Burkina/Putsch 2015 : «Je n’ai jamais été l’envoyé du général Diendéré» (Sergent-chef Roger Koussoubé)

Ouagadougou, 23 Janvier 2019 (AIB) – Indexé par le major Eloi Badiel et l’adjudant Jean Florent Nion comme l’émissaire du général Diendéré auprès d’eux, pour perpétrer le coup d’Etat de septembre 2015, le sergent-chef Roger Koussoubé dit «le Touareg» a nié, mardi, cette accusation.

 « Je n’ai jamais apporté un quelconque message au major Badiel, ni à l’adjudant Nion dans la matinée du 16 septembre 2015», a déclaré ce mardi le sergent-chef Roger Koussoubé devant la barre du Tribunal militaire de Ouagadougou.

Une année après l’ouverture du procès du putsch de septembre 2015 et l’audition de l’ensemble des accusés à la barre, le mystère demeure sur les commanditaires dudit putsch.

Si l’ex président du Conseil national de la démocratie (organe dirigeante du putsch), le général Gilbert Diendéré a nié avoir «commandité, planifié, ordonné et organisé le putsch», les exécutants ont quant à eux, pointés du doigt le sergent-chef Roger Koussoubé, comme étant l’émissaire du général auprès d’eux, pour perpétrer le forfait.

Pour leur second passage à la barre lundi, unanimement, l’adjudant-chef major Eloi Badiel qui avait distribué les rôles pour l’exécution du putsch et l’adjudant Jean Florent Nion qui a participé à l’arrestation des autorités de la Transition, ont mis en cause le Touareg.

Appelé ce mardi à la barre pour une seconde fois, celui-ci estime n’avoir «jamais été l’envoyé du général Diendéré» auprès des deux, mais soutient plutôt avoir été informé du putsch par l’adjudant Jean Florent Nion.

« Le 16 septembre 2015, vers 13h, j’ai été appelé par l’adjudant Jean Florent Nion de venir à la Présidence. Je ne savais pas ce qui se passait. C’est également sur son instruction que j’ai appelé le sergent-chef Zerbo et le caporal Da Sami de rentrer au camp», a-t-il affirmé.

Selon le sergent-chef Roger Koussoubé, lorsqu’il est arrivé au Palais, il a vu l’adjudant Nion qui embarquait dans un véhicule V6 que conduisait l’adjudant-chef Moussa Nebié dit «Rambo» pour aller chercher le général Diendéré chez lui.

«J’ai embarqué avec lui. C’est dans le véhicule que j’ai demandé à l’adjudant Nion ce qui se passait.  Il m’a dit que c’est une énième crise», a-t-il affirmé.

Selon le sergent-chef Koussoubé si l’adjudant Nion lui avait dit dans le véhicule qu’il s’agissait d’un coup d’Etat, il n’allait plus jamais repartir au camp lorsque qu’il s’est rendu à son pied à terre à Koulouba.

Pour appuyer la thèse qu’il n’a pas été un émissaire du général Diendéré auprès de ces deux supérieurs, le sergent-chef Koussoubé met en avant les grades.

«Je ne suis qu’un simple sergent-chef. Si moi je viens dire à un adjudant-chef major et à un adjudant que le général Diendéré dit de faire un coup d »Etat, ils devaient, soit me mettre aux arrêts, soit me prendre et ensemble, on allait nous rendre chez le général pour confirmation», a-t-il déclaré.

Pour l’avocat de l’accusé Me Alexandre Sandwidi, «un putsch n’est pas un match amical de football» mais «une affaire sérieuse».

De son avis, il est inconcevable qu’un général de Brigade qui veut faire un coup d’Etat, confie l’information à un sous-officier.

«Lui il se lève yada yada pour aller dire à un Major et ensemble,  ils se lèvent yada yada pour aller voir un autre et hop ils partent interrompre le conseil des ministres, enlever et séquestrer les autorités», a affirmé l’avocat de l’accusé pour démontrer la faiblesse de l’argumentaire du major Badiel et de l’adjudant Nion.

Pour l’avocat des parties civiles, Me Prosper Farama, «ce n’est pas parce qu’un coup d’Etat a été mal organisé que c’en n’est pas un».

«Mon confrère Sandwidi vient de dire qu’on a juste dit à des gens de faire un coup d’Etat et sans chercher à savoir, ces derniers se sont levés yada yada pour aller le faire mais effectivement c’est parce que ce coup d’Etat même est un coup d’Etat yada yada», a-t-il affirmé soulevant des rires dans la salle.

Me Prosper Farama a posé une série de questions au sergent-chef Koussoubé relative à sa présence à la radio Savane FM pendant le putsch de septembre 2015.

«Vous avez dit que vous vous êtes rendu à la radio Savane FM par curiosité ?», a demandé l’avocat à l’accusé.

«Oui. J’étais au poste quand j’ai entendu qu’on avait retrouvé la radio pirate. Il y avait des éléments qui devaient aller l’intercepter», a répondu l’accusé.

«Donc, vous vous êtes rendu d’initiative. Personne ne vous a appelé là-bas ?», a de nouveau demandé Me Prosper Farama.

«Je suis juste allé par curiosité», a de nouveau répondu l’accusé.

L’avocat a donc demandé à l’accusé si d’habitude quand on envoie des soldats pour une mission, il est possible que d’autres soldats non missionnés s’y rendent par curiosité?

«Je ne pourrai répondre à cette question. Chacun, a une fois dans sa vie, fait quelque chose par curiosité», a répondu l’accusé.

«Ok. S’il arrivait qu’on démontre que vous êtes allé là-bas et que vous avez débranché des effets, ça sera toujours de la curiosité», a demandé l’avocat et l’accusé a répondu par l’affirmative.

«Donc même si vous avez fait des tirs de roquette en ce lieu-là, ça peut être considéré comme de la curiosité ?», a poursuivi Me Prosper Farama mais là, l’accusé a répondu par la négative.

«Jamais. Jamais des tirs de roquette ne peuvent être de la curiosité», a affirmé le sergent-chef Roger Koussoubé.

Le procès du putsch de septembre 2015 se poursuit ce mercredi 23 Janvier 2019 avec la suite de l’audition du sergent-chef Roger Koussoubé dit «le Touareg».

 

Agence d’information du Burkina

 Wurotèda Ibrahima SANOU

Photo d’illustration

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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