Burkina-Société-Hygiène

Assainissement à Ouagadougou : Quand   »les reines de la propreté » sont parfois salies par leurs partenaires

Ouagadougou, 25 fév. 2019 (AIB)-En duo ou en association, des centaines de femmes enlèvent au quotidien, les ordures dans des ménages de Ouagadougou.  Zoom sur les reines de la propreté du quartier Marcoussis (Ouagadougou), qui se tuent au labeur, mais qui sont souvent payées en monnaie de singe.

«Le travail est certes difficile, certains nous insultent comme des enfants, d’autres nous dénigrent lorsque nous partons ramasser les ordures chez eux…Mais c’est un gagne-pain pour moi ainsi que toute ma famille», relate Poko Sawadogo, un matin de janvier, à côté de son baudet tirant une charrette, chargée d’ordures.

«Mon mari ne travaille pas et je suis la seule à subvenir aux besoins de toute la famille. Pour cette raison, plus les années passent, plus je ressens la fatigue mais je continue de me battre pour le bien de ma famille  et de la population»,  ajoute-t-elle, le visage résigné.

La cinquantaine, Mme Sawadogo, travaille depuis trois ans pour le compte de l’Association Kogl-Voisin, à l’enlèvement des ordures au quartier Marcoussis dans l’arrondissement numéro 9, secteur 37 de Ouagadougou.

Sa collègue Rosalie Zongo partage aussi  les mêmes difficultés de ce métier d’assainissement.

«Dans le cadre de notre travail, nous rencontrons des familles qui, à la limite, se foutent de nous. Figurez- vous que dans certaines familles, on nous fait attendre pour d’abord balayer, ensuite réunir les ordures avant de nous les remettre», se plaint Rosalie Zongo.

Toutefois, ces plaintes n’entament en rien, la détermination de ces deux dames et de leurs quatre autres collègues, tous membres de l’Association Kogl-Voisin.

Chaque jour, elles sillonnent le quartier Marcoussis avec leurs charrettes à traction asine pour débarrasser les ménages de leurs ordures. Leur slogan, rendre l’environnement propre pour le bien-être de tous.

Pour le président de l’Association Koglo-Voisin, Raphaël Maxime Ky, l’idée du ramassage d’ordures est partie du constat que les ménages déversaient leurs ordures dans les espaces verts et dans les parcelles non encore viabilisées.

«Les sachets plastiques pullulaient de partout et c’était trop vilain à voir.  Pour ce faire, nous avons créé un service de nettoyage et notre objectif est de travailler à réduire au maximum la proportion des déchets plastiques», explique-t-il.

Pour réussir ce pari,  l’Association Koglo-voisin a recruté  six femmes  pour assurer le travail. Ces femmes dont l’âge varie entre 30 et 55 ans, considérées comme les «reines de la propriété», sont constituées en équipe de deux et interviennent dans près de 400 ménages dans le quartier.

En contrepartie, chaque ménage est assujetti à payer la somme de 500 FCFA par mois pour le travail.

«Pour rationner le travail, nous avons formé une équipe de deux personnes et chaque équipe intervient dans un certain nombre de ménages. La première équipe s’occupe de 188 ménages, la deuxième de 80 et la troisième de 140»,  indique Raphaël Maxime Ky.

Selon M. Ky, le salaire est ainsi fonction du nombre de ménages où chaque équipe intervient. C’est ce qui explique que les salaires vont de 7500 à 16500  FCFA par mois. Montants que les femmes trouvent unanimement dérisoires, au regard de l’énormité du travail qu’elles abattent sur le terrain.

Pour le secrétaire chargé des questions économiques et socio-culturelles de  l’Association, Issaka Derra, la demande d’augmentation de salaire, formulée à maintes reprises par les dames, est justifiée.

«Ces plaintes sont justifiées au regard des efforts que le travail demande et des risques que les femmes prennent pour assurer le travail. Nous estimons que le traitement devrait être mieux et nous en avons conscience»,  reconnait Issaka Derra.

M.Derra soutient que seuls les 2/3 des 400 ménages, s’acquittent régulièrement de leur frais, soient 140 000 FCFA, affecté prioritairement aux salaires et au fourrage des ânes.

Mais, il a rassuré que l’association ambitionne de couvrir dans un bref délai près de 600 ménages ; ce qui permettra selon lui, de mieux prendre en charge les employées.

Malgré les difficultés qu’elle a soulevées, Poko Sawadogo se réjouie de pouvoir contribuer au bien-être de la population.

Elle  confie que son salaire de 16500FCFA sert à payer la scolarité de ses enfants et des vivres pour la famille.

                          Entre incivisme et manque de décharge

Rosalie Zongo indique joindre difficilement les deux bouts avec sa «seule source de revenu» de 7500FCFA par mois.

«Après le décès de mon mari, il y a de cela cinq ans, seul ce travail me permet de nourrir une famille de 12 personnes», explique encore  Rosalie Zongo, veuve, issue d’une famille polygame.

Quant à Zalissa Bonkoungou, elle relate leurs difficultés pendant les recouvrements.

«A la fin du mois, c’est la bagarre car certaines familles ne veulent  pas payer. On a  à faire souvent à des clientes qui s’enferment pendant des heures juste pour ne pas payer les 500FCFA»

A côté des familles qui refusent de payer, figurent d’autres qui refusent même d’adhérer à l’idée, préférant déverser leurs ordures dans la nature plutôt que de payer 500FCFA par mois.

«Ce sont des familles aisées qui s’adonnent à de tels comportements et nous estimons que c’est simplement de la mauvaise foi», précise Maxime Raphaël Ky.

Pour remédier à cette situation, Mr Ky dit avoir entrepris la sensibilisation à travers le porte à porte. Mais «après sensibilisation, certains acceptent le principe d’adhésion et lorsque vient le moment de payer, ils refusent catégoriquement», déplore-t-il.

Si l’Association Kogl-voisin est en train de réussir le pari de faire de Marcoussis un quartier insalubre, l’autre difficulté réside dans le manque de décharges.

Son président Raphaël Maxime Ky indique que le terrain mis à leur disposition depuis deux ans par la mairie, n’a pas encore été réceptionné.

En attendant, les femmes déversent les ordures dans les grands trous de granites, autrefois utilisés par Feu l’entrepreneur El Hadj Oumarou Kanozoé,  et situés entre la réserve de Yagma et de Marcoussis.

Le maire de l’arrondissement N°9, Albert Bamogo a assuré qu’après la réception technique, l’association aura accès à son site courant 2019.

Pour mettre fin aux déversements d’ordures dans les espaces verts, M. Bamogo, annonce une police de l’hygiène qui est encore en gestation.

«Nous avons la volonté, mais malheureusement nous manquons de ressources», dit-il.

Albert Bamogo promet également que la mairie mettra «ponctuellement» à la disposition de l’association, du matériel et des tricycles, pour répondre à ses difficultés d’embourbement de charrettes sur certaines artères.

«On a des tricycles. Quand ils ont des activités ponctuelles, ils peuvent venir faire la demande du matériels (tricycles, pèle râteau) qu’on pourra mettre à leur disposition. Mais pas de façon définitive car la mairie gère plus de 400 associations qui œuvrent également sur l’hygiène», déclare M. Bamogo.

Agence d’information du Burkina

Rabiatou SIMPORE

rabysimpore@yahoo.fr

 

 

 

 

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