Gourma : Des structures locales de dialogue pour pacifier les rapports entre agriculteurs et éleveurs

Fada N’Gourma, 18 fév. 2019 (AIB)-Après avoir examiné et validé, tour à tour à Diabo, à Tibga et à Yamba, courant mois de décembre 2018, les pistes de solutions susceptibles de pacifier les rapports entre agriculteurs et éleveurs, l’antenne de l’Est de l’Association pour la gestion de l’environnement et le développement (ONG-AGED) a entamé le dernier virage de son processus de mise en place des comités villageois de dialogue.

L’antenne de l’Est de l’Association pour la gestion de l’environnement et le développement (ONG-AGED) poursuit son projet de mise en place des comités villageois de dialogue pour la prévention et la gestion pacifique des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les communes de Yamba, de Diabo et de Tibga, situées dans la province du Gourma.

Le processus a débuté par l’inventaire des principales ressources naturelles, l’état des lieux des conflits et le diagnostic des causes et des conséquences du phénomène dans chaque zone d’intervention.

L’étude, menée par des focus-groupes, révèle que les conflits sont récurrents entre les deux communautés en saison hivernale, notamment à cause de l’occupation des aires de pâture, de l’obstruction des pistes à bétail, de la destruction de cultures, des problèmes de délimitation des champs et de l’empoisonnement des points d’eau du fait de l’usage des pesticides.

Comme conséquences, l’étude évoque des querelles, en permanence, menaçant ainsi la cohésion sociale, la paix et le vivre ensemble.

Après cette étape, les réflexions, menées au sein des focus-groupes, ont abouti à quelques pistes de solutions à la problématique.

Ce sont, entre autres, la délimitation claire des zones de pâtures, la construction d’enclos modernes, l’aménagement de nouvelles pistes à bétail, la libération des anciennes pistes à bétail ainsi que des aires de pâture.

Au demeurant, certains ont suggéré l’interdiction de l’utilisation des pesticides tandis que d’autres ont souhaité la modernisation de l’activité pastorale. Ces pistes de solutions ont été examinées et validées, tour à tour, à Diabo, à Tibga et à Yamba, courant mois de décembre 2018.

D’une zone d’intervention à l’autre, les acteurs ont apprécié l’initiative de l’ONG-AGED. C’est le cas de Zakari Kiema, agriculteur à Diabo. De son avis, ce que propose l’ONG est «la meilleure thérapie» contre les problèmes qui divisent les deux communautés.

 

Des gardes fous à l’appui

 «Avant, nous nous trimbalions à la police et à la gendarmerie. Mais, grâce à AGED, nous n’avons plus le réflexe de sortir les machettes et les fusils», a-t-il affirmé.

Même constat pour le secrétaire général de l’Union départementale des éleveurs de Diabo, Kedem Senon. En effet, il a indiqué que la tension a baissé d’un cran depuis l’intervention de l’ONG.

Pour le chef intérimaire de Tibga, Tabrana Diapa, déjà à mi-chemin du processus, il y a une avancée qualitative d’autant plus que les mentalités ont commencé à changer. «Il nous manquait un tel partenaire capable de nous aider à circonscrire tous ces conflits qui naissent de l’action des hommes», s’est-il réjoui.

Selon le maire de la commune de Tibga, Christophe Ouoba, la méconnaissance de la loi 034 sur le foncier, crée un imbroglio entre les paysans dans sa circonscription. De ce fait, il a exprimé sa gratitude à l’ONG-AGED qui a effectué le déplacement de Tibga pour parler de dialogue et expliquer les tenants et les aboutissants de cette loi.

Pour le coordonnateur du Projet en charge de la gestion des conflits dans le Gourma, Abdoulaye Ouédraogo, la prochaine étape du processus sera décisive.

A l’entendre, elle doit déboucher sur la mise en place effective des comités villageois de dialogue, avec des chartes foncières locales à l’appui. Il s’est dit impressionné par l’engouement et l’intérêt que portent les populations vis-à-vis du projet.

«Nous leur demandons de continuer à s’y impliquer pour l’aboutissement du processus », a-t-il lancé.

La mise en place de ces espaces de dialogue s’inscrit dans le cadre du Projet de renforcement de la résilience des populations par la promotion d’une coexistence pacifique et d’une gestion concertée et apaisée des ressources naturelles dans la région de l’Est.

Financé par OXFAM Intermon via le Fonds d’appui aux organisations de la société civile, guichet 5, ce projet est mis en œuvre sur une période de 18 mois dans les communes rurales de Tibga, de Diabo et de Yamba.

Joanny SOW

 

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