous sommes inquiets ».

Selon les animateurs de Wend Song Sida, il faut urgemment apurer le passif foncier, arrêter les constructions qui se poursuivent malgré la suspension des lotissements et s’opposer à «l’accaparement» des vastes espaces par les sociétés immobilières.

Pour le président du Syndicat national des promoteurs immobiliers du Burkina (SNAPIB) Sibiri Julien Ouédraogo, il s’agit d’un faux-procès.

De son avis, si un promoteur immobilier prend une portion de terre dans un espace donné pour proposer aux citoyens, des parcelles nues et des maisons, cela n’empêche pas la mairie de lotir la superficie restante.

Il réfute également toute notion d’accaparement car les espaces sont cédés selon lui, aux promoteurs immobiliers par les propriétaires terriens, en échange d’argent ou de parcelles aménagées.

Julien Ouédraogo ne s’explique pas pourquoi le gouvernement met parfois jusqu’à cinq ans pour délivrer les autorisations nécessaires quand il ne refuse pas tout simplement de les signer.

La restructuration permettra de dégager de l’espace pour les infrastructures de base.

«Si le gouvernement refuse de délivrer les autorisations nécessaires aux promoteurs immobiliers et se lance au même moment dans la restructuration des zones non-loties, ça veut dire qu’il encourage le développement des habitats spontanés», argumente-t-il.

Si le projet de restructuration est critiqué par certains habitants des zones non-loties, d’autres l’accueillent à bras ouverts, à condition que le processus soit transparent.

«Nous ne sommes pas contre la restructuration annoncée. Mais si d’aventure après douze ans de vie dans le non-loti, on se retrouve sans toit, ça serait vraiment dommage. Il ne nous resterait plus qu’à retourner au village pour cultiver», avertit Fati Sana/Kaboré, vendeuse de bouillie à Djikofè.

«Vivre sans adduction d’eau potable et d’électricité nous peine énormément. Je suppose qu’après la restructuration, toutes ces commodités vont venir», soutient Pengwendé Aimé Rouamba à Sonré.

Brahima Wandaogo qui réside à Wapassi et qui se dit un peu déçu par la décision, souhaite néanmoins que les voies soient larges pour désenclaver véritablement les habitats spontanés.

«La terre n’est pas extensible à souhait. L’Etat ne peut attribuer que ce qui est disponible. Si nous voulions des endroits pour dormir, la restructuration est une bonne chose. Mais ceux qui veulent des parcelles pour en vendre, ne penseront certainement pas comme moi», tacle Madi Ouédraogo, habitant à Yamtenga.

Madi Compaoré:  »La restructuration est une bonne chose ».

«Mieux vaut restructurer que de nous laisser sans routes, sans eau et sans électricité», répond le résident de M’ba Simon Toega, Madi Compaoré. «Mais s’il  y a pas de dédommagement pour les maisons qui seront cassées, mieux vaut laisser la situation telle quelle pour ne pas entraîner une crise», prévient-il.

Le Directeur général de l’Habitat Gueswendé Marc Ouédraogo préfère parler plutôt «de compensation à caractère social».

Il assure que les personnes qui seront touchées par la restructuration, seront relogées dans une trame d’accueil et grâce à la récupération foncière qui se fera à l’interne.

M. Ouédraogo précise que les investisseurs qui vont construisent des immeubles aux abords des grandes voies, céderont aussi des unités de logement pour les déguerpis.

Gueswendé Marc Ouédraogo assure que l’objectif à terme, est d’offrir les mêmes commodités (routes, caniveaux, infrastructures sociaux, eau, électricité…) aux habitants des zones restructurées que ceux des zones loties.

Le responsable affirme que le gouvernement veut limiter la superficie mobilisable par un promoteur immobilier pour mettre un terme «à l’accaparement des terres».

Marc Ouédraogo:  »La restructuration n’est pas une bidonvilisation programmée ».

Il soutient que l’exécutif est favorable à «la promotion immobilière», basée sur la construction de logements au détriment de «la promotion foncière» fondée sur la production de parcelles.

M. Ouédraogo invite les sociétés immobilières à remplir scrupuleusement les conditions exigées, avant de se voir livrer les autorisations nécessaires.

De l’avis de Gueswendé Marc Ouédraogo, la restructuration pourrait offrir des solutions partielles aux préoccupations liées au passif du foncier, parce que des plaignants pourraient être relogés grâce à la récupération foncière à l’interne et à la trame d’accueil.

La lenteur observée dans la mise en œuvre de la restructuration est due à la sensibilité du dossier et au contexte national difficile, estime Gueswendé Marc Ouédraogo. Mais il note que parallèlement que des mesures alternatives ont été prises pour avancer le dossier.

Agence d’information du Burkina

Tilado Apollinaire ABGA

Photo: Amina ZERBO/CISSE

Lire la version longue en cliquant sur https://www.sidwaya.info/blog/2019/12/26/restructuration-des-zones-non-loties/

Lire la version papier dans le Sidwaya n°9049 du vendredi 27 au dimanche 29 décembre 2019, pages 24 et 25.

Lire aussi: https://www.aib.media/2019/12/29/societes-immobilieres-le-dg-de-lurbanisme-alerte-lopinion-sur-les-risques-dachat-de-certaines-parcelles/

 

 

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