Nouvel an meurtrier dans la commune de Barsalogho

Yirgou-Foubè: Scènes de désolation sur le théâtre des représailles

Ouagadougou, 07 janv. 2019 (AIB)-Des maisonnettes en banco noircies par les flammes, des toitures en lambeaux, des motocyclettes calcinées,  des ustensiles, des chaussures et autres effets personnels éparpillés, des tas de cendres laissant deviner un grand brasier : Plusieurs villages des communes de Barsalogho et  d’Arbinda (Centre-nord) sont marqués par les mêmes scènes de désolation, après l’attaque terroriste et les représailles contre la communauté peulh  ayant fait 47 morts, consécutifs à une attaque terroriste le jour de l’an 2019.

Yirgou-Foubè, point de départ des attaques des mossis contre les peulh, les 1er et 2 janvier 2019, est un village situé à une soixante de kilomètres de Barsalogho, commune rurale. Cinq jours après le drame qui a fait 47 morts, selon un bilan officiel revu à la hausse, aucune âme humaine n’y vit. Dans une  des concessions, la quasi-totalité des cases et des greniers ont été incendiés par des populations en furie.

« Ce jour-là, j’étais chez moi lorsque mon frère est venu me dire que les koglwéogos (groupe d’autodéfense mossi) pourchassent les peulh de la localité. En sortant de ma maison, j’ai entendu un coup de feu. Je me suis enfui, rejoignant ma femme et deux de mes enfants qui étaient en brousse avec des animaux », relate difficilement, Alaye Diallo, un ressortissant de Yirgou-Foulbè qui a trouvé refuge à Barsalogho.

« C’est de la brousse que j’ai vu des gens saccager nos biens. Nos maisons, nos vivres, notre bétail,… rien n’a été épargné. Tout est parti en fumée », se lamente-t-il. « Les vêtements que je porte, voilà ce qui me reste », explique-t-il, inquiet sur sa survie et celle de sa famille après avoir tout perdu.

Si cet éleveur de 46 ans a réussi à mettre sa femme et ses deux enfants en « lieu sûr » à Djibo, ce n’est pas le cas pour d’autres déplacés. Dans la salle de réunion de la mairie de Barsalogho, transformée en dortoir de fortune, une trentaine de personnes, majoritairement des femmes et des enfants y ont trouvé refuge.

« Beaucoup d’hommes ont été tués où se sont réfugiés dans la brousse », explique une des déplacées qui y est arrivée la veille. Tout comme Yirgou-Foulbè, plusieurs autres campements peulh, dans la commune de Barsalogho et d’Arbinda, ont subi des assauts de populations munies de haches ou de gourdins, suivis d’incendies de maisons,  d’abattage de bétails, raconte Boukary Barry, un éleveur et agriculteur.

Il dit s’être enfui de Foubè dès le début des représailles, et a passé deux jours en brousse, avant d’être recueilli, avec sa femme et leurs six enfants, à la mairie de Barsalogho. Certains ont eu le temps de quitter leurs villages, dès la moindre rumeur d’assaut contre leur campement, vérifiée ou pas, mais d’autres ont subi ces heurts.

Après avoir passé la nuit à la mairie, Abdoulaye Diallo, un éleveur de 46 ans s’est rendu au centre de santé de Barsalogho et y revient, un carnet médical en main. Il dit avoir reçu des plombs de fusil de chasse sur plusieurs endroits de son corps, tout comme deux de ses frères qui l’accompagnent. Quatre jours après cet incident, il n’avait pas pu se rendre dans un centre de santé car s’étant enfui en brousse.

Originaire de Mando, village situé à 40 km de Barsalogho, il était au marché avec ses frères lorsque des membres d’un groupe d’autodéfense koglweogo et certains de leurs voisins, se sont rassemblés autour d’eux, se souvient-il.

« Ils nous ont regroupés sous un hangar, avant de commencer à nous molester. L’un d’eux a tiré avec son fusil de chasse sur nous et les plombs nous ont blessés un peu partout », relate-t-il, entre deux soupirs.

Après avoir raconté sa mésaventure, il tient à présenter un vieil homme qui a également vécu un calvaire.

-‘’Morte de soif’’

Recroquevillé sous un drap, derrière la salle de réunion de la mairie, Assamy Diallo, âgé 74 ans, pleure la mort de ses trois fils, tués lors des représailles.

« Je n’ai plus personne. Ma femme dont j’étais sans nouvelles a été par chance retrouvée dans la brousse complètement affaiblie et déshydratée », explique-t-il.

Sa femme, âgée de 75 ans a été secourue par des équipes déployées par le maire de Barsalogho pour porter assistance aux populations qui se cachent dans la brousse.

Originaire également de Mando, dont il était l’un des doyens, lui a eu la vie sauve en réussissant à se cacher en brousse. « Pendant deux jours, je ne mangeais que des écorces de tamarinier, sans aucune goutte d’eau », explique-t-il, la voix tremblotante.

Selon ces rescapés, plus de 200 personnes ont trouvé refuge dans la brousse car ne sachant où être en sécurité. « Je crains qu’ils ne meurent en brousse, tués par la faim et la soif. Ma fille de trois ans est morte de soif, après quatre jours sans eau, sa mère s’étant réfugiée dans la brousse avec elle », soupire Hamadoun Diallo, un éleveur de 36 ans.

Selon le maire de Barsalogho, Abdoulaye Pafadnam, des équipes parcourent la zone munie d’eau et de vivres qu’ils distribuent aux déplacés, à défaut de les convaincre à s’installer sur leur lieu d’accueil.

Cinq jours après les attaques, une trêve, encore fragile, a été instaurée dans la commune grâce au déploiement des éléments de Force de défense et de sécurité (FDS). Selon une source sécuritaire, ils ont reçu l’ordre de maintenir leur présence pendant quelques temps, afin de ramener le calme et assurer la protection des personnes et des biens.

Appel au retour

Mais avant, les affrontements ont eu lieu dans le village de Koulpagré, gagnant ainsi la commune voisine d’Arbinda. C’est dans ce village, plongé dans l’horreur et la désolation, que le président du Faso s’est rendu, le samedi 5 janvier 2019, après sa visite à Yirgou. Des quinze cases qui s’y dressent, dix ont été ravagées par les flammes. Devant une des maisonnettes restée intacte, se tiennent Amadou Diallo et son fils Aboubacar. Derrière eux, au seuil de la porte, une grosse flaque de sang a séché. Il s’agit de celui d’un habitant de la concession, abattu dans le dos, expliquent-t-ils.

Aboubacar Diallo, 38 ans, explique s’être enfui à bord de sa moto au vu d’éléments du groupe d’autodéfense  ‘’koglweogo’’ se dirigeant vers leur concession. Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il a appris que c’est suite à la mort du chef de Yirgou, que leur communauté a été prise pour cible. Il avoue ne pas comprendre cette soudaine violence contre eux qui vivaient pourtant en parfaite intelligence avec les autres communautés ainsi qu’avec le défunt chef qu’ils appréciaient également.

« Nous nous étions réfugiés en brousse. C’est la visite du président et la présence des forces de sécurité qui font que nous sommes venus voir », précise-t-il, pendant que le chef de l’Etat Roch Marc Christian kaboré, et une importante délégation, vient d’arriver pour constater les dégâts.

Au loin, derrière quelques broussailles, trois femmes observent les scènes. D’un signe de la main, le chef de l’Etat leur demande de venir. Aucune réaction. « Elles ont sûrement peur », lâche le gouverneur du centre nord, Nandy/Somé Diallo, qui va à leur rencontre.

Après quelques échanges, elles reviennent avec elles, s’inclinent et saluent le président. « Je vous invite à revenir et à reprendre le cours de votre vie », leur dit-il. « On va vous aider. Il y aura la sécurité », promet-il. « Il  faut faire en sorte de pouvoir regrouper toutes ces personnes à Barsalogho afin de faciliter leur réinsertion dans leurs milieux »,  exhorte le président Kaboré. Selon lui, « des dispositions ont été prises dans pour que la sécurité puisse être renforcée en faveur des populations, pour leur donner l’assurance qu’ils peuvent se réinstaller, qu’ils peuvent recommencer à vivre ensemble ». Cette assurance sonne comme une réponse au principal souhait de Amadou Diallo : « que la paix revienne et que nous retrouvons les membres de nos familles dont nous n’avons pas de nouvelles ».

 

Agence d’information du Burkina

Armel BAILY

 

Salam Zabré, l’un des fils du chef de village de Yirgou, tué avec son frère et  deux autres fils, revient sur l’origine des attaques.

‘’C’est avec une grande tristesse que nous disons en présence des plus hautes autorités de l’Etat que nous avons été endeuillés et très révoltés par l’assassinat de notre chef, notre patriarche. Nous pouvons dire qu’à présent, nos esprits se sont calmés (…).

Il y a quatre jours, aux environs de 7heures, notre famille a été endeuillée. Nous, les enfants du défunt chef, qui avons eu la vie sauve, c’est ceux qui étaient sortis pour surveiller son bétail ou vaquer à d’autres occupations.

Le chef du village était notre patriarche qui avait un autel où il faisait des sacrifices pour intercéder auprès des ancêtres pour tous ceux qui en faisaient la demande, notamment des personnes malades,  celles qui voulaient enfanter, ou le mariage. Il consultait les ancêtres avant de donner des sacrifices.

Donc le matin vers 7h, des malades venus d’autres contrées ont accompagné le défunt chef sur son lieu de consultation, situé à trois ou quatre km de son domicile. Alors que, les personnes que nous craignons tous (les terroristes, ndlr), avaient été hébergé au cours de la nuit au sein d’une certaine communauté.

Il est difficile pour quelqu’un de parcourir dès le matin, plus de 100km et venir s’attaquer au village. Pendant que le défunt chef était à son lieu de sacrifices, des personnes à bord de motocyclettes l’ont encerclé avant de lui demander ce qu’il faisait là.

Il a répondu être en ces lieux pour implorer Dieu d’accorder la guérison à des malades, et de faciliter tout chose en leur faveur. Ils lui ont répondu que ces pratiques ne leur plaisaient pas.

Il a répliqué en disant que si ces pratiques ne vous plait pas, alors dites-moi ce qui vous plaira car c’est ce que souhaitent les hommes que j’exécute. Ils l’ont alors saisi par les bras avant de l’abattre. Un étranger qui avait accompagné le chef a accouru vers son fils ainé pour l’informé que des terroristes étaient présent dans le village et ont abattu le ‘’vieux’’.

C’est ainsi qu’avec un de nos oncles, ils se sont rendus sur le lieu du drame pour voir ce qu’il en était. Les terroristes qui les ont croisés en route ont abattu notre ainé, notre oncle et notre petit frère.

Donc quatre personnes de notre famille (y compris le chef de village). Deux membres du groupe koglweogo du village, qui venaient également au secours, ont été abattus  par les terroristes.

Tous ce que nous voulons à présent, c’est la sécurisation pour l’ensemble du pays. Dans ce village de Yirgou, sur la soixantaine de concessions, seuls deux ou trois familles, sont restées après ces évènements. Tous ont fui en disant que c’est leur leader, leur guide leur patriarche et protecteur qui a été abattu en se demandant ce qu’ils vont devenir s’ils restent.

Alors que nous sommes étions à l’inhumation, des victimes, le village a commencé à se vider’’

Propos recueillis par AB

 Agence d’information du Burkina

 

 

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