Burkina/ Putsch 2015 : Les Adjudants Nion et Badiel chargent à nouveau  le Général Diendéré

Ouagadougou, 22 janv. 2019 (AIB)- Pour leur deuxième passage à la barre du Tribunal militaire de Ouagadougou,  lundi, les Adjudants Jean Florent Nion et Eloi Badiel sont formels:  A part «l’exécution», le Général Diendéré a «bel et bien commandité, planifié, ordonné et organisé» le putsch de septembre 2015.

L’Adjudant Jean Florent Nion qui avait fait irruption dans la salle du conseil des ministres le 16 septembre 2015 avec l’Adjudant-chef Moussa Nébié dit «Rambo» pour arrêter les autorités de la Transition, s’est inscrit en faux face aux déclarations du Général Gilbert Diendéré à la barre concernant son ignorance du coup d’Etat.

«Il (le Général Diendéré) n’a pas fait une chose : l’exécution. Mais il l’a bel et bien commandité, planifié, ordonné et organisé. Lorsqu’il était à la barre ici et qu’il a prononcé ces mots-là, j’ai saigné au plus fond de moi. Très sincèrement » a affirmé lundi, l’Adjudant Jean Florent Nion.

L’Adjudant Jean Florent Nion est revenu sur les circonstances dans lesquelles il a été embarqué dans le putsch de septembre 2015 et sur les conditions dans lesquelles lui et Rambo ont procédé à l’arrestation des autorités de la Transition.

«Je suis chrétien, je ne mens pas.  Le 16 septembre 2015, le sergent-chef Roger  Koussoubé dit «le Touareg» est venu avec l’Adjudant-chef major Eloi Badiel pour me voir. Je dormais même. Le major Badiel a demandé à Koussoubé de me répéter ce qu’il lui avait dit et voici ce qu’il (Koussoubé) a déclaré : ‘‘le Général Diendere dit de faire un coup d’Etat’’ ».

Face à cette information, l’Adjudant Florent Nion dit avoir «eu froid au dos». Pour se rassurer sur la véracité de l’information, il a envoyé un SMS au Général Diendéré qui lui a demandé de passer chez lui.

Arrivé au domicile du Général Diendéré, ce dernier lui aurait dit: «ce n’est pas encore fait ?» a affirmé l’Adjudant Jean Florent Nion.

Selon l’Adjudant Jean Florent Nion, avant son passage à la barre, le Général Diendéré a fait croire aux sous-officiers qu’il allait plaider pour leur libération en les invitant à accabler l’ancien Pministre Yacouba Isaac Zida.

«Le premier jour des auditions, à la pause, le Général m’approche et dit (…) si tu montes à la barre, fait ressortir tout ce qu’on reprochait à Zida et ne fait pas cas de l’appel téléphonique qu’on a eu» a-t-il expliqué.

Selon l’Adjudant Nion, il a voulu parler de la recommandation du Général Diendéré à son avocat mais le Général Diendéré lui aurait répondu «ce n’est pas la peine. Ce que tu vas dire, ton conseil (avocat) va se conformer».

«Je ne mens pas sur lui, il est dans la salle. Moi j’ai beaucoup de respect pour lui mais…bref», a-t-il affirmé.

Abordant dans le sens de son client, Me Adrien Nion a déclaré que contrairement aux propos du Général Diendéré à la barre, c’est lui qui a planifié le coup d’Etat et demandé aux sous-officiers d’arrêter les autorités de la Transition.

«C’est celui qui a donné le nom Conseil national de la Démocratie (CND) au mouvement, qui a remplacé la Transition, qui en est le père», a-t-il affirmé.

Selon Me Adrien Nion, les motifs de ce putsch étaient purement politiques car dira-t-il, «on parlait d’exclusion, de mauvaise gestion de la Transition, des problèmes entre Zida…»

«Et pendant ce temps-là, rappelons que la femme du Général (Diendéré) a été exclue. On peut faire un lien. (…) Alors pourquoi avec tout ça, les gens refusent de s’assumer et veulent tout mettre sur la tête des sous-officiers ?» a-t-il affirmé.

Pour Me Alexandre Sandwidi, avocat du Sergent-chef Roger Koussoubé, ce n’est pas son client qui a informé l’Adjudant Nion du coup d’Etat demandé par le Général Diendéré.

«Ce n’est pas parce que vous êtes un chrétien qu’on doit vous croire. Ce sont les preuves qui parlent. Monsieur le Président, la versatilité de ce monsieur-là (Adjudant Nion) démontre clairement que Koussoubé n’a jamais apporté un quelconque message du Général Diendere», a-t-il estimé.

Ce lundi, avant l’Adjudant Nion, c’est l’Adjudant-chef major Eloi Badiel, l’homme qui a réparti les tâches pour procéder à l’arrestation des autorités de la Transition qui était à la barre.

Il est resté conforme à sa précédente déclaration. « Le coup d’Etat a été bel et bien conçu, planifié. Ce n’était donc pas un mouvement d’humeur. On a reçu l’ordre d’arrêter les autorités de la Transition. On l’a fait », a-t-il affirmé.

L’Adjudant-chef major Eloi Badiel soutient aussi que c’est le Sergent-chef Roger Koussoubé dit «le Touareg» qui l’a informé que le Général Diendéré a demandé d’arrêter les autorités de la Transition.

Pour son avocat, Me Bertin Kiénou, son client « n’a jamais été celui-là qui, d’initiative, a donné l’ordre à ses éléments d’arrêter les autorités de la Transition. L’ordre est venu d’en haut, ce dernier n’a fait que l’exécuter».

«Il est clair que mon client est responsable dans cette affaire, il ne nie pas ; cependant que les soient-disant gradés s’assument» a-t-il affirmé faisant référence notamment au Général Diendéré.

Les auditions se poursuivent se mardi 22 Janvier 2019 à 9 heures au Tribunal militaire de Ouagadougou.

Agence d’Information du Burkina

Wurotèda Ibrahima SANOU

Photo d’illustration: lesechosdufaso.net

 

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