Boulsa : Qui est Boureima Nanbanka, l’homme au cœur de la crise Koglwéogo

 Boulsa, 28 déc. 2019(AIB)-El Hadj Boureima Nanbanka (59ans) dit Namendé dont l’interpellation a provoqué cette semaine, une crise à Boulsa et à Sapaga, est un riche planteur qui a mis en place en avril 2015, le groupe d’autodéfense Kolweogo, après avoir «souffert dans sa chair», d’une justice qui encouragerait selon lui, «les voleurs dans leurs sales besognes».

Redécouvrez le leader Koglweogo à travers cette interview qu’il a accordée à l’AIB, en février 2016.

 -Agence d’information du Burkina (AIB): Présentez-vous davantage à nos lecteurs? 

Boureima Nanbanka (BN): Je m’appelle  Boureima Nanbanka. Je suis né à Poli Mossi, village situé à 8km au nord de la commune de Boulsa. J’ai 56 ans. J’ai 04 femmes et père de 29 enfants.           

 -AIB: Que faites-vous dans la vie ?

BN: Je n’ai ni fait l’école classique, ni l’école coranique. Je suis un planteur. J’ai une plantation de plus de 40ha de cacao et de café en Côte d’Ivoire.Toute ma famille est là-bas. Je fais des va-et-vient entre  ces deux pays.

 -AIB : Que faites-vous à Boulsa?

NB: Je fais de la traque des bandits mon cheval de bataille. Je suis le président de la cellule Koglwéogo de Boulsa dont je me suis engagé pour son implantation ici même.

-AIB: Aviez-vous auparavant une expérience dans la tracte des bandits ?

BN : Dire que j’ai une expérience c’est trop dire.  Je suis contre l’injustice, contre la souffrance de mes parents en particulier et  de mes compatriotes en général. En Côte d’Ivoire par exemple,  mes compatriotes à Voa –Voa me connaissent très bien. Ils  me font recours en cas de difficulté. J’ai pu obtenir un terrain de  225ha  pour eux. Dedans, ils ont pu faire leurs champs et leurs habitats. J’ai payé à cet effet 16 motos pour les propriétaires terriens. J’ai également dépensé plus de 2 850 000 FCFA pour sauver la vie des Burkinabè des mains des rebelles pendant le conflit armé. J’ai seulement l’amour de ma patrie.  Je n’ai aucune expérience.

-AIB: N’avez-vous pas peur pour votre vie?

BN : Moi personnellement, je n’ai pas peur des bandits quel que soit leur catégorie ici au Burkina ou ailleurs. Mais j’ai peur de la loi.

-AIB: Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre en place  la cellule  Koglwéogo de Boulsa ?

BN: Pour la petite histoire, je dirai que je suis rentré au pays suite à la maladie et à la mort de mon père en 2010. Pendant mon séjour, j’ai eu un problème qui nous a conduits en justice. Mais j’ai été déçu du jugement et du verdict rendus au tribunal de grande instance de Kaya. Je me suis rendu compte que la justice œuvrrait pour les voleurs et  les encourage  dans leurs sales besognes. Depuis, j’ai souffert dans ma chair. Je ruminais difficilement cette peine et cherchais vainement une éventuelle solution. Entre temps, j’ai entendu parler d’une structure au Yatenga  qui lutte contre les bandits. Je m’apprêtais à aller les contacter pour connaitre  les conditions d’adhésion pour le  Namentenga quand  un ami m’a mis en contact avec les responsables Koglwéogo de Kodemwendé, village de la commune de Sallogo, province du Kourittenga.  C’est  avec le concours de ce dernier que la cellule Koglwéogo de Boulsa a été mise en place en Avril 2015.  Dès lors, nous travaillions à améliorer les conditions de vie des populations. Toute chose qu’elles saluent avec enthousiasme.

 -AIB : Comment procédez-vous ?

BN: C’est la main dans le sac ou sur dénonciation avec preuves à l’appui que nous interpellons nos présumés malfrats. Ensuite nous procédons à une interrogation pour connaitre leurs modes opératoires, leurs complices et là où sont cachés les butins.

-AIB : Que faites-vous après ?

BN : Si nous constatons au cours de l’interrogatoire qu’il ment, nous utilisons  la méthode forte. On l’attache contre un arbre et quelqu’un lui donne des coups de fouets sur le dos. Avec cette méthode, les délinquants finissent  par avouer. Après avoir avoué, on les sensibilise et on leur fixe l’amende à payer. Si le coupable n’a pas les moyens, c’est sa famille qui s’engage à payer. Avant de le libérer, il jure  sur les fétiches de ne plus voler.  S’il n’obéi pas à ses engagements c’est à ses dépens. Les fétiches vont l’emporter.

 -AIB : Est-ce prudent de flageller quelqu’un dont vous ignorez l’état de santé ?

BN : Rien ne se fait au hasard. Nous sommes bien organisés et nous nous respectons bien. Si je constate que l’infortuné n’est pas bien  à point, je n’ordonne pas la flagellation. Nous sommes unanimes là-dessus. Je ne sais rien mais, je pense que le malheur ne se produira pas ici. Vous savez pourquoi nous fouettons ceux qui ne disent la vérité avec des branches de tamarinier passées au feu ? Les branches de cet arbre ont  des vertus magiques sur tous les ‘wak’.

-AIB : si un malfrat refuse d’avouer que  faites-vous?

BN : Quel que soit ton wake, tu ne peux pas ne pas avouer. Jusque-là, nous n’en avons pas encore rencontré.

-AIB : Pouvez- vous faire face aux terroristes ?

BN : Bien sûr. Pourquoi pas. Nous pouvons le faire pour peu qu’on nous associe. Tu vois ce coupe-coupe  (Il le fait sortir de son fourreau). Il n’est pas fait pour couper du bois ou la viande. L’hémorragie qu’il causerait sur un individu, est irrémédiable. Pendant le conflit en Côte-d’Ivoire nous avons pu tester la puissance de certains de nos ‘choses’  devant les grenades et autres explosifs.

-AIB: Serez-vous prêts à coopérer avec les forces de défense et de sécurité ?

BN : Nous ne demandons que cela. En conjuguant nos efforts c’est nous tous  qui gagnons.

AIB: Des voix s’élèvent contre votre mouvement surtout vos méthodes qu’elles jugent contraires aux droits humains.

BN : L’Etat doit en principe nous encourager parce que ce que nous avons fait en un temps très court, sans armes et avec peu de moyens, doit constituer un motif de satisfaction. Les opérateurs économiques, les éleveurs, les agriculteurs  vivent dans la quiétude. Les boutiques ne sont plus cambriolées, les transporteurs  ne sont plus  braqués. Il n’y a plus de vols d’animaux. Au nom des populations, je ne souhaite pas qu’on mette fin à nos pratiques. Nous faisons œuvre utile.  J’ai la conviction que le travail que nous faisons ne va pas se perpétuer dans le long terme. Dans peu de temps, nous allons ranger nos fouets et nos motos ailleurs. Il n’y aura plus de bandits comme dans certains pays. Ca va finir. J’ai espoir. Les gens vont faire autre chose que le vol.

AIB : Quel est votre bilan au jour d’aujourd’hui ?

BN : Nous avons installé 23 cellules Koglwéogo dans la province du Namentenga et dans la province de la Gnagna. Avec le paiement des amendes des voleurs, nous avons pu payer un terrain dans une zone non lotie. C’est avec également ces amendes que nous nourrissons nos pensionnaires, réparons les motos, payons le carburant pour nos sorties sur le terrain. Le butin des malfrats comprend des motos, des fusils, des portables et d’autres armes blanches. Nous allons remercier les  autorités provinciales et coutumières Naaba Sonré pour ce qu’elles font pour la préservation de la paix dans notre pays et la population pour son adhésion à notre logique.

Agence d’information du Burkina

Interview réalisée le 24 février 2016 par Jean-Baptiste DAMIBA.    

Post-scriptum, 28 déc.2019 : El Hadj Boureima Nanbanka a été interpellé en début de semaine dans le cadre de l’affaire Yirgou, du nom de ce village du Centre-nord où des dizaines de Peulh ont été tués au début de l’année 2019, à la suite d’une attaque terroriste qui a ôté la vie à un responsable coutumier Mossi et de celles de ses proches.

La communauté Peulh locale a été accusée d’avoir abrité les terroristes tandis que les Koglweogo de la région ont été accusés d’avoir organisé des représailles.

Suite à l’interpellation de M. Nandbanka, des manifestants en majorité des commerçants ont paralysé la ville de Boulsa, du 25 au 27 décembre 2019. La route nationale Ouaga-Koupéla, reliant le Burkina Faso à quatre pays voisins, a été bloquée le 26 décembre au carrefour de Sapaga, avant que la police n’évacue de force le lendemain, les protestataires.

Au soir du 26 décembre, le syndicat des commerçants de Boulsa ont levé le mot d’ordre de ville morte.

Jbd.

 

 

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